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Piaf pour toujours

Paru le : 15 janvier 2008 / Dernière mise à jour : 31 janvier 2008
Figure fascinante, blessée, géniale et terriblement humaine, Édith Piaf, de retour sur le devant de la scène avec le film La Môme d’Olivier Dahan, n’en finit plus d’illuminer l’histoire de la chanson française.

La vie d’Édith Piaf est un roman. Une histoire digne d’Émile Zola, un mélange d’ombres et de lumières, de joies et de larmes. Un drame parcouru d’élans passionnés et d’histoires de cœur déchirantes. Celle qu’on appelait « la Môme » est un personnage unique. Il manquait encore le film qui en saisirait l’essence : le voilà. Avec La Môme, le réalisateur Olivier Dahan donne enfin vie au mythe. Le mythe immortel d’une interprète tout entière incarnée dans ses chansons, que l’on écoute encore aujourd’hui et qui continuent de rayonner au-delà de nos frontières.

Édith Piaf est née en 1915 dans les rues de Belleville, quartier populaire de Paris, d’un père contorsionniste de cirque mobilisé sur le front de la Première Guerre mondiale et d’une mère chanteuse de rue. Ballottée entre ses parents, élevée un temps par sa grand-mère tenancière de maison close, elle a connu la misère et le malheur dès son enfance. Le film revient sur cette période fondatrice faite d’abandons et d’arrachements, et raconte comment, à dix-huit ans, elle fut repérée alors qu’elle chantait au coin d’une rue par un directeur de cabaret.

 Don de soi

Son ascension sera irrésistible, des grands boulevards parisiens aux salles de concert prestigieuses de New York, où elle fera un triomphe à la fin des années 40. Amoureuse invétérée des hommes et de la vie, elle encaissera les coups du sort, dont la perte de l’homme de sa vie, le champion de boxe Marcel Cerdan, tué dans un accident d’avion en 1949. Elle disparaîtra à seulement quarante-sept ans, usée par les excès, la drogue, l’alcool, et le don de soi en scène, aussi fatiguée qu’une vieillarde.

 « Ce qu’elle chantait, elle le vivait »

« Édith Piaf fascine car sa musique est émouvante autant que son existence est passionnante, explique Philippe Crocq, coauteur de La Vie pas toujours rose d’Édith Piaf (éd. du Rocher, Paris, 2007). Elle symbolise une époque, un âge d’or, et sa vie est un véritable drame. Ce qu’elle chantait, elle le vivait. » Ses titres les plus célèbres ont fait le tour du monde : La Vie en rose ou l’Hymne à l’amour (qu’elle a elle-même écrits avec son amie et pianiste de toujours Marguerite Monnot), mais aussi Padam… Padam…, Mon manège à moi, Milord ou Non, je ne regrette rien reflètent sa volonté de jouir de la vie, malgré tout, à chaque instant, quitte à la brûler par les deux bouts. Son grand talent, selon Philippe Crocq, fut aussi « d’avoir reconnu les grandes chansons que lui proposaient les auteurs, parfois des inconnus ». Et de lancer de jeunes artistes comme Yves Montand, Charles Aznavour ou Georges Moustaki.

 Le « phénomène Piaf »

Pour incarner Édith Piaf, Olivier Dahan a choisi Marion Cotillard (voir Label France n° 61), immense par le talent qu’elle déploie à « devenir » l’interprète de Mon Dieu. « J’étais en osmose avec Piaf, j’adorais être elle, explique-t-elle. J’ai beaucoup lu, j’ai vu les films que Piaf a tournés, des entretiens télé, ses concerts… J’ai également pris des cours de chant pour comprendre sa technique de respiration, de déplacement. Je me suis imprégnée d’Édith Piaf. » Le résultat, unanimement salué par la critique et plus de trois millions de spectateurs en France, est surprenant. Olivier Dahan, qui a fait le choix de la subjectivité, livre un portrait d’artiste saisissant de vérité humaine et d’une grande modernité.

Très attendue, la sortie de La Môme, au début de l’année 2007, s’accompagne d’un véritable « phénomène Piaf », marqué, notamment, par la sortie de nouvelles biographies, dont une signée par Ginou Richer, amie et confidente de l’artiste (Piaf, mon amie, éd. Denoël, Paris, 2007), ainsi que d’un grand nombre de disques compacts, parmi lesquels la bande originale du film (chez Emi). Un parcours touristique spécial sur les traces de Piaf a également été créé par la Ville de Paris (à consulter sur le site www.cinema.paris.fr). Un engouement qui ne fait que raviver une flamme qui se transmet de génération en génération. Car, Philippe Crocq le rappelle, « elle vivra aussi longtemps que ces airs vivront. »


On connaît la chanson…

Dans le sillage de La Môme, c’est un autre genre encore plus dansant et chantant qui fait son retour sur les grands écrans français cette année : la comédie musicale. Christophe Honoré, réalisateur de Dans Paris (avec Romain Duris), a ainsi choisi de raconter une histoire d’amour entre Ludivine Sagnier (8 Femmes) et Louis Garrel (The Dreamers) en quatorze chansons, celles de la rencontre, celles de la passion ou encore celles des disputes. Les Chansons d’amour s’inscrivent ainsi dans la tradition des films de Jacques Demy qui, des Parapluies de Cherbourg à Une chambre de ville en passant par Les Demoiselles de Rochefort, a inventé la comédie musicale à la française.

Autre projet hautement musical, J’aurais voulu être un danseur verra Vincent Elbaz (Ma vie en l’air), gérant d’une vidéothèque, se lancer dans les spectacles de claquettes après avoir vu Chantons sous la pluie…

Pierre Langlais, journaliste


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