Rap, Hip-Hop,Slam : une scène éclectique

Zoom sur les grandes familles du rap français.

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Rap, Hip-Hop,Slam : une scène éclectique

Paru le : 31 janvier 2008

Zoom sur les grandes familles du rap français.

Né dans les ghettos noirs américains des années 70, le rap débarque sur les ondes françaises en 1984. Mais ce n’est qu’à la fin de la décennie qu’un rap spécifiquement français émerge avec les premières improvisations à la radio des groupes NTM, Assassin, ou du chanteur MC Solaar, dont les textes engagés décryptent les maux de la société : racisme, précarité et violence.

Dans les années 90, le genre se scinde en plusieurs courants : un rap antisystème, aux revendications parfois violentes (NTM, Ministère Amer…), un rap commercial et dansant (Alliance Ethnic, Ménélik…), honni des puristes, tandis qu’un rap responsable et poétique (MC Solaar, Iam…) inaugure une troisième voie. Depuis 2000, le rap s’est encore enrichi, avec l’apparition de nouveaux artistes et la démocratisation de styles comme le slam, poésie contemporaine déclamée sur scène.

 Les sages

Grâce à un premier album vendu à 400 000 exemplaires, Grand Corps Malade a transformé un genre confidentiel - le slam - en un phénomène grand public. Dans son album Midi 20 (2006), ce jeune homme de vingt-neuf ans scande ses poèmes urbains a cappella [1], traitant de sujets aussi variés que l’exclusion sociale, l’amour ou les épreuves de l’existence. Les mots sont percutants mais l’humeur toujours optimiste. Une soif de vivre que Grand Corps Malade puise dans son histoire personnelle : paralysé deux ans durant à la suite d’un accident sportif, il est parvenu à se remettre debout. Littéralement conquis par sa singularité, le milieu professionnel lui a décerné deux Victoires de la musique : meilleur artiste et meilleur album de l’année 2006 dans la catégorie " révélation ".

Dans la même veine, Abd Al Malik se pose en philosophe des temps modernes. Cet artiste d’origine congolaise, qui a tiré un trait sur son passé tumultueux (il a basculé dans la délinquance et l’extrémisme religieux durant sa jeunesse), prêche aujourd’hui la bonne parole. Apôtre d’un rap pacifiste, il prône la tolérance et appelle au dialogue entre les hommes. Son style musical mixe rap, slam et jazz, avec des références à des légendes de la chanson française, comme Jacques Brel. Son deuxième opus, Gibraltar, a été sacré meilleur album de musiques urbaines de l’année 2006 lors des dernières Victoires de la musique.

Moins exposé dans les médias, Rocé défend également un rap dit " conscient ". Symbole vivant du métissage culturel (avec ses origines à la fois algérienne, russe, argentine, juive et musulmane), il aborde avec force, mais sagesse, ses thèmes de prédilection : passé colonial, immigration et identité. À la croisée du hip-hop et du jazz, son dernier album, Identité en crescendo (2006), innove musicalement.

 Les provocateurs

En tête de la liste des rappeurs français les plus controversés figure Joey Starr. Le groupe NTM, qu’il forma avec Kool Shen en 1989, est emblématique de ce rap antisystème des années 90. Huit ans après leur séparation, Joey Starr a sorti son premier album solo, Gare au jaguar, en octobre 2006. Si son discours est toujours aussi virulent, il a gagné en conscience citoyenne, l’artiste appelant les jeunes à aller voter.

Étiqueté " mauvais garçon " dans le paysage du rap français, Booba est l’un des plus gros vendeurs de disques de l’Hexagone. Son troisième album, Ouest Side (2006), s’est écoulé à plus de 200 000 exemplaires. Booba a souvent été associé au stéréotype du " rappeur gangster " à l’américaine, faisant l’apologie de la violence et des trafics illégaux. Un discours volontairement cynique visant à mettre en accusation une société qui n’offre, selon lui, pas d’autres choix aux laissés-pour-compte.

 Le rap au féminin

Célèbre depuis la fin des années 90, Diam’s a contribué à féminiser les thèmes du rap français. Cette jeune femme de vingt-six ans d’origine chypriote a réussi à imposer son énergie et sa plume incisive dans un milieu dominé par les hommes. Dans Brut de femmes (succès de l’année 2003), elle n’hésite pas à briser le tabou des violences conjugales ou du sexisme dans les banlieues. En 2006, Diam’s s’engage à nouveau en s’attaquant au malaise social et en pointant du doigt l’extrême droite (Dans ma bulle, meilleure vente d’albums de 2006 avec 700 000 exemplaires écoulés). Personnalité entière et généreuse, Diam’s a transcendé les frontières du rap pour s’ériger en porte-parole de toute une génération.

Souvent comparée à Diam’s pour son tempérament combatif, Keny Arkana, une Marseillaise de vingt-quatre ans révélée en 2006, se définit comme " une contestataire qui fait du rap ". Dans son premier album officiel, Entre ciment et belle étoile, cette militante altermondialiste, " marquée au fer rouge " par une enfance difficile, exprime sa rage. Elle dénonce les inégalités à l’échelle planétaire, mais pose également son regard sur une jeunesse des cités en perdition. Une artiste écorchée vive au talent prometteur.


Le rap se décline en…

Version jazz : Oxmo Puccino. Figure phare du rap parisien dans les années 90, réputé pour ses " freestyles " (ou improvisations) à la radio, Oxmo Puccino a effectué son grand retour musical en 2006 avec la sortie de Lipopette bar. Ce disque jazzy a été signé en collaboration avec les quatre musiciens du groupe français Jazzbastards. Dessinant un univers métaphorique, Oxmo Puccino entraîne l’auditeur dans une ambiance nocturne de cabaret. Chaque titre raconte une histoire mettant en scène des personnages tout droit sortis d’un polar en noir et blanc.

Version pop : TTC. Après neuf ans d’existence, le groupe TTC continue de cultiver un style pop grand public, très éloigné de tout discours revendicatif. 3615 TTC, livré début 2007, mise sur des paroles légères, imprégnées du machisme qui colle souvent à la peau du rap, servies par des rythmes électro.

Version techno : DJ Mehdi. Compositeur hip-hop qui a réalisé les titres de grands noms du rap comme Akhenaton ou MC Solaar, DJ Mehdi s’est orienté vers l’électro. Lucky Boy, sorti en 2006, dévoile des morceaux au confluent du funk et de la techno.

Sites officiels d’artistes

Abd Al Malik : www2.abdalmalik.fr
Diam’s : www.diams-lesite.com
Grand Corps Malade : www.grandcorpsmalade.com
Iam : www.iam.tm.fr
Keny Arkana : www.keny-arkana.com
Oxmo Puccino : www.oxmo.net
Rocé : www.identiteencrescendo.net

Stéphanie Secqueville

Journaliste

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