Rencontre avec Philippe Richard

Philippe Richard vit en Chine depuis 17 ans. Professeur des écoles, musicien, il s’y est installé en tant que volontaire de l’Éducation nationale. Aujourd’hui, star de CCTV, première vedette étrangère et française des émissions pour la jeunesse en Chine, il prépare chaque semaine des émissions télévisées avec des enfants...

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Rencontre avec Philippe Richard

Paru le : 9 avril 2007 / Dernière mise à jour : 17 février 2009
Philippe Richard vit en Chine depuis 17 ans. Professeur des écoles, musicien, il s’y est installé en tant que volontaire de l’Éducation nationale. Aujourd’hui, star de CCTV, première vedette étrangère et française des émissions pour la jeunesse en Chine, il prépare chaque semaine des émissions télévisées avec des enfants chinois.

Il a fondé une troupe artistique d’enfants qui l’accompagnent, le « Philippe boys dance », une formation composée uniquement de jeunes garçons de 5 � 11 ans. Philippe Richard a également créé le Cerf-volant bleu, une association loi 1901 qui permet de financer les formations � la danse moderne, au théâtre et au chant, ainsi qu’un centre de loisirs où ont lieu de nombreuses activités et fêtes d’anniversaire. À l’occasion de l’Année de la France en Chine, une équipe de BTV l’avait suivi en France, lors d’un déplacement de sa troupe en Ardèche, dans le cadre d’un reportage sur sa vie et sa propre enfance. Les Chinois voulaient tout savoir de cet homme original appartenant au paysage audiovisuel chinois depuis une quinzaine d’années.

Depuis quand chantez-vous avec des enfants  ?

J’ai appris le solfège et le saxophone lorsque j’avais quinze ans. À 16 ans, j’ai reçu ma première guitare, avec laquelle j’ai commencé à composer poèmes et chansons. Le déclic s’est produit lorsque j’ai interprété une chanson de Cabrel « Il faudra leur dire » avec une classe de CM2 lors d’un concert  ; j’ai alors éprouvé une sensation nouvelle et j’ai commencé à écrire des textes pour les enfants et à chanter pour eux et avec eux.

Pourquoi la Chine  ?

Je n’ai pas choisi la Chine et avant de venir, je n’avais jamais eu d’attirance particulière pour ce pays. Je rêvais en réalité de partir au Brésil ou dans un autre pays d’Amérique du Sud pour la musique. J’ai simplement été envoyé à Pékin, en septembre 1989 afin d’y effectuer mon service militaire au titre de la coopération, pour la réouverture de l’école française et pour une durée de deux ans en tant qu’instituteur.

Comment avez-vous commencé à la télévision chinoise  ?

C’est mon premier professeur de chinois qui m’a présenté à un réalisateur qui m’a invité à participer à une première émission télévisée en Chine. J’ai alors chanté en étant accompagné par des enfants de l’école française, à l’occasion de la Fête des enfants du 1er juin 1990, sur BTV (la chaîne de Pékin, une des quatre chaînes qui existaient alors). Il ne s’agissait pas de ma première expérience télévisée. En effet, avant de partir en Chine, j’avais fait l’objet d’un reportage sur FR3 Rhône Alpes à l’occasion de la sortie d’un 45 tours couleur, « le Père Noël électronique » pour les fêtes de Noël en 1988. Six mois après, j’ai sorti, toujours en auto production, un second 45 tours « Bel Été » et « Nicolas » sans face A, ni face B, afin de ne pas donner plus d’importance à l’une ou l’autre des chansons… Un vinyle couleur jaune prémonitoire de mon prochain envol pour la Chine. Enfin, en 1992, le vidéoclip tourné à Pékin pour le Téléthon « Comme un bateau sans voile… » avec les enfants de l’école française a été diffusé sur France 2.

Comment sont accueillies vos performances par le public chinois  ?

