Rédacteur :
Yo-Jung CHEN, Yang YANG
Revue Liaowang, No 28, 11 juillet 2011
Situation internationale du 1er semestre 2011 : 4 points de vue
Par CHEN Xiangjiu, chercheur au Centre d’études de la politique internationale de l’Institut chinois des relations internationales contemporaines :
La situation internationale du premier semestre 2011 a été exceptionnellement animée, avec des catastrophes naturelles et humaines d’une ampleur particulière.
1- Les bouleversements au Moyen Orient et en Afrique du Nord ont pratiquement dominé cette partie de l’année avec la situation en Libye, en Syrie et au Yemen qui va sans doute continuer de s’imposer au premier plan de l’actualité internationale au semestre suivant, faisant de 2011 l’année du Moyen Orient.
Ces bouleversements sont dus, à l’intérieur, à la stagnation politico-économique et sociale aggravée par la crise financière, et à l’extérieur, à la contagion rapide de toute perturbation dans l’ère d’internet. A cela s’ajoute les ingérences « spéculatives » et à multiples standards d’un « Occident hégémonique, interventionniste, aventuriste et opportuniste, qui tente à la fois de se donner une supériorité morale en matière de promotion de la démocratie, et de tirer en même temps des bénéfices matériels tout en garantissant la sécurité d’Israël. »
2- La catastrophe naturelle et nucléaire et la crise politique qui ont frappé le Japon ont également engendré des répercussions dans la situation en Asie de l’est. Le recul du Japon risque de se prolonger et le déclin de sa position internationale pourrait favoriser davantage le développement pacifique de la Chine. La crise nucléaire japonaise a déclenché une vague antinucléaire dans le monde et pourrait affecter les efforts déployés jusqu’ici pour ralentir le réchauffement climatique.
3- La mort de Ben Laden conduit à un réajustement de la stratégie américaine pour laquelle la lutte antiterroriste n’est plus le souci dominant. En matière de stratégie sécuritaire, la lutte antiterroriste est en train de céder le terrain au souci de faire face à l’émergence de nouvelles puissances ; en matière géopolitique, il y aura une baisse du poids du Moyen Orient contre la montée de l’Asie-Pacifique dans le contexte d’un transfert vers l’Est du centre stratégique ; en matière de « grande stratégie », le volet sécuritaire baisse en faveur du développement économique.
4- Les transformations de la situation internationale ne dépendent plus de la seule volonté des Etats-Unis. Le déplacement vers l’est du centre d’intérêt stratégique américain a compliqué l’environnement sécuritaire en Asie-Pacifique. Les Américains souhaitent à la fois profiter de la forte croissance économique de cette région et y maintenir leur domination face à une Chine en croissance rapide. En créant une tension en mer de Chine méridionale, les USA cherchent à créer une division entre la Chine et ses voisins asiatiques du sud-est et à provoquer une course aux armements bénéfiques pour ses industries exportatrices.
Ceci étant, le dessein américain de déplacer son centre stratégique vers l’Est se heurte à des obstacles inattendus. Ils sont retenus à l’Ouest par les bouleversements survenus au Moyen Orient qui menacent les intérêts américains dans cette région. A L’Est, il est maintenant difficile de compter sur le meilleur allié des Américains, le Japon, qui vient d’être rudement frappé par la catastrophe naturelle et nucléaire. Les Américains pourraient ainsi devoir chercher un autre point de chute pour leur stratégie à l’Est, vraisemblablement l’Australie.
D’ailleurs, des 5 grandes priorités figurant dans une proposition sur la politique étrangère du Département d’Etat américain, le « Moyen Orient et l’Afrique du Nord » occupent la première place tandis que « la participation au sommet de l’Asie de l’Est et au forum de l’ANSEA » est reléguée à la dernière place. Cela montre que les bouleversements au Moyen Orient et en Afrique du Nord ont sensiblement restreint la marge de manœuvre des Etats-Unis et les ont forcé à « freiner sec » leur dessein de déplacer leur centre stratégique vers l’Est.
