Rédacteurs :
Yo-Jung Chen, Christine CHEN Yu
Phoenix Weekly publié le 25 juillet, No. 21 2010
Couverture : les religions et leurs fortunes
Signe d’une société en plein développement, de nombreux temples en Chine commencent à s’engager dans des activités lucratives, se transformant en sites touristiques et offrant une multitude de services religieux. Cette évolution vers la commercialisation commence à bouleverser le mode traditionnel de financement religieux qui a existé depuis des siècles et qui consiste à recueillir des offrandes des croyants et des crédits du gouvernement.
Aujourd’hui, les revenus des temples, qui demeurent confidentiels, se composent principalement de 5 volets : les droits d’admission en tant que sites touristiques, les bénéfices provenant des propriétés immobilières, les cérémonies religieuses payantes, les offrandes civiles ainsi que les investissements gouvernementaux. Dans la plupart des temples, la comptabilité est laissée à des moines qui n’ont pas nécessairement la compétence requise. De plus, dû à leur statut particulier, la gestion financière des temples est loin d’être transparente et demeure largement hors du contrôle gouvernemental.
Dans ce contexte, le gouvernement a promulgué mars dernier une nouvelle règlementation visant à renforcer le contrôle fiscal et la surveillance financière des 130 000 établissements religieux. Les provinces du Jiangsu et du Henan (siège du Temple Shaolin) ont été désignées sites d’essai, la mise en application définitive à l’échelle nationale étant programmée pour 2011. Les plus grands temples sont les premiers à être inscrits dans la liste de contrôle.
Cependant, les experts dans le domaine religieux se gardent de tout optimisme sur les résultats de la nouvelle mesure. Tout d’abord, en tant qu’entité économique plus ou moins importantes, les temples sont étroitement liés à des groupes d’intérêts dont les gouvernements locaux, ayant des relations étroites avec les départements chargés de la religion, du tourisme, des paysages, etc. Dans ce contexte, la nouvelle règlementation entrera certainement en conflit avec les intérêts économiques particuliers de ces collectivités locales, et ce ne sera plus un simple problème technique de contrôle et de surveillance.
Un autre problème est le contrôle des religions par l’Etat. Le système en vigueur est une copie de celui de l’URSS dans les années 50s qui, avec une forte tonalité de l’économie planifiée, vise à assurer un contrôle absolu de l’Etat sur les religions.
Au lieu de résoudre la racine des problèmes en engageant une réflexion approfondie sur un système anachronique de gestion, les départements publics concernés continuent à rechercher la solution dans le renforcement du système actuel de contrôle des religions, laissant surgir de nouveaux problèmes.
De l’avis des experts, l’idéal serait d’introduire la séparation du pouvoir et de la religion dans l’esprit de l’Etat de droit, abandonnant les contrôles purement administratifs pour désormais traiter en conformité avec la loi tous les problèmes de caractère religieux. Avec la réforme et le développement du pays, le gouvernement chinois orientera les organisations religieuses vers le système de marché et tentera d’améliorer la législation relative aux religions.
International
Outlook Weekly publié le 26 juillet, No. 30 2010
Lancement d’une coopération institutionnelle au sein de BRIC
Au moyen de dialogues et des coopérations à tous les niveaux entamés depuis 2003, les pays BRIC s’engagent naturellement dans la voie d’une coopération institutionnelle.
A long terme, ces quatre pays doivent : (1) être inter-complémentaires en vue de renforcer leur force réelle, leur statut et leur influence ; (2) faire face à l’ordre international inéquitable et irrationnel dominé par les Etats-Unis et l’Europe ; (3) relever les nouveaux défis mondiaux ; (4) s’imposer progressivement au centre de la scène internationale ; (5) coordonner régulièrement entre eux les positions et les politiques sur les grands dossiers du monde.
Dans ce contexte, il est nécessaire d’avoir un mécanisme de dialogue et de coopération garantissant la durabilité, la stabilité et l’efficacité de la coopération. Derrière ce mécanisme à quatre, il existe un moteur économique puissant, une volonté politique manifeste ainsi qu’un statut international partagé à longue échéance.
L’avenir de ce mécanisme dépend non seulement des coopérations pragmatiques dans les domaines financier et économique, mais aussi des coopérations stratégiques dans les domaines politique et sécuritaire. En même temps, il faut créer une nouvelle modalité de coopération en s’inspirant des modèles du G8 et de l’OCDE.
Phoenix Weekly publié le 25 juillet, No. 21 2010
La Mer de Chine méridionale infectée par des pirates
Selon un rapport du Bureau international maritime (BIM), les activités de piraterie se sont intensifiées depuis le début de cette année en Mer de Chine méridionale (13 attaques de pirates au premier trimestre 2010, à peine inférieures aux 39 attaques enregistrées dans la zone maritime africaine), faisant de cette zone maritime l’un des plus dangereux chenaux du monde.
Cette fréquence de la piraterie s’explique par la position géographique complexe, les litiges territoriaux maritimes ainsi que les problèmes social et économique dans les pays riverains. Elle se caractérise également par le fait que beaucoup de ces pirates sont des anciens combattants, et même des militaires en service actif des pays riverains.
Actuellement, 80% du commerce international de la Chine passent par la Mer de Chine méridionale et 60% de pétroliers transitant par le Détroit de Malacca sont chinois. Devant la fréquence des actes de piraterie, il est particulièrement important de garantir la sécurité des navires chinois dans cette zone maritime. Cet effort pourrait se traduire par les mesures suivantes :
- introduire le crime de la piraterie dans le Droit pénal avec une définition précise ; établir un mécanisme d’extradition efficace des terroristes maritimes.