Pour tous les producteurs et réalisateurs responsables des émissions pour la jeunesse, je suis « le chanteur français pour les enfants chinois ». Toutefois, ce n’est pas parce que je chante avec des enfants que mes chansons ne s’adressent qu’à eux. Mes performances sont toujours très bien accueillies par le public chinois, non pas seulement parce que je suis un étranger, mais aussi parce que mes mélodies et mon style plaisent. On m’aime également pour mon côté simple, pour l’ambiance que j’arrive à créer lors de mes performances. Mes chansons sont composées de manière à ce que le public puisse participer et chanter avec moi, grâce à des paroles simples et une jolie mélodie facile à retenir. C’est toujours très agréable de rencontrer dans la rue des téléspectateurs qui se souviennent d’une chanson chantée plusieurs années auparavant, comme « Feng Zheng » (Le Cerf-volant) il y a maintenant une quinzaine d’années. De nombreuses chansons ont été chantées et continuent d’être chantées en français à la télévision chinoise. À chaque passage télévisé, c’est toujours une grande fierté de pouvoir représenter mon pays.

L’Ambassade de France et la direction du Lycée français m’ont toujours encouragé et soutenu dans ces actions de représentation auprès du jeune public chinois. Par ailleurs, j’ai été désigné « Ambassadeur de la paix et de l’amitié » par le Ministère chinois de la culture et au cours des années croisées, j’ai souvent été présenté au public comme étant une figure marquante des années France-Chine. Il s’agit de moments très forts et émouvants surtout lorsque plus de 100 millions de téléspectateurs vous regardent et écoutent votre chanson  !

Comment s’est formée la troupe  ?

La troupe d’enfants qui m’accompagne sur scène a été créée il y a déjà dix ans. Depuis cinq ans, elle ne compte que des garçons qui apprennent essentiellement la danse. Les troupes artistiques de chant ou de danse en Chine sont très nombreuses et elles sont à 98 % constituées de filles. Dans les émissions télévisées et spectacle, nous nous démarquons des autres troupes par cette originalité. Les enfants reçoivent une formation gratuite. Il leur est simplement demandé de garder leurs cheveux plus longs que la moyenne pour leur donner un côté moderne. Les enfants entrent dans la troupe pour une durée de trois ans. Ils sont recrutés dans les écoles chinoises. Il ne s‘agit pas nécessairement d’enfants qui ont déjà suivi des cours de chant ou de danse. Un casting nous permet de vérifier s’ils ont le sens du rythme, s’ils chantent juste ou s’ils ont d’autres qualités artistiques qui pourraient être mises en avant dans nos spectacles. Leur formation est entièrement gratuite et payée par l’association loi 1901 le « Cerf-volant bleu » qui a pour objectif de promouvoir la danse et le chant auprès des enfants chinois, de réaliser des spectacles et des échanges entre les troupes artistiques d’enfants du monde entier.

La préparation d’une émission ou d’un spectacle demande un peu de rigueur, de nombreuses répétitions, est-ce toujours vraiment ludique pour les enfants  ?

Les enfants savent, en effet, que pour une émission télévisée, il faudra répéter plusieurs fois dans la semaine, même très tardivement en dépit de l’école. Ils savent qu’ils devront attendre plusieurs heures voire toute une journée, avant leur passage sur le plateau. Ils savent que c’est ainsi et que cela fait partie du spectacle, ils trouvent naturellement entre eux le moyen de ne pas s’ennuyer en s’amusant en coulisses.

Que retiennent-ils de cette expérience  ?

Nous avons des anciens élèves qui viennent nous revoir de temps à autre et qui participent avec nous à des émissions télévisées. Cette expérience avec un artiste étranger leur apporte beaucoup d’un point de vue culturel, une ouverture sur le monde, une sensibilisation au français et à la culture française, une expérience très riche et un atout supplémentaire pour leur avenir. L’environnement de la troupe n’est pas celui de l‘école ou des cours supplémentaires auxquels ils participent le week-end… La troupe, ce sont des moments de vie ensemble, avec les spectacles, les repas et les voyages. Les enfants apprécient ces instants où ils se font de nouveaux copains et où ils tissent des liens forts entre eux… C’est aussi pour eux une expérience des plateaux de télévision, du monde du spectacle, des rencontres avec de grandes vedettes, des échanges avec des artistes venus de toute la Chine et des quatre coins du monde, la participation à des moments forts, voire historiques.

Que pensez-vous de votre apport aux programmes jeunesse chinois  ?

