Le service de presse de l’ambassade vous propose chaque semaine une synthèse en français des principaux sujets d’actualité traités par une sélection de magazines chinois. Cette semaine : la sécheresse en Chine, Le Dalaï Lama et le modèle du Vatican, ainsi que les difficultés de la réforme du Hukou.

Rédacteurs :
Yo-Jung Chen, Christine CHEN Yu

La sécheresse en Chine

Caijing Magazine publié le 12 avril, No. 8 2010
La sécheresse et l’industrialisation de la Chine
Par Qin Dayong, Directeur adjoint de l’Institut sur les ressources en eau du China Institute of Water Resources and Hydropower Research

Il est peu probable que la sécheresse surgisse à la fois au Sud et au Nord, et l’orientation du développement industriel chinois ne sera pas non plus modifiée par la sécheresse ; mais il faut accorder une grande importance à l’environnement hydraulique qui empire et s’efforcer de résoudre ce problème.

Les fléaux étendus cette année ont mis en évidence l’insuffisance des investissements dans le domaine hydraulique ainsi que les défauts des expédients momentanés.

Les pressions conjuguées de l’environnement et de l’énergie obligent à une modification du mode de développement basé sur l’industrie lourde.

M. Jiang Kejun, Directeur de département à l’Institut des ressources hydrauliques du Comité national du Développement et de la Réforme, estime que l’industrie lourde en est à un tournant. La base du développement industriel chinois se transformera bientôt, passant de l’industrie lourde vers l’innovation scientifique et technologique, avec un accent particulier sur les technologies et le droit de propriété intellectuelle, avec une croissance industrielle répondant à la demande intérieure ; cela favorisera énormément le réajustement de la structure industrielle.


Nan Feng Chuang du 7 au 20 avril, No. 8 2010
La grave sécheresse du sud-ouest de la Chine : de la calamité naturelle à la catastrophe artificielle

Depuis le mois d’août 2009, cinq provinces du sud-ouest de la Chine subissent successivement et continuellement une sécheresse d’un niveau rarement atteint, avec des conséquences très graves. Cela a mis en évidence de nombreux problèmes dans le travail du gouvernement : une infrastructure hydraulique sous-développée et une faible capacité d’utilisation des ressources en eau, parce que depuis la mise en œuvre de la réforme et de l’ouverture économique, le gouvernement investit de moins en moins dans l’aménagement hydraulique des zones rurales. De plus, s’agissant de la distribution des ressources hydrauliques, l’Etat a, depuis longtemps, l’habitude de privilégier les villes et l’industrie au détriment de l’agriculture et des paysans.

La sécheresse pose aussi la question du mode de développement dans les régions du sud-ouest. D’une part, la construction active des centrales hydrauliques ne favorise pas - voire entrave - la lutte contre la sécheresse ; d’autre part, la plantation massive des arbres à caoutchouc ou des eucalyptus dans la province du Yunnan affecte la biodiversité et la végétation d’origine, et provoque le changement climatique dans plusieurs régions.

Enfin, la sécheresse provoque aussi le mécontentement des pays de l’Asie du Sud-est, parce que les pays du bassin du Mékong, tels que la Thaïlande, Le Laos, le Viêt-Nam et le Cambodge, sont aussi frappés par la sécheresse ; le niveau d’eau du Mékong est à plusieurs endroits à son plus bas depuis des décennies. Ces quatre pays sont tous persuadés que les barrages construits en amont en Chine aggravent la situation et ils sont prêts à discuter avec la Chine lors du sommet de la MRC début avril. Bien que les experts ou intellectuels chinois estiment que ces critiques manquent de fondement scientifique, la Chine doit prendre ce problème au sérieux et s’efforcer de trouver des solutions avec une attitude positive, afin de maintenir les relations de bon voisinage avec ces pays.


Phoenix Weekly publié le 15 avril, No.11 2010
La sécheresse de l’Asie du Sud-est et les critiques vis-à-vis des facteurs chinois

Cette année, la sécheresse du Sud-ouest de la Chine a exposé une fois de plus la question du mode de développement chinois.

« Le Monde » a publié en une une photo sur la gravité de la sécheresse dans la province du Yunnan en précisant qu’elle avait des conséquences directes en Asie du Sud-est. Le journal a aussi indiqué que l’impact du réchauffement climatique sur les glaciers tibétains, châteaux d’eau de la Chine mais aussi du reste de l’Asie, les conséquences de l’urbanisation et de l’industrialisation accélérées du pays et notamment de tout le Sud-ouest, sous-développé mais cible d’investissements colossaux, ainsi que l’exploitation frénétique du potentiel hydraulique de ses grands fleuves, sont autant de facteurs impliqués derrière cette nouvelle sécheresse.

