Depuis combien de temps êtes-vous en Chine et qu’est ce qui vous a initialement donné envie de venir ici ?
Je suis en Chine depuis 15 ans et à Xiamen depuis 13. J’avais une affaire au Luxembourg et je l’ai vendue en 1989. En 1992, j’ai commencé à voyager en Asie un peu partout, au Vietnam, en Indonésie, en Thaïlande… J’ai essayé de faire un peu de business au Vietnam mais à l’époque c’était très difficile, je suis quand même resté un an à Hanoi. En 1994, je suis venu en Chine, sur les conseils d’un ami de Hong Kong qui m’a présenté quelqu’un qui travaillait dans la pierre. J’ai commencé dans les provinces de Liaoning, Hebei et Shandong. Je me suis donc d’abord installé à Qingdao mais je me suis vite rendu compte que pour percer dans la pierre il fallait venir à Xiamen. Les affaires se sont révélées très positives dès le départ et je suis donc resté. L’entreprise a eu de très bon résultats et les conditions de vie sont exceptionnelles.
Pourriez-vous nous donner des détails sur vos activités professionnelles ?
J’exporte de la pierre pour tout ce qui est aménagement de voirie : pavé, bordure, dallage, mobilier urbain. J’ai livré presque 80 % des aménagements de tramway en France. Le premier que j’ai fait c’est celui d’Orléans, puis de Nantes, Mulhouse, Valenciennes, Lyon…
Qu’est ce qui vous plaît dans votre cadre de vie ici ?
La qualité de vie ici est exceptionnelle. La ville est très propre, il y beaucoup de parcs et des dizaines de kilomètres de plage. Les résidents locaux sont sympathiques et travailleurs.
Pourquoi avoir choisi de venir dans le Fujian ?
Je suis venu ici pour les ressources en granit de la région. Il y a environ 700 carrières dans la région, plus de 7 000 usines, de la plus petite unité de production aux plus grandes. Le travail de la pierre est ici une tradition. Certaines petites villes et certains villages de la région sont spécialisés dans le travail de la pierre et ne font que ça.
Que pensez-vous de l’environnement de la Chine pour faire des affaires ?
Au début c’était quand même un peu dur, car les infrastructures de transport n’étaient pas aussi bonnes qu’elles le sont aujourd’hui. Lorsqu’on partait dans les carrières de pierre, c’était un peu l’aventure. Ça m’est arrivé plusieurs fois de dormir dans le 4X4. J’aime l’aventure donc ça ne me dérangeait pas du tout. On logeait aussi souvent chez l’habitant, encore aujourd’hui ça ne me dérangerait pas de le faire. C’était vraiment une très belle aventure.
Xiamen est une ville connue pour son dynamisme, comment cela s’est-il manifesté à vos yeux depuis votre arrivée ici ?
Quand je suis arrivé ici, il n’y avait pas un building, pas de voiture dans la rue, à part quelques taxis, des Ladas avec un million de Km. A l’époque j’allais faire mes courses à Hong Kong.
La Chimie, l’électronique et la pierre sont les trois secteurs industriels les plus dynamiques de la ville. Le port de Xiamen aujourd’hui exporte 15 000 tonnes par jour de produits finis en pierre prêt à la pose. C’est la plus grande place au monde pour la pierre naturelle, et de loin.
Le tourisme est également une activité très développée dans la région. Il y a par exemple beaucoup de japonais et de coréens qui viennent jouer ici au golf (il y a trois golfs magnifiques en bord de mer).
Qu’en est-il de la communauté française ici à Xiamen ?
Je pense qu’on est entre 50 et 60 français sur Xiamen et la région. On se voit régulièrement à l’occasion de repas, de barbecues, de fondues… J’organise un repas francophone une fois par mois. Tous ceux qui parlent français sont les bienvenus. On change de restaurant tous les mois et on est en général une trentaine de personnes. A côté de ça, on fait tous les mercredis soir une soirée tarot qui réunit en général entre 10 et 15 personnes. La communauté française est ici assez soudée, on s’entraide beaucoup.
Vous êtes chef d’îlot, qu’est ce que cela représente pour vous ?
L’ancien Consul général en poste à Canton m’avait demandé d’être chef d’îlot. Ça va bientôt faire huit ans maintenant. A l’époque je connaissais un peu tous les français de Xiamen et j’étais le doyen parmi eux. L’Ordre National du Mérite m’a été remis ici pour mes activités professionnelles, il y a environ 4 ans.
A l’époque j’avais rencontré les autorités chinoises avec le Consul général pour me présenter en tant que Consul honoraire, bien que les autorités chinoises ne reconnaissent pas ce statut. Toutefois, il m’est arrivé d’avoir à intervenir auprès d’elles pour aider des compatriotes en difficulté.
J’ai également tous les formulaires pour l’état civil que je peux remettre aux français lorsqu’ils en ont besoin.
Les Français apprécient qu’il y ait un chef d’îlot et cela d’autant plus qu’aucun autre pays n’a l’équivalent ici. Ils s’adressent souvent à moi lorsqu’ils veulent faire des démarches auprès du Consulat. Je ne peux pas toujours leur donner la réponse mais je peux au moins leur donner le nom de la personne qu’il faut contacter au Consulat et éventuellement le numéro de téléphone, si c’est vraiment nécessaire.
Pour finir, quelle est votre impression générale sur la Chine ?
Je dis toujours que la Chine c’est le dessert de ma vie. Quand je suis arrivé ici j’étais divorcé, j’ai rencontré ma femme actuelle, qui est fantastique, et j’ai adopté une petite fille qui a aujourd’hui quatre ans. La chine m’a beaucoup apporté et le développement du pays s’est fait d’une façon magnifique et très intelligente. Ici, on a le droit d’être ambitieux, c’est un pays qui offre des opportunités, cependant moins que quand je suis arrivé ici. Si je n’étais pas venu ici, je crois que j’aurais raté quelque chose dans ma vie.




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