- Former une force de garde-côtes et un groupe de travail des experts pour proposer des contre-mesures.
- renforcer les coopérations en Mer de Chine méridionale dans les domaines moins sensibles.
Chine
Outlook Weekly publié le 26 juillet, No. 30 2010
Lancement de la nouvelle réforme de l’éducation
La publication des « grandes lignes de la politique de l’éducation » a officiellement démarré la nouvelle réforme de l’éducation en Chine dont l’idée dominante est la prudence et la progressivité. Mais puisqu’elle ne touche pas aux obstacles institutionnels, les observateurs ne sont pas très optimistes sur l’avenir de cette réforme. D’après certains professionnels du milieu de l’enseignement, la réforme n’est qu’un compromis des intérêts rivaux des différents départements, compromis qui s’est d’ailleurs traduit dans l’élaboration du texte du programme. De plus, l’administration de l’éducation chargée de cette réforme tend à donner aux « grandes lignes » une interprétation très différente de ce qu’attend l’opinion publique. Il est possible que d’ici dix ans, les problèmes d’aujourd’hui subsisteront toujours.
Le développement équilibré des ressources de l’éducation est un des principaux objectifs de la réforme. Or, limité par les contraintes de ressources humaines et du système du personnel, le processus de la mise en application de la réforme de l’éducation est toujours dans l’incertitude totale.
China Newsweek publié le 26 juillet, No. 27 2010
Edito : il ne faut pas que les actions visant la stabilité sociale soient exploitées pour d’autres motifs
Le gouvernement est responsable de l’ordre social et ses actions visant à assurer la stabilité sociale, mobilisant d’importants investissements en homme et en matériel, sont efficaces pour résoudre au moins une partie des problèmes brûlants pour le peuple. Or, au cours des campagnes menées dans le but de garantir la stabilité sociale, il arrive que certains fonctionnaires agissent hors de la loi et portent atteinte aux intérêts du peuple. Certains cadres locaux vont jusqu’à en profiter pour protéger leurs propres intérêts spéciaux. Les départements concernés doivent prendre des mesures efficaces pour lutter contre ce genre de comportements, exploitant notamment des moyens institutionnalisés.
Phoenix Weekly publié le 25 juillet, No. 21 2010
S’enrichir brutalement grâce à la démolition des maison
A l’opposé des drames médiatisés provoqués par la démolition forcée des maisons rurales (au profit des promoteurs immobiliers), de nombreux paysans dans la banlieue de Beijing se sont au contraire enrichis brusquement grâce aux compensations versées pour la démolition de leur maison.
Après avoir acheté des appartements, l’épargne moyenne par famille dépasse facilement 500,000 yuans. Ce mythe de la démolition s’explique par les prix fonciers très élevés de notre époque. En 2003, le prix immobilier moyen à Beijing était de 6000 yuans le mètre carré, mais 21000 yuans en 2010. L’énorme rapport de terre apporté par le prix immobilier très élevé offre aux gouvernements locaux un appui puissant pour procéder à l’expropriation et à la démolition. Mais ce phénomène particulier ne se produit que dans les grandes villes comme Beijing, Shanghai ou Canton où les terres ont un espace de réévaluation très large.
Certains experts estiment que l’apparition des « riches nés de la démolition » est le résultat de la lutte pour l’égalité des droits. Les paysans sont désormais plus conscients de la défense de leurs propres droits et intérêts et sont capables de négocier avec le gouvernement et les promoteurs immobiliers. Ces derniers, pour leur part, ont abandonné la pratique très critiquée de la démolition forcée, souvent accompagnée de violence, et ont appris à respecter la loi de marché et le droit de propriétés des citoyens. Le processus de la démolition et de la fixation de prix se conforment progressivement aux procédures justes et légales.
Mais au fond, ni la démolition par la violence ni l’enrichissement par la démolition n’est raisonnable. Il faut promouvoir la législation dans ce domaine afin de définir, d’une manière scientifique et raisonnable, des normes de compensation justes et transparentes.
Nouveau siècle publié le 26 juillet, No. 30 2010
D’où vient la stabilité sociale ?
L’incident de l’épouse d’un haut fonctionnaire de la province du Hubei sévèrement battue "par erreur" par 3 officiers locaux, a donné lieu à un débat sur le traitement des pétitionnaires. Les trois policiers l’avaient prise pour une des « pétitionnaires » venues réclamer la justice au siège de la province.
En Chine, les gens ordinaires font plus de confiance au gouvernement central qu’à la loi. Ils cherchent toujours à faire appel aux autorités supérieures lorsqu’ils s’estiment victimes d’une injustice à un échelon inférieur. Au nom de « garantir la stabilité » et pour sauver leur propre réputation, les gouvernements locaux se font une règle d’empêcher, souvent par la violence, les gens venus déposer des plaintes aux autorités supérieures. Mais ni la violence ni les mesures « souples » visant à stopper les « pétitionnaires » ne conduisent pas à la vraie stabilité. Au contraire, elles tendent plutôt à provoquer l’instabilité. Bien que la Constitution prescrive la gouvernance par la loi et la construction d’un Etat de droit, dans la pratique, le pouvoir public se place toujours au dessus de la loi. Si l’on ne modifie pas radicalement cette situation anormale, la stabilité durable ne sera jamais atteinte.
Il est nécessaire de rétablir la confiance du peuple en la loi et de rendre effective la gouvernance par la loi.



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