Philippe Claudel

Philippe Claudel a présenté son expérience et son parcours aux étudiants chinois de l’Alliance française de Pékin, qui n’ont pas hésité � le questionner, en français. Son dernier roman, les Ames Grises, a été traduit en chinois et fait l’objet d’un projet cinématographique en France. Lors de cette rencontre, Philippe Claudel a évoqué avec beaucoup de sensibilité le...

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Philippe Claudel

Paru le : 30 août 2005 / Dernière mise à jour : 12 octobre 2007
Philippe Claudel a présenté son expérience et son parcours aux étudiants chinois de l’Alliance française de Pékin, qui n’ont pas hésité � le questionner, en français. Son dernier roman, les Ames Grises, a été traduit en chinois et fait l’objet d’un projet cinématographique en France. Lors de cette rencontre, Philippe Claudel a évoqué avec beaucoup de sensibilité le thème de la profondeur du mystère humain. Il tente, � travers l’écriture, de s’approcher de l’Autre et de le comprendre. Nous faisons tous partie du même monde, de la même communauté humaine. Pour Philippe Claudel, la littérature pourrait ainsi être une sorte de religion laïque permettant de relier les hommes entre eux…
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Généralement, je dis assez peu de choses sur moi, mais je peux vous parler de mon parcours. Je suis né en 1962. Après un bac scientifique, j’ai fait des études de lettres. Mais en réalité, j’étais tout aussi tenté de devenir guide de haute montagne que professeur de lettres. J’ai toujours eu ces deux passions en parallèle. Finalement, j’ai choisi de devenir professeur de lettres, j’ai fait une thèse et passé l’agrégation, tout en écrivant. J’écris depuis l’âge de six-sept ans. Dès que j’ai découvert que des gens créaient des histoires, cela m’a donné envie d’en écrire moi-même. A partir de là, cela ne s’est jamais arrêté, j’ai écrit. Quand avez-vous pensé faire de l’écriture votre métier ? Ecrire n’est pas un métier. On est écrivain 24 heures sur 24. Ca ne s’arrête jamais. C’est davantage une attitude envers le monde, envers la vie, une façon d’être, de sentir les choses ou de voir les autres. C’est une sorte d’état d’esprit, mais pas réellement un métier. L’écriture ce n’est pas un métier, dans la mesure où personne ne vous l’apprend, qu’il n’y a pas de formation, pas d’école et pas d’études pour s’y consacrer. On est à la fois son propre maître et son élève. On se forme seul. Bien sûr on lit, on lit les autres ; la lecture est formatrice mais ce n’est pas par la lecture que l’on devient écrivain. Je ne crois pas en tout cas. Ce n’est pas non plus un moyen de gagner sa vie ? Non, bien sûr que non ! Vous savez, sans une autre activité, 95% des écrivains mourraient de faim ! C’est une activité qui, généralement, ne permet pas de vivre. En fait, la question qui se pose, ce serait plutôt : qu’est-ce qui fait qu’un jour on publie ? En ce qui me concerne, j’ai été vraiment très mauvais pendant longtemps, pendant des années. Lorsque je me relisais, j’étais consterné. Mais, en même temps ça ne s’arrêtait jamais, je continuais d’écrire. Lorsque vous dites que vous étiez très mauvais, s’agit-il d’une autocritique ? Oui, tout à fait, vous pouvez me croire ! Ce que j’écrivais, ce n’était pas bon ; et puis un jour je suis devenu moins mauvais. Avec le temps, l’écriture s’améliore. Personnellement, il m’a fallu du temps. Je me suis amélioré vers l’âge de 35 ans, pas avant. Je pense qu’il faut avancer dans la vie, il faut mûrir. Je dois dire que le passage de l’écriture manuelle à l’écriture informatique a considérablement et rapidement changé les choses pour moi. Il y a eu un saut qualitatif très net grâce à cela. A partir du moment où j’ai commencé à faire des textes qui me paraissaient corrects, je me suis posé la question de les publier. C’est quelque chose de tout à fait récent, et je n’ai publié que tardivement, puisque mon premier livre n’a que six ans. Que vous apporte l’écriture par rapport à votre métier d’enseignant ? Ce sont des domaines complètement différents. Je pourrais très bien être plombier ou médecin ; il n’y a vraiment aucun rapport entre l’enseignement et l’écriture. Ce sont deux secteurs de ma vie totalement distincts. Ce n’est pas parce que j’écris que je suis enseignant, ni parce que je suis enseignant que j’écris. Mais il y a une passion commune à mes deux activités, puisque j’enseigne la littérature et tout ce qui s’y rapporte. C’est un peu comme si j’avais deux voies, deux chemins dans la vie. Ces deux voies sont parallèles, elles ne se rejoignent pas. Vous parliez d’un état d’esprit, d’une façon d’être et de voir les autres, ne s’agit-il pas là d’un point commun entre l’enseignement et l’écriture ? Je ne pense pas, car cela relève plutôt de notre nature. Quand on a un certain rapport aux autres ou quand on se comporte de telle ou telle manière dans la vie, je crois qu’on est le même tout le temps, que ce soit dans sa vie professionnelle ou dans sa vie personnelle. Quand je suis à la fac par exemple, je me refuse à parler de l’écriture, de ce que je fais en tant qu’écrivain. Souvent les étudiants sont étonnés, certains viennent me voir à la fin du cours ou m’envoient un mail pour me demander pourquoi je ne leur parle pas de mes livres en cours. Je considère