Les critiques les plus directes viennent des pays voisins menacés par la sécheresse. Les médias thaïlandais et vietnamiens imputent cette catastrophe aux barrages et aux centrales hydrauliques construits en amont du Mékong en Chine. Bien sûr, la partie chinoise a réfuté tout de suite ces critiques en précisant que la sécheresse était principalement due au réchauffement climatique et au phénomène d’El Nino. Le MRC (Mékong River Commission) partage d’ailleurs ce même point de vue de la Chine.

En dehors des controverses, certains experts étrangers ont remarqué que le changement climatique a constitué une rude épreuve pour le développement et la stabilité de la Chine. Dans l’avenir, la quantité et la répartition des ressources en eau à l’intérieur de la Chine et dans les pays voisins seront des défis clés pour la Chine. Le problème du Mékong a déjà tendu les relations entre la Chine et les pays voisions. Désormais, la Chine est obligée de s’employer à résoudre les litiges sur les ressources en eau transfrontalières. Le problème climatique n’est plus une simple question scientifique, mais une question étroitement liée à la sécurité nationale.

 International

Nan Feng Chuang du 7 au 20 avril, No. 8 2010
Le Tibet n’est pas le Vatican
Par Zeng Biao

Suite à sa visite au Tibet, une délégation parlementaire de Grande Bretagne a proposé dans son rapport un « modèle type Vatican » selon lequel la Chine pourrait signer un accord religieux avec le Dalaï-lama qui désignerait Lhassa comme ville sainte, similaire au Saint Siège du Vatican et avec un parallèle Dalaï-lama - Pape. Même si cette proposition a peu de chance d’intéresser la Chine continentale ou les Tibétains d’outre-mer, cette tentative d’intervention dans la réforme politico-religieuse, qui semble parfaite en apparence en prévoyant la séparation du statut religieux du dalaï-lama et la politique laïque, conduirait probablement à une situation où la religion dépasserait la politique, avec des conséquences néfastes pour les Hans et les Tibétains dans le cadre de l’ambiance religieuse extraordinaire du Tibet et du système politique à la chinoise.

Si l’on introduit le « modèle du Vatican au Tibet », la coordination avec l’actuelle politique régionale mise en œuvre par le gouvernement central chinois devient presque mission impossible. En effet la logique de pensée du « modèle Vatican » est tout à fait différente de celle de la stratégie actuelle du gouvernement chinois envers le Dalaï-lama. La première sépare la religion et la politique du Tibet, mais donne au Palais du Potala le statut de quasi-Etat ; la dernière sépare clairement le Dalaï Lama et le Tibet.

En pesant les avantages réels et les risques potentiels, le gouvernement chinois poursuivra sans aucun doute son propre chemin. Le soi-disant « modèle du Vatican » proposé par la Grande Bretagne, s’appuie soit sur l’ignorance de la mentalité chinoise, soit sur une logique stratégique habituelle dictée par des objectifs électoraux.

En réalité, en fonction de raisons historiques, le Dalaï-lama ne partage pas le point de vue de la Chine continentale sur l’origine du bouddhisme tibétain et sur sa doctrine. Mais les échanges approfondis dans ces domaines n’ont jamais été lancé en Chine continentale. Lors des négociations entre le Dalaï-lama et le gouvernement central chinois, l’accent est souvent mis sur les divergences des opinions publiques entre le Dalaï Lama et le gouvernement chinois. En réalité, il est possible que les réflexions du Dalaï Lama sur le Bouddhisme et sur la Chine provoquent des heurts plus violents que la question tibétaine elle-même. Si cette tension potentielle se déchargeait à travers un mécanisme politique particulier, elle deviendrait une force énorme. Dans les discussions limitées sur le Tibet menées à l’intérieur de la Chine, les expériences et les pensées individuelles du Dalaï Lama, et surtout sa compréhension de l’histoire et de la religion des Hans et des Tibétains, sont souvent négligées par les médias et le public. C’est aussi la racine de l’insuffisance des plans politiques et des conditions de négociations.


 Chine

Nan Feng Chuang du 7 au 20 avril, No. 8 2010
Sauver la confiance du public pour le gouvernement

Quand des départements gouvernementaux sont impliqués dans les problèmes du secteur public, il est difficile de garantir l’impartialité et l’objectivité des enquêtes effectuées par le gouvernement. Dans ce cas-là, afin d’augmenter la confiance du public (Accountability – 公信力 ) dans les enquêtes sur les affaires publiques, il est nécessaire d’introduire des enquêtes réalisées par une partie tierce en temps opportun. En même temps, il faut renforcer la surveillance des départements législatifs et judicaires en évitant que les enquêtes ne soient menées par les départements en cause.


