Depuis déjà quelques mois, les sujets sur l’environnement alimentent quotidiennement le coeur de la presse chinoise, et cela semble s’accélerer depuis deux ou trois semaines. Ces derniers jours, les débats ont pris un tour plus passionnés avec la publication d’un reportage de la BBC sur les exportations d’ordures britanniques vers la Chine.
L’environnement est devenu un thème politique majeur en ChineLe 15 janvier, les conclusions d’un reportage de la BBC sur l’exportation d’ordures vers la Chine ont été présenté dans une émission économique sur CCTV et dans de nombreux portails de presse, de Sohu à Sina. Un nouveau thème d’opinion a alors submergé la presse : la Chine ne doit pas devenir la poubelle du monde, comme le titre un article du Journal des Travailleurs (Gongren Ribao) !
Il dénonce le fait que quelques 700 000 tonnes de déchets polluants sont exportés chaque année de la Grande-Bretagne à destination de la Chine, surtout vers la "plus grande décharge illégale du monde", à Foshan, dans le Guangdong. Si une loi interdit l’importation de déchets en Chine, elle fait exception pour ce qui peut être recyclé en matières premières, et cette exception, trop large, rend l’interdiction pratiquement inopérante, d’autant plus que les autorités locales n’exercent pas leur pouvoir de contrôle, par intérêt économique (une tonne de déchet rapporterait à "l’acheteur" 50 000 yuan, soit 5 000 euros), comme l’explique un article du Legal Daily (Fazhi ribao). D’autre part, d’après le Journal de la Jeunesse Chinoise, les amendes en cas de non respect de la loi seraient trop faibles, la peine maximale en cas de crime contre l’environnement étant de 1 million de yuan (100 000 euros). Le Quotidien du Peuple s’en prend aussi aux autorités locales, qui "diraient beaucoup de choses sur la protection de l’environnement, mais ne feraient presque rien". Le China Economic Times va encore plus loin : "les pouvoirs locaux ont perdu le contrôle de la situation".

L’article du Journal des Travailleurs cite les mots d’un professionnel d’un responsable en colère : "déjà qu’on a du mal avec nos propres déchets, comment peut-on absorber les déchets des autres ?". D’après ce même article, l’importation d’ordures de l’étranger est un phénomène qui a commencé il y a plus de dix ans. Les plus grands profits sont réalisés pour les déchets électroniques, qui sont parmis ceux qui polluent le plus. Un spécialiste chinois en appelle à la responsabilité de toutes les parties : l’humanité se trouve dans un "même bateau", et il faudrait que tous en prennent conscience.
Ce sujet prolonge le débat autour de la promotion d’un PNB "vert", déjà très présent l’année dernière. Il exprime le souhait que l’environnement ne doit pas être sacrifié à la croissance. Si, au cours des années 80, voire 90, le sous-développement profond dont commençait à s’extraire le pays justifiait de mettre l’accent sur la rapidité de la croissance (slogan "vite et bien" de Deng Xiaoping), l’accès aux richesses et à la culture d’une partie de plus en plus importante de la population, couplée à la libéralisation de l’expression dans les médias et l’apparition de pollutions industrielles à grande échelle ont créé une prise de conscience dans le pays. Cette prise de conscience est aujourd’hui très puissante dans l’opinion et l’administration centrale en général, et a aboutit notamment à l’inversion du slogan de croissance, qui est devenu "bien et vite", sous l’inspiration des plus hautes instances du régime.
On peut peut-être avancer que la défense de l’environnement est le domaine dans lequel la société civile chinoise est la plus évoluée, probablement parce que ce domaine s’annonce comme apolitique et appartenant à l’intérêt commun, et a donc pu se fonder même lorsque la censure et le contrôle du parti était plus strict qu’aujourd’hui. De nombreux sites et blogs font fleurir l’intérêt des Chinois pour ces enjeux. On peut notamment citer www.greenclub.com.cn, www.chinaenvironment.com, ou www.eiaclub.com, qui fait par exemple la liste des lois et règlements de protection de l’environnement. Les grands portails et les agences officielles ont également développé des zones spéciales sur leurs sites, comme l’agence Chine Nouvelle ou le Web du Peuple. Le Bureau national de Protection de l’Environnement est lui aussi pourvu d’un site très développé, qui présente notamment tout l’arsenal législatif sur la question.
Toutefois, ce thème d’importation de déchets étrangers a ému au delà de la population déjà sensible à la défense de l’environnement, pour agréger également les nationalistes, ce qui est très manifeste dans les titres et certains commentaires trouvés sur la presse et internet à l’égard de cette affaire, n’hésitant pas à parler de "néo colonialisme" et d’irresponsabilité du Royaume-Uni et des économies occidentales. Pourtant, la lecture des forums internet montre que les ultra-nationalistes n’ont pas réussi à faire de l’étranger l’unique bouc émissaire. Si les internautes qualifient l’exportation de déchet de "terrorisme environnemental", ils estiment en effet dans leur majorité que c’est une honte pour le gouvernement chinois, qui ne ferait rien pour les interdire. Le Bureau national de Protection de l’Environnement a quant à lui publié un communiqué pour faire retomber la pression : il explique que le problème des déchets est multiforme et ne se limite pas aux importations, puisque plus de 80% des déchets traités en Chine seraient d’origine domestique.



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