Semaine des Ambassadeurs : discours d’ouverture du Président de la République [中文]

Extraits du discours du Président de la République à l’ouverture de la semaine des Ambassadeurs (Paris, 25/08)

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Monsieur le ministre des Affaires étrangères,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les parlementaires, Mesdames, Messieurs les ambassadeurs,

La France se prépare à accueillir la Conférence sur le climat et c’est le sujet qui anime vos travaux depuis lundi. Ce sera un événement majeur, il nous mobilise pleinement au plus haut niveau de l’Etat, mais aussi toutes les administrations, tous les acteurs publics et également tous les acteurs qui ont une responsabilité et ils sont nombreux.
Nous avons le devoir de réussir parce que c’est un enjeu mondial, parce que c’est la France qui est le pays hôte de ce grand rendez-vous. Une fois encore notre diplomatie sous l’autorité de Laurent FABIUS est à l’initiative. Une fois encore notre pays par sa place, par son rôle, par son influence, est chargé de prendre part à une négociation décisive pour l’avenir de la planète.

Mais la planète, elle n’est pas seulement menacée par le réchauffement climatique, elle est confrontée à un terrorisme qui n’a jamais atteint ce niveau de barbarie, ni cette gravité depuis des décennies.

Notre pays a lui-même été frappé en janvier dernier. Il a su réagir avec sang froid dans l’unité et il a été le bénéficiaire dans cette tragédie d’une solidarité internationale exceptionnelle parce que la France représente pour le monde entier la liberté.
Nous sommes toujours exposés et l’agression qui s’est produite vendredi dans le Thalys Amsterdam-Paris qui aurait pu dégénérer dans un carnage monstrueux sans le courage de plusieurs passagers, notamment de militaires américains, que j’ai distingués hier, cette agression est une nouvelle preuve que nous devons nous préparer à d’autres assauts et donc nous protéger.

Notre sécurité se joue d’abord à l’intérieur de nos frontières. C’est ce qui nous a conduits à décider l’opération Sentinelle qui mobilise, en plus des policiers, des gendarmes, 7 000 soldats. C’est ce qui justifie le renforcement des effectifs des services de renseignement et la modernisation de notre législation pour mieux agir dans le respect des libertés.

C’est également nécessaire pour affronter les combattants étrangers et repérer, identifier, suivre les individus liés à la mouvance fondamentaliste.

Notre sécurité se joue aussi à l’extérieur de nos frontières. Daech est le plus grand danger. Cette organisation contrôle un vaste territoire, en Syrie, en Irak, dispose de ressources importantes liées à des trafics de toutes sortes, à des ramifications sur l’ensemble du globe. Cette organisation enrôle, endoctrine, encadre pour tuer à une plus grande échelle.

Les musulmans sont ses premières victimes en Irak, en Syrie, au Koweït, en Lybie, mais les minorités sont systématiquement pourchassées et martyrisées. C’est la raison pour laquelle j’ouvrirai dans quelques jours la Conférence sur les chrétiens d’Orient et les victimes religieuses et ethniques, organisée à Paris par Laurent FABIUS.
Daech détruit aussi les biens communs de l’humanité, à Palmyre, l’ancien directeur du site archéologique a été sauvagement décapité et dimanche dernier le temple de Baalshamin a été réduit en poussière.

C’est la même intention, effacer toutes les traces de l’humanité, terroriser par les images, par les actes de terreur et d’horreur, montrer qu’il n’y a aucune limite à la barbarie. Là aussi, nous devons agir : dix ans après la signature de la convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle, j’ai décidé de confier au président du Louvre, Jean-Luc MARTINEZ, une mission sur la protection des biens culturels dans les conflits armés.

La France prendra toutes les initiatives nécessaires pour mieux protéger les œuvres et les sites et lutter aussi contre les trafics qui nourrissent le financement du terrorisme car derrière les destructions des sites culturels, il y a aussi un commerce qui suppose qu’il y ait des acheteurs, s’il y a des vendeurs.

(...)

En ce qui concerne les mouvements de population, les crises migratoires ont atteint un niveau qui n’a pas d’équivalent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces mouvements migratoires, ces afflux de réfugiés, qui concernent l’Europe, mais pas seulement l’Europe, sont les tragiques conséquences des conflits qui s’accumulent. Si l’on regarde avec précision ce qui est en cause, ce sont des Syriens, des Irakiens, qui ont fui, et qui se sont réfugiés, dans un premier temps, dans les pays de la région. Le Liban, la Jordanie, la Turquie, font face à l’arrivée d’au moins 5 millions de réfugiés. Je n’oublie pas ce qui existe aussi, et qui est une désolation, en Erythrée, au Soudan, en Somalie, qui amplifie les migrations, elles-mêmes facilitées par le chaos libyen. Ainsi, plus de 350.000 entrées irrégulières dans l’espace de Schengen, au cours de ces derniers mois, ont été constatées. Il est même très difficile de connaître la réalité des chiffres.