que je n’ai pas à le faire, je ne suis pas là pour ça, mes élèves non plus d’ailleurs. Et inversement, lorsque j’ai des entretiens avec des journalistes sur le thème de l’écriture, je ne parle jamais, ou très rarement, de mon métier d’enseignant. Ce sont deux domaines différents de ma vie. Pourquoi êtes vous aujourd’hui en Chine ? J’ai eu le plaisir, il y a à peu près un an, d’être traduit en chinois. Un éditeur chinois s’est intéressé aux Ames Grises, et la Chine a été le premier pays étranger à le publier. L’Ambassade de France, dans le cadre de l’Année de la France en Chine, m’a invité et m’a offert cette très belle occasion de me rendre dans un pays que je ne connaissais pas, et qui se trouve pourtant dans une région que je connais bien. Je viens en effet souvent en Asie, en particulier en Asie du Sud-Est, mais je n’étais encore jamais venu en Chine. Quelles sont vos premières impressions ? C’est très difficile à dire car je suis arrivé seulement hier matin. Cependant, c’est très curieux, ou peut-être dû au fait de voyager souvent et de façon rapprochée, mais je n’arrive plus à avoir de sensation de dépaysement. Où que je sois, je ne suis jamais dépaysé. Très naturellement, je prends un certain rythme. Je me sens déjà à l’aise en Chine, sauf pour la langue, que je ne comprends pas. Je me sens à l’aise un peu partout dans le monde aujourd’hui. Les Chinois font souvent référence au Romantisme français du XIXe siècle, qui semble beaucoup les marquer. Peut-on aujourd’hui caractériser la littérature française contemporaine par un grand courant littéraire ? Non justement, plus du tout. Vous parliez de Romantisme, ce matin j’étais avec des journalistes d’un quotidien chinois, et eux me parlaient du Nouveau Roman, de Jean-Paul Sartre, et il est vrai qu’il y a, en Chine, une vision très particulière de la littérature française. Je disais donc à ces journalistes que chez nous, le Nouveau Roman, Sartre, c’est dépassé ! Plus personne ne lit Sartre ! On est quand même passé à autre chose. Je pense que cela s’explique par des raisons historiques et culturelles : il y a eu toute une génération d’intellectuels qui ont été muselés, ce qui implique qu’il n’y a pas eu d’intérêt pour une littérature autre, ou pour une littérature contemporaine, le passage de relais n’a pas eu lieu. Il y a une vision ancienne, et une autre plus moderne de la littérature en France, mais il y a un fossé entre les deux. Je pense qu’aujourd’hui, on ne peut plus voir la littérature française sous l’angle unique d’un mouvement littéraire, comme l’ont été le Romantisme ou le Nouveau Roman. On se trouve dans une création plus éclatée où il n’y a aucun mouvement dominant, ce qui me paraît d’ailleurs une bonne chose. Il n’y a plus de chapelles littéraires non plus, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de confrontations entre différentes conceptions. On trouve des choses très différentes. Je pense que nous vivons une période assez intéressante pour la littérature et le roman. Le seul bémol, c’est la place trop restreinte accordée à la poésie. Nous avons été une grande nation de poésie, à la fois en termes de production et de lecture. Nous sommes toujours une grande nation de production, mais plus une nation de lecteurs. De nombreux pays lisent encore énormément de poésie. En France, s’il est difficile d’être écrivain, car on est relativement peu lu, il est encore plus difficile d’être poète : un poète est lu par quelques centaines de personnes, dans le meilleur des cas. C’est assez curieux de la part d’un pays et d’une culture assez orgueilleuse de son passé poétique. Cette exception mise à part, je trouve la période actuelle assez vivifiante. Existe-t-il d’autres projets de traduction de vos œuvres en chinois ? Oui, a priori mon éditeur publiera mon prochain roman, intitulé La Petite Fille de Monsieur Lin, et qui paraît en France à la fin du mois d’août. Ce livre a été envoyé à tous les éditeurs étrangers qui ont publié les Ames Grises, et il devrait également être publié en Chine. J’en serai en tout cas très heureux, car j’aime la fidélité, autant dans les relations amicales que professionnelles. Toux ceux qui ont publié les Ames Grises en traduction ont racheté les droits de ce prochain roman. Cela me touche de voir que se construit une relation dans la durée, c’est beaucoup plus satisfaisant que des échanges ponctuels. Je pense que les relations entre un auteur et un éditeur doivent se construire dans la durée, cela me paraît à la fois cohérent et sain. Du point de vue d’un auteur, c’est encourageant. Quelles sont vos sources d’inspiration ? La nature humaine, et le monde en général. Je vous disais tout à l’heure que l’on est écrivain à plein temps, je le pense vraiment, cela ne vous lâche plus. J’ai toujours l’impression d’être un personnage en alerte, qui regarde, qui écoute, qui est toujours sensible à certaines choses, des images, des odeurs, des mots, des drames. C’est un peu comme si l’écrivain était une sorte d’être écorché, et que la moindre petite poussière qui passe suffise à le toucher, par sa beauté ou son atrocité. L’écriture est peut être une sorte de carapace de mots que l’on se construit pour se protéger. C’est tout le monde qui m’inspire, tout ce qui est autour de moi, les rencontres, les visages, tout. Par Hélène Jarry