Phoenix Weekly (le 25 juillet)
Les risques économiques provoqués par les conflits sino-vietnamiens
Les disputes territoriales maritimes qui existent depuis longtemps entre la Chine et le Vietnam ont tendance à s’intensifier à nouveau. Cependant, bien que les Vietnamiens pensent que la Chine réagit trop agressivement dans la mer de Chine méridionale, leur réponse est susceptible de devenir plus modérée en raison du rôle croissant du gouvernement chinois en faveur de l’économie vietnamienne : lorsque cette année l’économie vietnamienne était perturbée par la nouvelle pénurie d’énergie et que le gouvernement vietnamien était confronté à une grave situation financière, les Chinois sont venus pour leur donner un coup de main.
Selon le groupe « Electricity of Vietnam », le volume d’importation de l’électricité en provenance de la Chine représente 6% de l’offre total de l’électricité au Vietnam. Il est particulièrement important que la Chine joue un rôle clé dans la construction des infrastructures destinées à la production des énergies du pays. Certaines banques nationales chinoises, telles que la « China Development Bank » et la « China Export-Import Bank », fournissent d’importants prêts pour la construction de nouvelles centrales électriques au Vietnam. En retour, les grandes entreprises chinoises du secteur de l’énergie ont remporté des contrats importants dont les intérêts sont énormes. Les aides chinoises visent à réduire la dépendance des marchés d’exportation occidentaux en étendant leurs affaires dans les pays en voie de développement.
Au fils des années, les entreprises du secteur de l’énergie des Etats-Unis, de l’Europe, du Japon et de la Corée du Sud ont tous montré un vif intérêt à l’industrie de l’énergie sous-développée au Vietnam. Pourtant, elles sont de plus en plus incapables de rivaliser avec leurs concurrents chinois à cause de la grande ambition chinoise et des financements d’ampleur incomparable de la Chine : les entreprises chinoises fournissent toujours un prix plus bas et des prêts à des conditions modérées.
Les grands intérêts économiques entre la Chine et le Vietnam pourraient contribuer à prévenir l’intensification de la tension entre les deux pays. Mais certains analystes vietnamiens se préoccupent d’une trop grande dépendance de leur pays à son voisin, dépendance qui pourrait signifier d’énormes risques pour le Vietnam en cas de détérioration des relations bilatérales.
D’après Ernest Bower, directeur du programme de l’Asie du Sud-Est du « Centre for Strategic and International Studies » basé à Washington D.C, bien que le Vietnam ait « déroulé le tapis rouge » pour accueillir les entreprises énergétiques chinoises, une fois que la situation devient grave, les dirigeants vietnamiens qui poursuivent le pragmatisme vont certainement devoir défendre d’abord la souveraineté nationale. « A mon avis, lorsque les Vietnamiens se rendront compte que la part des entreprises chinoises dans le marché de leur pays est trop élevée, la politique vietnamienne de l’électricité commencera à s’aligner sur les normes internationales. Dans ce cas, les sociétés internationales qui comptent construire des centrales électriques au Vietnam et y fournir des financements deviendront relativement plus compétitives » a dit M. Bower.
Revue Liaowang, édition du 11 juillet 2011
Ce que visent les Philippines en Mer de Chine méridionale
La fermeté philippine est basée sur la thèse de la « menace chinoise » ainsi que sur l’ingérence américaine.
Tout en affichant sa fermeté sur la question de la Mer de Chine méridionale, déclarant unilatéralement « cette Mer est à nous », les Philippines accusent la Chine d’adopter une attitude ferme dans cette région. Au mépris de ce qui est déjà convenu, le pays entreprend de coopérer avec d’autres pays pour y développer les ressources naturelles tout en demandant à la Chine de se comporter en « puissance responsable ».
Même si la position de Manille est sans fondement, il semble qu’elle pense pouvoir s’attirer la sympathie internationale en jouant son rôle de petit pays menacé par la Chine. Cette position n’est pas sans liaison avec l’ingérence des Etats-Unis qui ont promis de fournir de l’armement aux Philippines.
En Asie de l’est, les Etats-Unis s’appuient sur leurs alliances avec le Japon, la Corée du Sud et l’ANSEA pour maintenir leur contrôle sur la situation de la région. Or, ces alliances nouées pendant la guerre froide sont en train de montrer des signes de faiblesses, obligeant Washington à tenter un repositionnement de sa structure d’alliances dans cette région face à l’émergence rapide de la Chine.