L’Allemagne annonce, pour sa part, 800 000 réfugiés en un an. On dit que c’est une situation exceptionnelle, elle l’est. Exceptionnelle par son ampleur, exceptionnelle par sa gravité, exceptionnelle par ses conséquences et les tensions qui existent. On voit de nouveau en Europe des murs s’ériger, des blindés être mobilisés, des barbelés être posés, des centres d’accueil de réfugiés être attaqués, voilà ce qu’est aujourd’hui la situation, et elle a, hélas, tous les risques de durer compte tenu des conflits qui sont en cause.

Alors, certains voudraient nous faire croire que le rétablissement des frontières nationales serait une solution miracle, c’est une supercherie. Mais elle peut, à un moment, faire illusion. La France doit agir au niveau européen et au niveau international, avec humanité, pour ce qui concerne les personnes qui fuient des crises, des guerres, mais également avec fermeté, pour ne pas confondre toutes les migrations. Nous devons répondre aux urgences humanitaires, il y en a, organiser l’accueil, assumer nos obligations en matière d’asile, mais aussi raccompagner les migrants déboutés et lutter contre toutes les filières criminelles de passeurs.

L’Europe, non sans mal, a pris des décisions au mois de juin dernier, pour assurer le sauvetage des migrants sur la Méditerranée. Il y a eu une certaine efficacité, qui a d’ailleurs conduit de plus en plus de migrants à aller traverser la Méditerranée, et hélas de plus en plus de passeurs, aussi, y compris en laissant leurs embarcations et les familles qui y étaient réfugiées dans le risque le plus absolu pour leur vie.

(...)

Il ne s’agit pas non plus, parce que nous sommes un pays qui fabrique des armements et les exporte, d’abandonner nos convictions et nos principes. Les droits de l’Homme, la démocratie, la lutte contre la corruption sont en toutes occasions rappelés dans mes déplacements, par moi-même, par le Premier ministre, par les membres du Gouvernement. C’est ce qui fait que nous sommes un pays respecté, en position centrale, capable de parler avec tous.

C’est sûrement ce statut qui nous a valu l’honneur d’organiser la Conférence sur le climat. C’est donc un défi majeur que de réussir ce rendez-vous. Les signaux positifs sont là, nous avançons. Les Etats-Unis ont présenté un plan courageux, le Président OBAMA s’est engagé personnellement pour la transition énergétique, l’économie bas carbone. Le Premier ministre chinois a annoncé depuis Paris, dans cette salle même, une contribution sérieuse de son pays à la réduction des émissions de CO2.

L’Europe a pris des engagements qui correspondaient aux objectifs qui étaient les nôtres. La loi sur la transition énergétique a été regardée comme un texte exemplaire. Au moment où je m’exprime, 56 pays représentant plus de 60 % d’émissions de gaz à effet de serre ont soumis leur contribution. J’appelle tous les autres, il y en a encore beaucoup, à le faire.

Il y a également l’expression des consciences, et la voix du Pape a été particulièrement entendue à travers son encyclique. Qu’il puisse venir à l’assemblée générale des Nations Unies pour rééditer son appel est un appui important. Il y a également la mobilisation de beaucoup d’acteurs, organisations non gouvernementales, nous n’avions pas de doutes à ce sujet. De grandes associations, sociétés civiles, mais également les collectivités locales, nombreuses, ont pris l’initiative. Les entreprises sont conscientes maintenant que ce sera un enjeu pour leur compétitivité ou pour leur avenir.

Cette mobilisation a produit des résultats, mais ils ne sont pas suffisants. Il ne faut rien relâcher. Je sais les efforts de Laurent FABIUS pour aller partout où cela est nécessaire. Ségolène ROYAL est également allée en Afrique, les ministres sont pleinement engagés, et je sais qu’ici, notre réseau d’ambassadeurs a la volonté de convaincre et d’informer. Je me rendrai moi-même à Pékin au début du mois de novembre, pour travailler avec le Président chinois à une nouvelle avancée.

J’irai également à Séoul. Séoul, où siège le Fonds Vert, car nous savons que la question des financements va être essentielle. En ce qui concerne la négociation elle-même, les coprésidents du groupe de travail chargés de présenter le projet d’accord ont soumis le 24 juillet un texte, mieux structuré, resserré, qui permettra d’avoir une discussion lors de la session qui va s’ouvrir à Bonn dans quelques jours. Voilà, nous avançons.