Je dirais de la spontanéité, de la simplicité et du naturel  ! Mais aussi, de nouvelles chansons et mélodies à l’interface du style occidental et du style populaire chinois. En Chine, il n’existe pas d’autre chanteur adulte pour les enfants. Peu de nouvelles chansons sont écrites pour eux parce que les auteurs-compositeurs et les maisons de disques estiment que ce n’est pas une activité rentable. Mais, je suis très fier de savoir que je suis le premier — et l’unique chanteur étranger, qui plus est Français — pour les enfants en Chine. Jusqu’à présent, j’ai composé pour eux plus d’une centaine de chansons en français et en chinois. J’ai pour projet de sortir cette année un premier disque de mes chansons.

Comment faites-vous pour financer ces activités  ?

Mon traitement d’enseignant me permet de financer la création des chansons. Généralement, je compose moi-même les paroles et la musique, je réalise les bandes sons et l’enregistrement en studio, puis je dessine les costumes des enfants et prépare la mise en scène… pour gagner du temps et dépenser le moins d’argent possible  ! La création comme la recherche a un coût. De temps à autre, je fais appel au sponsoring mais les spectacles à destination des enfants intéressent rarement les sponsors. L’impact n’est pas assez fort pour permettre un retour intéressant sur l’investissement. Au cours de l’Année de la France en Chine, j’ai organisé, pour notre troupe, un voyage en France. L’Ambassade de France a délivré les visas pour les enfants et Air France a pris en charge les billets d’avion. BTV nous a suivi et ce reportage a été diffusé à l’occasion de la Fête nationale du 1er octobre 2005, un superbe panorama de la France à destination du jeune public chinois, une invitation au voyage, à la culture française et à la langue française  !

Qu’est-ce qui vous a poussé à élargir vos activités  ?

Je suis quelqu’un de très actif, qui a sans cesse besoin de nouveaux projets et de défis. La mise en place d’autres activités durant les vacances et les week-ends répond à un besoin. C’est toujours très agréable de s’occuper en rendant service à la communauté française, francophone et étrangère. J’ai donc ouvert un centre aéré et j’organise régulièrement des fêtes d’anniversaire. Le Philippe Active Space Station devait initialement être une salle de spectacle pour la troupe. Cependant, les familles chinoises se déplacent rarement pour assister à un spectacle pour enfants, aussi nous avons développé d’autres activités ludiques et éducatives. Nous avons rajouté un labyrinthe avec un jeu éducatif assisté par ordinateur, une partie peinture, lecture, jeux de construction… J’ai réalisé 100 % de la conception de ce centre en mettant à profit mon inévitable déformation professionnelle d’enseignant.

Existe-t-il des activités en français ou en anglais ou est-ce du 100 % en chinois  ?

Nous lisons de petites histoires en anglais et, sur scène, je chante des chansons en chinois, en anglais et en français avec les enfants. Bien que l’anglais soit à la mode en Chine, de nombreux parents chinois souhaiteraient que j’enseigne le français à leur enfant  ! Encourageant, n’est-ce pas  ? Qui sait, peut-être ai-je réussi à les séduire par mes chansons et le reportage sur notre voyage en France  ? Ce centre est situé dans le China Children Activities Center, un grand parc dans l’ouest de Pékin. Notre centre est fréquenté essentiellement le week-end, par les enfants chinois, âgés de 3 à 9 ans, qui suivent des cours de musique ou de dessin. Au moment des sorties scolaires, au printemps et à l’automne, des groupes de 300 à 500 élèves viennent avec leurs professeurs assister à nos spectacles.

Les enfants français et chinois se croisent-ils de temps à autres ou s’agit-il d’activités complètement cloisonnées  ?

Comme dans une classe, les enfants peuvent papillonner d’activité en activité, librement, dans cette salle de 400 m2, mais il faut bien reconnaître que ces échanges pourraient se développer. Pour l’heure, les temps de vie et l’organisation des activités du week-end diffèrent énormément entre les familles françaises et les familles chinoises.

Quid de vos fonctions au Lycée français  ?

Depuis 17 ans, j’ai vu l’école changer, les effectifs augmenter… Après avoir été enseignant en élémentaire, professeur de musique au collège… j’enseigne depuis sept ans en maternelle et ne peux m’empêcher de participer aux événements qui rythment l’année scolaire.

Propos recueillis par Marine Chantebout

Contact  :
Courriel  : philchina hotmail.fr


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