La « menace chinoise » devient ainsi un cri de ralliement non seulement dans l’effort de consolider ces alliances mais aussi en vue d’interventions américaines dans les litiges en Mer de Chine méridionale. L’ombre américaine est donc évidente dans les prises de positions du Vietnam et des Philippines à l’encontre de la Chine.
Or, étant donné la sphère limitée de l’aide que pourraient apporter les USA, la fermeté affichée par les Philippines ne signifie pas nécessairement l’abandon des recours diplomatiques. Elle pourrait s’expliquer par deux facteurs : (1) le souci de créer des pressions diplomatiques sur la Chine et « d’internationaliser » le litige territorial en vue du sommet de l’ANSEA de mi-juillet. (2) montrer à l’opinion intérieure du pays une fermeté différente de la position du gouvernement précédent de Mme Arroyo, accusé de mollesse vis-à-vis de la Chine.
Il faut cependant remarquer que les Etats-Unis, soucieux de leurs relations avec la Chine, ne partagent pas nécessairement la position philippine de porter le litige territorial à un niveau multilatéral tandis que l’opinion publique et une partie non-négligeable de la classe politique de ce pays ne sont pas nécessairement solidaires de la tentative de Manille d’impliquer les Etats-Unis dans le litige. La façon dont Manille tente d’agiter le nationalisme contre la Chine risque non seulement de diviser le pays mais aussi d’aggraver la situation régionale et ses relations avec Pékin.
Conscient sans doute de l’importance des relations avec la Chine, le ministre philippin des affaires étrangères déclare son souhait de séparer le dossier du litige territorial du reste des relations philippino-chinoises. Une déclaration contradictoire quand on pense à l’importance que revêt le dossier du litige territorial dans ces relations bilatérales.
En vue de la prochaine visite officielle du président Aquino en Chine, il est important que son gouvernement adopte une attitude sincère pour les relations bilatérales et participe avec la Chine à l’effort d’instaurer la paix et la stabilité dans la région.
Phoenix Weekly : (Edition du 25 juillet 2011)
La stratégie chinoise en matière de TGV manque d’un système d’appui sur une puissance effective
(Article écrit avant l’accident mortel de TGV du 23 juillet qui semble avoir suscité une remise en question de toute la stratégie de la Chine en matière de TGV)
Les nombreux incidents (NDLR : pannes successives d’alimentation de courant depuis l’inauguration le 30 juin de la nouvelle ligne) survenus récemment à la nouvelle ligne de TGV Pékin-Shanghai attirent à nouveau l’attention des médias et de l’opinion publique sur l’ensemble du système de TGV chinois. En fait, il est évident que la majorité des Chinois mettent en question la puissance effective des TGV développés par leur pays. Le porte-parole du Ministère des chemins de fer a déclaré que si la nouvelle ligne de TGV Pékin-Shanghai n’est pas rentable, il n’y aurait plus aucun espoir pour le chemin de fer chinois.
Il est connu que la plupart des TGV dans le monde entier ont des difficultés à réaliser une grande rentabilité. Face à des pertes potentielles, la Chine rencontrera-t-elle des soucis qui changeront le destin de ses TGV ? Depuis le début des chantiers du réseau de TGV, la Chine a une ambition qui dépasse celle de faire des profits à l’intérieur du pays. Elle s’intéresse plutôt à la place qu’elle pourrait avoir dans la future structure économique mondiale grâce à sa technologie de TGV. L’économie chinoise dépend trop du secteur immobilier depuis le début du 21ème siècle, et le gouvernement chinois espère maintenir la croissance économique avec le développement d’un réseau de TGV susceptible de permettre « un atterrissage en douceur » de son économie.
Par ailleurs, la Chine a l’intention de répandre son réseau de TGV dans le monde entier et il s’agit là de la clé de la stratégie des TGV chinoise. Cette grande ambition dépend de deux conditions : la technologie et les réserves de devises. De nombreux pays comptent sur la technologie et les financements de la Chine pour construire ou rénover leur réseau ferroviaire, tandis que la Chine profitera de cette occasion pour accroitre ses exportations, digérer ses réserves de devises et créer des emplois pour son peuple. Mais plus important encore, elle se préparera ainsi à créer une nouvelle structure géopolitique mondiale.