Je l’ai dit, le plus difficile reste à venir, c’est-à-dire l’accord lui-même. Nous devons donc accélérer. Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, nous voulons, avec le secrétaire général Ban KIMOON, qui sera avec nous aujourd’hui, organiser une réunion de chefs d’Etat et de Gouvernement permettant justement de créer la mobilisation et de donner l’impulsion nécessaire. L’objectif n’est pas de nous substituer à la négociation elle-même mais de fixer le niveau d’ambition globale et les moyens pour y parvenir.
A la Conférence de Paris, j’ai pensé que le mieux était d’inviter les chefs d’Etat et de Gouvernement au tout début de la Conférence, pas à la fin. A la fin, il est parfois trop tard et même leurs incantations ne suffisent plus à convaincre et à conclure. Cela sera donc au début de la conférence, c’est l’expérience que nous avons tirée de Copenhague. Je connais néanmoins les obstacles qui sont encore devant nous. D’abord, de nombreux de pays en développement ou émergents s’inquiètent des effets de la lutte contre le changement climatique par rapport à leur propre croissance. Nous devons donc les rassurer et leur apporter tout de suite des solutions technologiques, notamment pour l’énergie.

Nous devons démontrer que les solutions existent pour concilier tous les objectifs. Avec l’Inde par exemple, nous avons mis en place un plan pour le solaire, parce que nous savons que ce grand pays veut faire du solaire sa priorité. Nous avons également, avec l’Afrique un grand plan sur les énergies renouvelables. Nous devons aussi écouter les pays vulnérables. Il y a quelques mois, nous étions aux Philippines, avec Nicolas HULOT, dont je salue l’inlassable engagement. Nous avions justement voulu adresser un appel, l’appel de Manille, pour montrer que ces catastrophes peuvent d’abord toucher les pays les plus vulnérables, mais que tous les continents sont concernés.

(...)

Le monde que nous connaissons connaît des crises, connaît, hélas, des guerres, a des défis à relever, et reste profondément instable. Nous en avons encore une illustration avec les mouvements boursiers de ces derniers jours et qui concernent les pays asiatiques et plus particulièrement la Chine.

La crise des subprimes a laissé des traces profondes, elle n’a été surmontée qu’avec du temps, des corrections qui ont coûté cher, en termes de croissance, de niveau de vie, pour les populations. Des décisions ont été prises, des pare-feu ont été installés, en Europe avec l’Union bancaire, mais aujourd’hui ce sont les marchés asiatiques qui sont les plus exposés, après une vague de spéculations qui était – d’ailleurs comme toute spéculation – déconnectée de l’économie réelle, pourtant vigoureuse, en Chine et dans les pays asiatiques. Nous devons regarder cette difficulté, ne pas la nier, et en même temps être capable de savoir ce qu’elle peut représenter, et dans la durée, et dans l’espace. Je fais confiance aux autorités chinoises pour surmonter cette crise boursière. Elles ont les moyens d’agir, et la croissance chinoise, même si elle se ralentit, reste à un niveau particulièrement enviable. Je ne veux pas ici donner le taux de croissance pour ne pas trop influencer le nôtre.

Notre volonté c’est d’engager la Chine à prendre toutes ses responsabilités, dans la gouvernance mondiale, dans la mise en place des mécanismes. La Chine est la deuxième économie du monde, forcément, elle doit aussi s’adapter, adapter ses marchés de capitaux, adapter son organisation, adapter aussi sa croissance au niveau des objectifs qui peuvent être ceux du monde entier, et notamment pour la régulation des monnaies et la régulation des mouvements financiers.

La Chine doit être associée à la gouvernance mondiale. Elle va présider d’ailleurs l’an prochain le G20, et la France a pris la décision de prendre part à la Banque Asiatique pour les Infrastructures, une nouvelle banque multilatérale, parce que nous voulions justement être partie prenante du développement et des investissements qui ont lieu et auront lieu en Chine.

Je veux terminer mon propos sur l’Europe. J’ai dit quel était aujourd’hui l’enjeu principal : être capable de maîtriser les migrations, dans un contexte de crise internationale, que nous devons régler. Être capable de faire face à des tensions qui sont à l’œuvre et qui peuvent être exploitées – on le sait bien – par des mouvements extrémistes. Être capable à la fois de rassurer, de protéger. C’est notre devoir de protéger. Protéger nos territoires, protéger nos populations, et en même temps d’être conforme à nos principes, humanité et fermeté. Le faire en tant que pays qui a à prendre sa propre responsabilité, le faire dans l’Europe, pour l’Europe, avec l’Europe, et c’est le sens de la réunion du Conseil européen qui doit prendre les décisions qui s’imposent, à partir des propositions que nous avons élaborées et que d’autres, encore, peuvent enrichir.

(...)

