Shanghai : la transformation d’un centre industriel en une métropole de services

L’enjeu auquel Shanghai est confronté est de transformer le centre de production industrielle, qu’il demeure, en une métropole de services à valeur ajoutée, ouverte sur sa proche région comme à l’international. Or, si la ville a été capable de développer massivement ses infrastructures, ses dispositions à s’intégrer au delta du Yangtsé et à libéraliser son économie...

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Shanghai : la transformation d’un centre industriel en une métropole de services

Paru le : 13 avril 2010 / Dernière mise à jour : 6 février 2012
L’enjeu auquel Shanghai est confronté est de transformer le centre de production industrielle, qu’il demeure, en une métropole de services à valeur ajoutée, ouverte sur sa proche région comme à l’international. Or, si la ville a été capable de développer massivement ses infrastructures, ses dispositions à s’intégrer au delta du Yangtsé et à libéraliser son économie restent en-deçà des réformes nécessaires à ses ambitions.

Shanghai, vitrine de la modernité chinoise, aspire à (re)devenir une métropole de premier plan : la ville, qui se voit comme la Londres ou la New-York de l’Asie, a vu son ambition avalisée en 2009 par Pékin, qui a reconnu sa vocation à devenir un centre international financier, maritime, de services et de commerce. Or, la concrétisation de cette ambition nécessite de transformer cette ville industrielle en une métropole de services, par une mise à niveau des infrastructures comme par des réformes de l’environnement des affaires.

Cette émergence est portée par le développement des infrastructures publiques, dont le montant, en hausse de 20 % par an, s’est élevé à 32,5 Md euros entre 2000 et 2005. Les mutations du tissu urbain – parfois plus subies que voulues, du fait de l’immigration (6 des 19 millions de résidents ne sont pas nés à Shanghai) – entraînent en effet des dysfonctionnements en matière d’environnement, de trafic routier et de logements, qu’il importe de corriger. Sur ce plan, les succès sont indéniables : en matière de transport public, le réseau de métro est passé de 350 km en 2009 à 400 km en 2010 (plus que le réseau parisien) et comptera 780 km en 2020 ; la construction du port en eaux profondes de Yangshan complète le port de Waigaoqiao ; l’aéroport de Hongqiao, ouvert en 2010, crée un hub majeur à connexions intermodales ; enfin, la construction d’un centre Disneyland va débuter en 2011.

En revanche, l’ouverture de la ville à sa région et l’amélioration de l’environnement des affaires avancent à un rythme plus lent. En matière d’ouverture, Shanghai compte devenir le centre de services à valeur ajoutée (R&D, finance, logistique, consultant, etc.) de la Chine de l’est, région qui représente un quart du PIB chinois ; la ville a les atouts pour ce faire. Elle voudrait toutefois obtenir les avantages de cette intégration régionale sans en assumer la contrepartie – la délocalisation de son industrie – quitte à être contredite par les entreprises, qui délocalisent leur production vers l’hinterland shanghaien, du fait de coûts (main d’œuvre, foncier) moins élevés.

La frilosité est encore plus perceptible quant à l’intégration des non-Shanghaiens : la municipalité avait annoncé que l’accès au hukou (permis de résidence, qui rattache tout citoyen à sa zone de naissance et lui limite l’accès aux avantages sociaux – organisés au niveau provincial – lorsqu’il en sort) de Shanghai serait facilité pour les personnes qualifiées. Cette réforme est restée de peu d’effets. L’évolution la plus concrète, le rapprochement du système de protection santé avec celui du Jiangsu, s’est faite autant sous l’impulsion des autorités nationales que locales. A nouveau, ce manque de détermination se heurte à la réalité économique : l’évolution démographique – à l’horizon 2020, près du tiers de la population aurait plus de 60 ans – rend nécessaire d’attirer un supplément de main d’œuvre.

En matière d’attractivité internationale, Shanghai offre certes un environnement favorable aux affaires : la ville est classée, à ce titre, au 1er rang de Chine et constitue un choix d’installation pour les sièges régionaux des sociétés (260 fin 2009, 36 de plus qu’en 2008) ; le nombre de centres R&D (304 fin 2009, 30 de plus qu’en 2008) va croissant, du fait notamment de la qualification des ingénieurs chinois. Un ensemble de mesures ont été mises en place pour moderniser le cadre des affaires : chambres spécialisées en matière de propriété intellectuelle et de litiges financiers, centre de résolution des conflits de travail, accélération des investissements étrangers et facilitation de leur installation.

Hong-Kong et Singapour n’en restent pas moins privilégiées pour leur sécurité juridique, notamment dans le domaine fiscal, où la Chine est jugée peu fiable du fait de l’application aléatoire et versatile de sa réglementation. Les réformes restent aussi trop lentes pour concrétiser la vocation de centre financier international. Certes, la prudence des régulateurs pékinois contraint cette évolution. Shanghai ne profite toutefois guère de ses marges de manœuvre, dans des domaines comme le private equity.

La transformation de Shanghai d’un centre industriel en une métropole de services et son ambition de devenir un centre international, à l’instar de sa rivale hongkongaise, nécessitent pourtant des réformes, en partie en convainquant les autorités centrales de leur bien-fondé, et en partie par une politique locale plus volontariste et moins conservatrice. Shanghai dispose d’atouts pour ce faire ; la ville a su se hausser à la hauteur des enjeux, par le développement de ses infrastructures. En revanche, l’adaptation de sa politique régionale et internationale aux nécessités de son ouverture reste trop timide.


SHANGHAI EN CHIFFRES

Population  : 19 millions d’habitants (2009), y compris la population migrante estimée à 6,6 millions.

Superficie  : 6 340 km² - Densité  : 2 900 hab./km²

PIB  : 1 490 milliards RMB (2009) (+ 8,2 % par rapport à 2008 / 7ème rang en Chine)

PIB par habitant : 79 000 RMB (1er rang Chine) (11 600 USD, double en parité de pouvoir d’achat)

Revenu moyen disponible : 28 800 RMB par habitant (+ 8,1 % par rapport à 2008)

Exports  : 142 Md USD (- 16,2 %) / Imports  : 136 Md USD (- 11,1 %°) / Excédent  : 6 Md USD

Une ville tournée vers les services
Répartition sectorielle ( % PIB )
Secteur primairesecondairetertiaire
0,8 % 39,8 % 59,4 %
1ère destination des investissements étrangers en Chine
Flux d’investissements directs étrangers (Md €)
2006200720082009
5.5 6.1 7.8 9.5

Shanghai, port majeur du commerce international :

  • 1er port au monde pour le vrac (582 M t. en 2008)
  • 2ème port au monde pour le trafic de conteneurs (25 M. EVP en 2009, soit ¼ du trafic chinois) derrière Singapour…

1ère plateforme aéroportuaire de Chine : 3,1 M. t. pour le fret aérien et 51 M. de passagers :

  • Pudong  : 30 M. de passagers par an, conçu par ADP, capacité portée à 80 M d’ici 2015 ;
  • Hongqiao  : 21 M. de passagers par an, capacité portée à 30 M. d’ici 2020.
François Blanc,
Service économique de Shanghai,
Francois.BLANC dgtresor.gouv.fr
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