Ainsi, la découverte du champignon filamenteux Trichoderma reesei ou plus exactement, celle du séquençage de son génome par des chercheurs français et américains, ouvre la porte à une source inédite de carburant. Ce champignon prometteur aurait la capacité de transformer la cellulose en sucres fermentables, afin de produire de l’éthanol.
Comment fonctionne ce champignon ? « Ses enzymes aux propriétés catalytiques performantes transforment les végétaux en sucres simples, dont il se nourrit. Des sucres qui vont ensuite fermenter, facilitant la transformation en éthanol, un biocarburant utilisable dans un moteur à essence », explique Bernard Henrissat, responsable de l’équipe de recherche française.
Les scientifiques cherchent maintenant quels enzymes peuvent être ajoutés au patrimoine génétique du champignon, afin de produire du bio éthanol de façon encore plus efficace. Ces recherches sont intégrées dans un programme européen coordonné par le professeur Pedro M. Coutinho.
Le Trichoderma reesei avait été découvert pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le Pacifique Sud, où il était responsable de la dégradation des équipements de l’armée américaine. Il était si puissant qu’aucune toile de coton (uniformes, tentes ou parachutes) ne lui résistaient. A l’époque, le docteur Elwyn T. Reese, qui a donné son nom à ce champignon, avait déjà mis en évidence ses spectaculaires capacités à produire des enzymes industriels capables de transformer des fibres végétales de la cellulose en sucres.
L’avantage par rapport aux biocarburants de première génération est évident. Elaborés à partir de colza, de tournesol, de soja, de betterave, de canne à sucre ou de céréales, les agro-carburants demandent trop d’hectares pour satisfaire la demande future et entrent en compétition avec l’alimentation humaine. L’éthanol cellulosique, ou éthanol de seconde génération, offre des bénéfices environnementaux supérieurs : les matières premières sont abondantes et peu coûteuses. De plus, les rejets de gaz à effet de serre pourraient s’avérer de 60 à 80 % moins importants que ceux générés par l’essence.
Sans constituer une panacée, ces biocarburants écologiques, n’entrant pas en concurrence avec les cultures vivrières, pourraient permettre d’accélérer sensiblement la mutation des transports vers l’ère de l’après pétrole et contribuer ainsi à lutter encore plus efficacement contre le réchauffement climatique.
Journaliste : Annik Bianchini
Site Internet : CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique).
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