Pour présenter brièvement l’état de nos relations économiques avec la Chine, on s’en remet généralement aux chiffres de nos échanges commerciaux, faute d’indicateurs plus élaborés. Mais il faut savoir que, ce faisant, on occulte une grande part de nos relations bilatérales.
En effet le développement des statistiques internationales a pris beaucoup de retard face à l’accélération spectaculaire de la mondialisation. Autrefois confinées à l’intérieur d’un pays, voire à l’intérieur d’une unique entreprise, les chaînes de production sont aujourd’hui éclatées en une multitude de processus standardisés, réparties dans une multitude de pays suivant les atouts compétitifs de chacun. Les échanges internationaux s’en trouvent démultipliés, et par là même d’autant plus difficiles à interpréter.
A cela s’ajoute l’internationalisation du capital, qui rend de plus en plus hasardeux les raisonnements en terme de territoire national. Rappelons par exemple que le tiers des exportations françaises relèvent d’entreprises affiliées à des groupes étrangers et qu’inversement les filiales françaises établies à l’étranger génèrent depuis quelques années un chiffre d’affaires supérieur à la totalité de nos exportations mondiales.
Partant de ce constat, la Mission Economique de Pékin a mené une enquête auprès des principales entreprises françaises implantées en Chine (hors Hong Kong), afin de donner une image plus complète et surtout plus juste de notre relation économique avec cet acteur majeur. Les questions portaient uniquement sur l’activité économique locale, c’est-à-dire générant de la valeur ajoutée en Chine, en excluant autant que faire se peut les cas de commercialisation de produits importés (auquel cas il y aurait redondance avec les chiffres de commerce extérieur).
Les principaux résultats sont les suivants. Les 40 entreprises répondantes de notre échantillon déclarent employer en Chine environ 158 000 personnes, pour un CA cumulé d’environ 100 Mds RMB en 2005, soit 10,5 Mds EUR. En tenant compte des quelques grands groupes qui n’ont pas répondu et des nombreuses PME qui sont exclues du champs de l’enquête (elles sont au moins 600 selon le dernier recensement de la ME), on peut ainsi grossièrement estimer à 13-14 Mds EUR le CA total généré par nos implantations en Chine, c’est-à-dire environ le double du montant de nos exportations de biens et services vers la Chine !
Et ce n’est pas tout : le CA de ces entreprises a augmenté de 24 % en 2005, c’est-à-dire à la fois beaucoup plus vite que nos exportations vers la Chine (+10 %), mais aussi beaucoup plus vite que ne s’est développé le marché chinois lui-même (environ +15 %). En d’autres termes, cette activité économique localisée en Chine ne cesse de gagner en importance et cela devrait d’ailleurs continuer encore un certain nombre d’années au vu du dynamisme de nos investissements en Chine (stables autour de 600 MUSD par an).
Précisons que ce CA « local » peut correspondre à des ventes réalisées soit sur le marché local, soit à l’exportation vers des pays tiers.
Nous avons donc cherché à évaluer la réalité de l’attrait du marché chinois. De fait, il apparaît que celui-ci constitue de très loin la principale motivation d’une implantation en Chine. 54 % des répondants vendent l’intégralité de leur production sur le marché chinois. En moyenne pondérée sur notre échantillon, 87 % du CA de nos implantations est réalisé sur le marché local.
A titre de comparaison, les enquêtes des Chambre de Commerce Américaine (Amcham) et Européenne (EUCCC) fournissent des résultats tout à fait similaires : seules 19 % des entreprises américaines et 22 % des entreprises européennes déclarent d’abord chercher à produire en Chine pour exporter.
Concernant les profits, les 26 répondants qui ont bien voulu nous faire part de leurs résultats se déclarent à 73 % bénéficiaires.
Ce ratio est là aussi du même ordre de grandeur que celui d’autres enquêtes plus larges : 68 % des entreprises américaines interrogées par l’Amcham se disaient bénéficiaires en 2004, de même que 77 % des entreprises européennes interrogées par l’EUCCC en 2005.
Nos investissements en Chine ne sont pas toujours l’expression d’un manque de compétitivité de la France (les cas de délocalisations) mais, au contraire, correspondent le plus souvent à l’expression de nos succès sur les marchés internationaux, au même titre que nos exportations depuis le territoire national.



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