Biographie

Agrégé de français, Philippe Claudel a choisi, après quelques années d’enseignement dans des lycées, d’enseigner � des enfants handicapés moteur, puis � la maison d’arrêt de Nancy, et enfin � l’Université de Nancy II (Anthropologie culturelle et Littérature). Grand admirateur de Simenon et du Giono d’après guerre, il tisse des univers où la simplicité, claire dentelle aérienne, tente de dissimuler l’obscur des drames qui jalonnent nos existences. Il fait remonter son désir d’écrire aussi loin que sa mémoire. En 2004, il devient directeur d’une nouvelle collection de romans chez Stock, la collection Ecrivains, qui publie quatre fois par an des textes avec pour seule contrainte que le vin serve de toile de fond ou soit simplement évoqué.

Bibliographie

  • Meuse l’oubli, Editions Balland, 2000.
  • La Café d’Excelsior, Editions La Dragonne, 2000.
  • Barrio Flores, Editions La Dragonne, 2000.
  • J’abandonne , Edition originale Balland 2000/Editions Gallimard Folio 2002.
  • Quelques-uns uns des cent regrets, Editions Balland, 2000.
  • Au revoir Monsieur Friant, Editions Phileas Fogg, 2001, essai.
  • Nos si proches orients, Editions National Géographique, 2002.
  • Le bruit des trousseaux, Edictions Stock 2002/ Editions Livre de poche, 2003.
  • Trois petites histoires de jouets, Editions Virgile, 2003
  • Les petites Mécaniques, Editions Mercure de France, 2003 (recueil de nouvelles couronnées par le prix Bourse Goncourt de la nouvelle en 2003)
  • Les Ames grises, Editions Stock, 2003. Prix Renaudot, 2003

Sortie du Film Les Ames grises en France le 28 septembre 2005
Réalisateur : Yves Angelo
http://wwws.warnerbros.fr/lesamesgrises/



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