Mesdames, Messieurs les ambassadeurs, l’action extérieure de la France est au service des objectifs que nous avons fixés pour la réussite de notre pays. Il n’y a pas une dissociation entre la politique extérieure et la politique intérieure. Ce que nous voulons, au-delà de nos sensibilités, c’est assurer le rayonnement de notre pays, son influence. Nous sommes encore une des rares nations au monde capable de donner une direction, de prendre des initiatives, d’engager des processus, d’éviter parfois le pire et de trouver des solutions. Notre pays a vocation à assurer son rayonnement, mais aussi ses intérêts économiques, et sa sécurité. 2,5 millions de Français vivent à l’étranger et je salue ici ceux qui les représentent. Ces citoyens, expatriés, comptent sur vous, le réseau diplomatique et consulaire, pour défendre leurs intérêts, non seulement lorsqu’ils sont en détresse, mais lorsqu’ils sont en mouvement, pour leurs projets. Il est important de répondre à leurs demandes, car ces Français, loin de la France, mais qui sont liés charnellement à la France, assurent le développement économique de notre pays, son rayonnement culturel, et constituent une force pour la France. Ils doivent se sentir pleinement soutenus.

Grâce à nos entreprises, et c’était l’enjeu de la diplomatie économique, nous remportons des marchés qui renforcent notre économie, et je vous demande d’exercer pleinement votre autorité sur l’ensemble des services et opérateurs à votre disposition, pour appuyer chaque jour la démarche des entrepreneurs.

Je salue aussi le rôle du réseau culturel, scientifique, éducatif, universitaire, à l’étranger. Avec le Premier ministre, les ministres qui se déplacent, nous avons l’occasion de saluer ces établissements, les personnels qui s’y dévouent. C’est considérable, peu de pays ont cette capacité. Le nôtre a davantage d’ambitions car il veut faire rayonner la francophonie, mais c’est plus que cela, faire parler en français, faire écrire en français, accueillir toutes les cultures, y compris dans nos établissements. C’est faire en sorte que la France puisse être pleinement attendue, regardée, espérée, et de ce point de vue ce que vous faites, ce que ce réseau est capable de promouvoir, est essentiel pour l’idée de la France.

Nous avons également comme volonté d’accueillir des artistes, des étudiants, des chercheurs, des entrepreneurs. Nous avons simplifié le système des visas, j’en remercie les ministres qui ont été à cette initiative. La France, même si elle affronte le terrorisme, même si elle doit maîtriser les migrations, même si elle doit faire son devoir pour les réfugiés, la France, elle a une vocation universelle. Elle ne doit pas se recroqueviller sur elle-même, elle ne doit pas avoir peur de faire en sorte que les meilleurs esprits viennent vers nous pour nous apporter ce qu’ils ont conçu chez eux et qu’ils veulent offrir au monde à travers la France. Ce qui se joue c’est la bataille des idées, et une fois encore la France doit être au premier rang.

La promotion de notre pays est une composante du travail diplomatique, je sais que c’est le travail qui vous a été confié. L’attractivité du territoire doit notamment favoriser les investissements porteurs d’innovations et d’emplois.

Il y a aussi le tourisme, qui est tout simplement la valorisation de nos paysages, de notre patrimoine, mais aussi des professionnels qui s’y dévouent et je n’oublie pas la gastronomie.

Plus de 85 millions de visiteurs cette année. On annonce une année record et la France est la première destination au monde. Nous devons faire de cette situation qui est finalement le produit aussi de tous les professionnels qui s’y engagent, une force et un atout.

Laurent FABIUS a engagé une réforme de notre action extérieure et je veux ici l’évoquer. C’est un chantier important parce que la France porte une politique extérieure qui va au-delà de la défense de ses seuls intérêts. Par l’histoire, par la place que nous occupons, par notre propre volonté, par notre caractère exemplaire, – j’ai évoqué la transition énergétique – nous avons une capacité à agir, dès lors que nous y mettons les moyens. Agir pour nous, pour nos intérêts, pour la sécurité des Français, agir aussi pour les idéaux que nous portons et pour la préservation de la planète. C’est ce que nous faisons à travers la Conférence sur le climat. J’y reviens parce que cette réussite, elle est indissociable de notre action pour le développement, pour la sécurité, et pour la paix.

C’est parce que nous portons ces valeurs que les terroristes veulent nous frapper, mais c’est parce que nous sommes dépositaires de cette grande idée de progrès, j’allais dire de cette grande idée de la France pour le monde, que beaucoup de pays nous marquent leur solidarité et que beaucoup de peuples nous témoignent leur reconnaissance.

C’est parce que nous sommes conscients de nos responsabilité que nous devons encore travailler pour assurer le rayonnement de la France.

Merci. 

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Dernière modification : 14/04/2016

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