Actualités en France
Actualités en France - 10-07

Rebond de la croissance chinoise au premier trimestre

Paru le : 30 avril 2009
Retrouvez dans son intégralité le bulletin économique N° 12 (avril 2009) édité par la mission économique de Pékin. Au sommaire : le rebond de la croissance chinoise, le bilan à mi-parcours du 11ème plan quinquennal et les principaux indicateurs économiques.

Télécharger le bulletin économique complet

PDF - 1.5 Mo
Bulletin économique Chine n°12 (avril 2009)
Analyse économique de la Chine

La décélération du PIB chinois au premier trimestre 2009 que laissent supposer les statistiques officielles n’est qu’apparente. Le recours à une méthode de suivi statistique plus fine met en évidence un rebond dès les premiers mois de l’année. Ce résultat peut être mis à l’actif de la politique de relance du gouvernement mais, en l’absence de signe de reprise tangible du côté du secteur privé, il paraît encore fragile.

Le chiffre préliminaire du PIB chinois pour le premier trimestre 2009 fait ressortir la croissance réelle à 6,1 % par rapport au premier trimestre de l’an passé. A première vue, ce chiffre n’est pas bon : il marque le septième ralentissement consécutif et constitue la plus mauvaise performance trimestrielle depuis plusieurs décennies. En termes nominaux, le ralentissement semble encore plus marqué (voir graphique ci-dessous) en raison d’un effet prix significatif. Pour la première fois depuis de nombreuses années, le déflateur trimestriel est en effet négatif (de l’ordre de -3 %), autrement dit le taux de croissance moindre du PIB provient de la conjonction d’un ralentissement des volumes et d’une baisse des prix.

La décomposition du PIB nominal par secteurs de production montre que le ralentissement affecte ses trois composantes : la croissance du secteur manufacturier subi la contraction la plus forte tandis que celle du secteur agricole, traditionnellement faible, est ramenée à zéro ; celle du secteur des services résiste mieux mais elle est néanmoins divisée par deux par rapport à 2008.

Le PIB peut également être appréhendé du point de vue des « dépenses » (consommation domestique, investissement et commerce extérieur net). Les données de la comptabilité nationale sont hélas très limitées mais on peut en approcher la tendance à l’aide des indicateurs bruts de ces différentes composantes. Sans surprise, la première évolution notable est l’effondrement du commerce extérieur chinois dont l’impact sur le PIB est toutefois encore incertain. La contraction des importations plus rapide que celles des exportations devrait permettre à la Chine de préserver son excédent commercial, voire de le renforcer. Pour autant, même dans l’hypothèse d’une augmentation du solde commercial, il est probable que la contribution du commerce extérieur net à la croissance réelle du PIB soit négative au premier trimestre et qu’elle le reste tout au long de l’année. Ce phénomène s’explique par l’importance de l’effet prix dans l’évolution nominale récente des importations (du fait de la baisse du coût des matières premières).

En revanche, la bonne tenue de la demande intérieure se confirme. La consommation nominale des ménages décélère légèrement mais sa croissance est stable en volume (+16 %), soutenue par les mesures incitatives du gouvernement (fiscalité automobile, bons d’achat pour les populations rurales). L’investissement accélère fortement (environ +30 % en nominal et en réel) reflétant un décaissement rapide des enveloppes prévues par le plan de relance du gouvernement. L’investissement privé, en revanche, semble encore peu profiter d’un éventuel effet d’entraînement, sentiment que confirme le déphasage entre l’indice officiel de confiance des directeurs d’achat (indice PMI) et l’indice établi par CLSA. En effet, le premier (qui surpondère les entreprises d’Etat) a rebondi en décembre et n’a cessé d’augmenter depuis (cf. p.7 de ce numéro), tandis que celui de CLSA (qui reflète davantage la situation du secteur privé) ne cesse de se contracter.

Toutefois, la comptabilité nationale chinoise rend compte de manière assez fruste de la dynamique économique. En France – comme dans la quasi-totalité des pays industrialisés –, la croissance du PIB est suivie en glissement trimestriel (g.t.) corrigé des variations saisonnières (cvs). Une économie est ainsi déclarée en situation de récession technique lorsque son taux de croissance en g.t./cvs est négatif durant deux trimestres consécutifs. Or les autorités chinoises ne communiquent pas ce type de données. En ne faisant état que des taux en glissement annuel (g.a.), les chiffres officiels chinois ne permettent pas un suivi conjoncturel fin : ce qui se passe d’un trimestre sur l’autre n’apparaît pas clairement.

Le service économique de l’ambassade a donc tenté de remédier à ce problème en créant sa propre série trimestrielle désaisonnalisée (voir encadré). La mise en regard des séries en g.t. et en g.a. du PIB chinois (voir graphique ci-dessus) fait apparaître que la série g.t. annonce bien mieux les retournements du taux de croissance mais qu’en revanche, elle est assez volatile et peut conduire à de mauvaises interprétations s’agissant de la tendance de fond. En l’occurrence, la série en g.t./cvs montre bien une reprise de l’économie au premier trimestre que la série en g.a. ne détecte pas. Le PIB a brutalement décéléré au dernier trimestre 2008 (+2,8 % annualisés) mais a rebondi dès les premiers mois de 2009 (+5,6 %).

Si la croissance chinoise a donc bien redémarré – principalement grâce à l’effort massif d’investissement public –, la volatilité de notre indicateur ne nous autorise pas à nous prononcer sur la pérennité de cette embellie. Même si les autorités ont indiqué qu’elles étaient prêtes à mettre en œuvre un deuxième plan de relance si nécessaire, seule la reprise du secteur privé et de la demande mondiale peut permettre à la Chine de renouer durablement avec un taux de croissance élevé. A cet égard, plusieurs experts chinois redoutent une reprise en « W » : les mesures de relance du gouvernement ne suffiraient pas à amorcer un redémarrage général de l’économie. Mais, par nature, les mesures incitatives en direction de la consommation privée nécessitent un délai de plusieurs mois avant de bénéficier à l’économie. Les mois prochains seront donc déterminants pour jauger le comportement des ménages. Par ailleurs, les chiffres du PIB 2008 et du premier trimestre 2009 sont encore provisoires, or le travail plus compliqué de compilation du PIB tertiaire conduit généralement in fine à des réévaluations non négligeables. Le chiffre définitif du PIB 2007 (paru en janvier 2009) est par exemple supérieur de 1,6 pt au chiffre initialement annoncé.

Si la demande externe, elle, échappe largement à la politique économique de Pékin, on peut en revanche s’interroger sur l’évolution de la demande chinoise adressée au reste du monde. Le plan de relance massif pourrait en théorie soutenir les achats d’équipements étrangers ; mais en pratique de nombreux analystes affichent un scepticisme, conforté par la contraction actuelle des volumes importés (sauf pour ce qui est des matières premières). Contrairement à ce que qu’a affirmé Pékin à plusieurs reprises, le soutien à la croissance chinoise s’avère pour l’instant une piètre contribution à la reprise mondiale.

Pierre Mongrué

Conseiller financier


 Réagir à cet article Cet article en RSS Cet article en RSS Version imprimable Version imprimable
Visites : 2462

Auteur
Mission économique de Pékin Courriel Présentation
Liens externes
Valid XHTML 1.0 Transitional  ICP05045896  Hébergé par : NETK5 IT Services