Participation de Laurent Fabius au "Forum des économies majeures sur l’énergie et le climat" [中文]

Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du développement international, co-présidait le 11 juillet au "Forum des économies majeures sur l’énergie et le climat", à Paris.

Ce forum était un espace de dialogue et d’impulsion politique réunissant les principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre. Il a constitué une étape importante avant la conférence "Paris Climat 2015", qui doit permettre d’aboutir à un accord universel sur la lutte contre le dérèglements climatiques.

La réunion des 11 et 12 juillet visait à faciliter les discussions, en particulier sur la question des contributions à la réduction des émissions et du financement de la lutte contre les dérèglements climatiques.

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Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (Paris, 11/07/2014)

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes ensemble pour ces deux journées et je suis très heureux d’accueillir ce club du climat. C’est la première fois que je participe à ce Forum. J’ai beaucoup de plaisir car je sais que nous sommes amenés à nous revoir jusqu’à la fin de l’année 2015 puisque la France a été choisie pour présider la COP 21. Je serai donc à votre écoute pour comprendre vos attentes et vos aspirations et pour tenter de faire avancer les choses dans le bon sens.

L’objectif de ce qui sera, nous l’espérons, l’accord de Paris, est de définir une trajectoire permettant de limiter le réchauffement moyen à moins de deux degrés. Nous avons un peu moins d’une année et demie pour y parvenir. Cela peut sembler un délai assez long mais vous savez en réalité qu’il s’agit d’un délai très court. Il faut donc que nous avancions le plus vite possible. Nous avons 500 jours pour construire le succès espéré de « Paris climat 2015 ». C’est notre défi commun.

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L’accord devra évidemment comporter différents aspects avec des formules auxquelles il faut donner un contenu. Il nous faut parvenir à un accord qui soit globalement contraignant mais différencié, et qui comprenne des engagements pour traduire l’objectif consistant à limiter à moins de deux degrés l’élévation moyenne des températures. Il faut des instruments de coopération permettant notamment de répondre aux objectifs financiers et aux objectifs technologiques en direction des pays qui en ont le plus besoin. Il faudra que nous aidions ces pays à s’adapter aux dérèglements qui sont déjà en cours. C’est un point que je me permets de souligner : le dérèglement climatique nous affecte dès maintenant. Il faut toujours insister sur l’urgence. Nous vivons une époque où tout est interdépendant et si nous voulons relever ce défi climatique, nous devons travailler ensemble. Ce forum est évidemment une occasion privilégiée.

Je remercie nos partenaires et amis américains d’avoir créé et fait vivre cet espace qui est tout à fait spécifique et unique. Je veux saluer tous les pays membres et les pays observateurs qui ont fait de cette enceinte, une enceinte de débat où l’on peut parler de manière informelle et franche, ce qui permet d’avancer. Ceci permet également de prendre un peu de recul par rapport aux négociations proprement dites et de revenir dans l’espace de négociations de façon tout à fait ouverte et positive.

Dans leurs diversités, nos pays réunissent à la fois une grande part de la richesse du monde et des émissions du monde. Nous sommes aussi des moteurs de l’innovation climatique. Beaucoup d’entre nous ont mis en place des politiques d’atténuation ou d’adaptation qui peuvent inspirer d’autres pays. Nous avons un rôle d’éclaireurs en particulier par l’innovation. Ce forum s’appelle « Forum des Économies Majeures ». Il faut mériter ce terme et que nous fournissions ensemble les efforts nécessaires. Parmi nous, il y a des pays observateurs que je salue tout particulièrement parce qu’il faut que nos débats reflètent les intérêts et les besoins de tous.

Au cours de ces deux jours, nous allons traiter parmi les enjeux les plus importants, les questions de financement avec des chiffres qui sont bien connus :
- la mobilisation d’au moins 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 ;
- la capitalisation du fond vert, et aussi, au-delà même de cette période, la façon de faire évoluer les investissements vers la lutte contre les dérèglements climatiques pour que nous puissions construire des économies sobres en carbone ;
- Il y a également la question de nos contributions nationales à l’accord de Paris pour l’après 2020, les règles communes, l’évaluation, la flexibilité et beaucoup d’autres choses encore. Si nous voulons parvenir à un bon accord, il faudra qu’il puisse apporter des solutions satisfaisantes sur ces différents points.

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Notre accord doit évidemment avoir un caractère légal, contraignant et différencié. De plus en plus de voix se font entendre pour dire qu’il faudrait que ce soit en complément et non pas en substitution. En complément de cet accord, nous pourrions envisager un agenda des solutions, portant sur les efforts et la mobilisation à fournir par tous les acteurs. Je pense notamment aux entreprises, aux collectivités locales, en faveur de la lutte contre le changement climatique. Cette lutte ne concerne pas seulement les États. Cela doit être beaucoup plus large.
Si nous sommes capables, au-delà même de nos engagements juridiques, de présenter un visage positif et de présenter toute une série de solutions, je crois que cela donnera un aspect encore plus positif à notre accord.

L’une des difficultés, c’est que nous ne devons pas donner le sentiment que le dérèglement climatique correspond uniquement à des contraintes. C’est aussi une opportunité, une chance d’avoir une croissance plus forte, plus verte et plus équilibrée. Peut-être que cette idée, avec un accord et ses déterminants, mais aussi des solutions en particulier pour le secteur privé et pour les collectivités locales, pourrait-elle être riche.

Même s’il y a de nombreuses échéances devant nous, je veux souligner l’importance de celle du 23 septembre, la journée du secrétaire général des Nations unies. C’est une occasion vraiment exceptionnelle pour que nos grands dirigeants puissent délivrer et produire des engagements. Nous avons vraiment besoin de saisir l’opinion publique. C’est à l’intérieur des Nations unies, qui est véritablement l’enceinte qui nous rassemble tous, que réside la meilleure occasion d’aller de l’avant. Je lance donc un appel pour que cette journée qui est en train d’être bâtie soit un grand succès grâce aux déclarations et prises de position de tous nos dirigeants.
Notre réunion sera aussi l’occasion d’écouter les voix des acteurs du terrain parler concrètement. Nous étudierons le rapport « New climate economy », porté par le président Calderon, qui sera présenté aujourd’hui. Une présentation, à l’initiative du « Major economies forum », portant sur les bâtiments, sera également faite cet après-midi.

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Je terminerai en disant qu’il faut que nos populations prennent bien conscience de l’importance de ce que nous avons à faire. Mais cela doit leur être présenté comme quelque chose de possible et de faisable. Il faut que nous parvenions, tout en étant lucide et intellectuellement honnête, à tracer une perspective et que nous montrions qu’elle est accessible. Il y a donc bien sûr la dimension de contrainte mais il y a la dimension positive qui est tout à fait centrale. La tâche à laquelle nous nous sommes attelés est une grande tâche qui est à notre portée si nous savons tous faire les gestes nécessaires.

Je voudrais à nouveau vous souhaiter la bienvenue à Paris. Sachez que vous êtes ici chez vous et que nous sommes extrêmement honorés et heureux de vous accueillir.

Dernière modification : 14/04/2016

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