« Points de vue » de deux juristes chinois francophones

Madame ZHENG Aiqing

Ancienne auditrice du programme « Droit en Europe » en 1997 puis étudiante en doctorat à l’Université Paris I, Madame Zheng Aiqing est aujourd’hui maître de conférence à l’Université du peuple de Pékin et membre permanent de l’Association du droit du travail et du droit de la sécurité sociale de Pékin.

"En tant que bénéficiaire du programme « Droit en Europe », je me réjouis de constater que la coopération juridique entre la Chine et la France donne de bons résultats. Je connais plusieurs docteurs en droit diplômés de l’Université
Paris I. Certains travaillent à Paris, d’autres sont professeurs de droit dans des universités chinoises. Certains jeunes juristes chinois ont trouvé des postes dans des cabinets d’avocats français ou anglais après leur formation en France.

Grâce au programme « Droit en Europe » j’ai pu découvrir la culture juridique française et finir ma thèse portant sur « les droits fondamentaux des travailleurs chinois au regard du droit français et des normes internationales ». Ce programme m’a permis d’acquérir une nouvelle vision des choses et d’élargir ma manière de penser. Depuis, je me lance dans l’étude comparative qui est peu développée en matière de droit social en Chine. Les articles publiés sur le droit du travail français et ses influences sur le droit du travail chinois sont appréciés dans le milieu académique de Chine.

La législation sociale est en plein essor en Chine, car les anciennes réglementations ne sont plus adaptées à la réalité sociale. Cette année, deux projets de loi sont à l’ordre du jour  : l’un sur le contrat de travail, l’autre sur la résolution des conflits du travail. Lors des discussions de ces deux projets de loi auxquelles j’ai participé, j’ai pu fournir des informations sur les pratiques françaises en la matière. Je crois que le droit social français ou européen peuvent servir de référence dans le processus de création de législation sociale en Chine.

La tradition juridique française, le système français d’application des lois méritent d’être mieux connus par les juristes chinois. Réciproquement, les évolutions juridiques en Chine peuvent faire réfléchir les experts français sur les améliorations à apporter à leur système. Sans doute, la coopération juridique est-elle un moyen utile et nécessaire pour comprendre les deux systèmes juridiques et en faire référence."


Monsieur SHI Jiayou

Actuellement maître de conférence à l’Université du peuple de Chine, Monsieur Shi Jiayou a participé au programme « Droit en Europe » en 1999, avant de poursuivre ses études de doctorat à l’Université Paris I jusqu’en 2005.

"Les juristes français regrettent souvent que le droit français soit actuellement si peu présent en Chine. Au début du mouvement de modernisation du droit chinois, initié par Shen Jiaben à la fin du XIXe siècle, le droit français servait de modèle. Cependant, certains dignitaires, conforté par le choix du Japon qui s’était inspiré du droit allemand en écartant le code civil français, ont jugé que les valeurs républicaines françaises porteuses d’idées libérales issues de la Révolution française, étaient incompatibles avec leur ambition de consolidation de l’empire des Qing. La Cour impériale se tourna donc vers le droit de l’empire prussien.

Le droit français a tout de même une certaine influence en Chine  : d’éminents juristes français, dont Georges Padoux et Jean Escarra, ont participé à l’élaboration de nombreuses législations chinoises importantes pendant la période de la République de Chine, notamment la rédaction du premier code civil chinois de 1929.

Un réseau du droit comparé franco-chinois s’est créé avec le soutien de l’Ambassade de France en Chine. L’inauguration du « Forum des Juristes Francophones en Chine (FJFC) » contribue à la diffusion en Chine du droit français. Ce réseau va donc « croiser les droits » afin de favoriser une meilleure connaissance mutuelle en matière juridique.

Si la Chine doit opérer une « réception diversifiée » du droit étranger selon le propos de nombreux auteurs chinois, le droit français doit être une référence, car il contribuerait à équilibrer l’influence prédominante du droit allemand."

Dernière modification : 02/06/2016

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