Phoenix Weekly publié le 15 avril, No.11 2010
La réforme du « Hukou » pleine de difficultés

Après plusieurs essais dans des régions différentes, la réforme du système d’enregistrement des ménages (Hukou), priorité du gouvernement central, se trouve encore dans une impasse. La difficulté n’est pas la réforme elle-même, mais les intérêts sociaux impliqués. Dû au coût très élevé des réformes d’accompagnement, il est difficile dans un premier temps de coordonner les politiques des différents départements.

Tao Ran, professeur à l’Université du Peuple chinois, estime que le plus grand obstacle à la réforme du Hukou est de trouver des fonds destinés à rendre effectif le bien-être des ouvriers immigrants dans les villes.

Liu Fuyuan, président de l’Association chinoise des recherches sur le développement des ressources humaines, considère que la réforme du Hukou est un processus de transformation des Nationaux en Citoyens et de modification du système de la répartition financière, de façon à ce que le gouvernement prenne en charge la protection sociale.

Wang Taiyuan, expert de la réforme du Hukou et professeur à l’Université de la Sécurité publique, souligne qu’il faut séparer les intérêts liés au Hukou des systèmes concernant les soins de santé, l’éducation, l’emploi, le logement et les couvertures sociales, afin que les citoyens puissent faire valoir légalement leurs intérêts sans le Hukou. Sinon, la réforme ne sera que paroles en l’air.


Nouveau Siècle publié le 19 avril, No. 16 2010
Réaliser l’objectif « l’Etat recule tandis que le secteur privé avance » au moyen de concurrences équitables
Par Zhang Chunlin, Economiste connu

Lors des controverses sur le phénomène « l’Etat avance tandis que le secteur privé recule », certains proposent que l’Etat se retire des entreprises. Mais selon l’auteur, il est nécessaire que l’Etat continue à gérer une partie des entreprises d’Etat, afin de 1/ garantir la stabilité de la structure économique nationale dont les entreprises d’Etat, qui fonctionnent bien, sont un composant important ; 2/ éviter la naissance de groupes d’intérêts particuliers nuisibles aux intérêts publics, similaires aux oligarques russes ou aux grandes entreprises familiales dans les pays de l’Asie du Sud-est. Dans ce cas-là, le retrait de l’Etat des grandes entreprises doit être mené de façon à servir la stratégie globale de la réforme, du développement et de la stabilité.

Mais d’un autre côté, alors que la Chine n’a pas beaucoup avancé sur ce retrait, de plus en plus de ressources économiques de la société sont investies dans le secteur public. Afin de redéfinir un rôle raisonnable de l’économie d’Etat, l’auteur propose quatre mesures centrées sur les concurrences équitables.

  • Clarifier les relations d’intérêts entre l’Etat et les entreprises d’Etat ;
  • Stimuler les concurrences équitables ;
  • Réajuster la quantité et l’orientation des investissements gouvernementaux dans les entreprises à travers les politiques de dividende ;
  • Continuer à ajuster le stock du capital d’Etat en le dégageant d’une partie des entreprises.

Une fois ces mesures mises en œuvre, le gouvernement fournira un espace favorable aux entreprises privées en éliminant les entreprises d’Etat de faible compétitivité. En même temps, affectant le pouvoir du gouvernement, ces réformes conduiront aussi à la réforme des départements gouvernementaux eux-mêmes.


Point de vue opposant :

Le retrait selon la loi de marché ne sera pas efficace
Par Liu Shan, chercheur spécial du Caijing Magazine

Plus une grande entreprise d’Etat est efficace, plus elle cause de dommages à l’équité du marché. De simples concurrences sont insuffisantes pour inciter le retrait volontaire des entreprises d’Etat. Il faut d’abord définir clairement la frontière des activités des entreprises d’Etat par la loi, puis redistribuer les actifs en profitant de la marchandisation.


Cette revue de la presse hebdomadaire chinoise est une synthèse d’articles publiés dans les magazines en Chine. Les articles présentés dans cette revue sont sélectionnés pour leur représentativité des courants et tendances dans ce pays. Ils reflètent l’avis de leurs auteurs et n’engagent en rien la position ni le point de vue de l’Ambassade de France en Chine.


 

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