Il semble que la stratégie chinoise de TGV a un bel avenir, mais on se demande si les trains chinois vont réussir à rouler dans le monde entier au mépris des défauts dans la technologie chinoise et des grands défis financiers. La puissance effective d’un pays doit comprendre au moins trois volets pour soutenir la stratégie de TGV.
D’abord, il faut une puissance économique efficace. Les investissements en TGV à l’étranger exigent des financements énormes. Les pays qui comptent acheter la technologie chinoise vont certainement exiger des conditions de prêts favorables. La puissance économique de la Chine lui permet-elle d’accepter toutes ces conditions ? La Chine possède certes 3000 milliards de dollars des réserves de devises, mais sa place dans le marché financier mondial n’est pas encore comparable à celle des Etats-Unis.
Deuxièmement, il faut des moyens puissants et efficaces pour défendre les intérêts nationaux. Si les TGV chinois deviennent des « propriétés immobilières » de certains pays, les dispositifs actuels de la Chine sont-ils suffisants pour défendre les intérêts chinois à l’étranger en cas de conflit ou de changements géopolitiques ?
Enfin, il faut une puissance morale pour protéger les intérêts nationaux. La Chine peut désavouer les valeurs universelles dans le monde occidental, mais avec son intégration à la communauté mondiale, que ferait-elle pour assurer que ses concepts de valeur particuliers soient acceptés par le reste du monde au cas où elle est amenée à protéger ses propres intérêts ? La Chine sera-t-elle capable de persuader les autres pays que ses actions pour protéger ses intérêts sont légitimes ?
Nan Feng Chuang : (le 27 juillet)
La charité chinoise : comment peut-on transformer la responsabilisation à la construction commune
Le scandale de Guo Meimei (jeune bloggeuse qui a diffusé des images sur son micro blog pour exhiber sa grande fortune en provenance, selon elle, de sa position de cadre à la Croix-Rouge de Chine) a poussé la Croix-Rouge de Chine au centre des interrogations et des condamnations du public. Cette situation a aussi un énorme impact sur l’ensemble de l’industrie de la charité chinoise.
L’année 2008 est toujours considérée comme le jalon historique pour la charité chinoise. Le séisme de Wenchuan a suscité la flamme caritative du peuple chinois, et l’industrie de la charité s’est développée rapidement en Chine au cours des trois dernières années. Mais en même temps, la bureaucratie et l’élitisme du développement social, progressivement approfondis depuis l’ouverture et la réforme de la Chine, ont aussi immédiatement dominé la charité chinoise. D’après Kang Xiaoguang de l’Université du Peuple, dans les 30 dernières années, l’impact le plus significatif sur les charités chinoises a été fait par le pouvoir du gouvernement et l’influence de l’étranger. Selon des journalistes qui participent souvent aux événements organisés par les œuvres de charité, à travers des discours prononcés par les dirigeants gouvernementaux ou les élites, il est difficile d’entendre la voix du public à l’occasion de ces forums ou conférences organisés par les charités. « Mais cette époque des charités dominée par le gouvernement et les élites est révolue ; l’internet, symbole d’une révolution technologique, est en train de changer la structure entre la société civile chinoise et la puissance gouvernementale », a dit M. Kang.
La tempête de responsabilisation provoquée par le scandale de Guo Meimei a lancé un défi à l’ensemble de l’industrie de charité. Depuis 2008, les Chinois commencent à soupçonner que leurs dons ont été détournés ou intégrés aux revenus gouvernementaux, et la crédibilité des charités chinoises a été rapidement épuisée par les scandales.
Le Ministère des affaires civiles a récemment rédigé un « programme d’orientation du développement des charités de Chine (2011 2015) » en sollicitant l’opinion du public. Le programme indique que le Ministère des affaires civiles va mettre en œuvre un système d’information ouvert et transparent dans l’industrie de la charité. Par ailleurs, le problème de l’enregistrement des organisations sociales est enfin sur le point d’être résolu de façon définitive : Li Liguo, ministre des Affaires civiles, a officiellement déclaré pour la première fois que les organisations de bienfaisance, de services sociaux et de services communautaires pourraient s’immatriculer directement auprès des départements civils d’Etat.



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