1. Les signes d’un ralentissement de la croissance chinoise se multiplient
L’indice Purchasing Managers Index (PMI) des directeurs d’achat compilé par le National Bureau of Statistics et publié le jeudi 1er décembre s’est établi à 49, contre 50,4 en octobre et 51,2 en novembre. C’est la première fois depuis février 2009 que le PMI officiel est inférieur à 50, ce qui devrait indiquer une inflexion significative du rythme la croissance industrielle chinoise pour novembre et les mois à venir. L’évolution de l’indice PMI confirme d’autres signes ralentissement de l’activité. La croissance de la production industrielle était déjà en ralentissement à 13,2% en glissement annuel en octobre contre 13,8% en juillet, 13,5% en août et 14% en juillet. La croissance de la production comme de la consommation d’électricité ont ralenti en octobre, à respectivement 9,4% et 11,35% contre 10,7% et 12,2% en septembre.
Compte tenu de ces indicateurs avancés de l’activité, la plupart des institutions internationales ont baissé leurs perspectives de croissance pour 2011 et 2012. Alors que la croissance pour 2010 a atteint 10,4%, la Banque Mondiale, par exemple, prévoit aujourd’hui une croissance de 9,1% en 2011 et de 8,4% en 2012 ; le consensus de marché se situe à 9,1% en 2011 et 8,7% en 2012. Le Center for China in the World Economy, think tank hébergé à l’université de Tsinghua et proche des autorités, prévoit une croissance de 9,2 % en 2011 et 8,5% en 2012. Ces prévisions de croissance restent cependant très nettement supérieures à l’objectif politique de 7% de croissance annuelle en moyenne figurant dans le 12e plan quinquennal.
2. Ce ralentissement est d’abord dû à un affaiblissement de la demande extérieure
Le contexte macroéconomique mondial affecte à l’évidence le solde commercial chinois. Ainsi l’excédent commercial de 124 Mds USD sur janvier-octobre 2011 s’inscrit en repli de 15,4% par rapport à la même période en 2010. Selon le porte-parole du ministère chinois du commerce, l’excédent commercial pour 2011 devrait s’établir à environ 150 Mds USD, en baisse de 18% par rapport à 2010. La croissance des exportations ralentit notamment à 15,8% en glissement annuel en octobre contre 17% en septembre et 24,4% en août, tandis que celle des importations demeure très forte à 29,1% en octobre contre 21,1% en septembre et 30,4% en août. Ce sont les difficultés de la zone euro semblent touchent en premier lieu le secteur exportateur chinois. Sans que l’on puisse encore en mesurer précisément l’impact, on observe que les exportations à destination de l’Union Européenne ont poursuivi leur ralentissement, en croissance de 7,5% en glissement annuel en octobre contre 9,8% en septembre et 22,3% en août. En revanche, la croissance des exportations à destination des Etats-Unis (13,9% en octobre contre 11,6% en septembre et 12,5% en août) et du Japon (19,6% en octobre contre 21,6% en septembre et 29,8% en août) demeurait soutenue.
Le secteur exportateur est ainsi en proie à des difficultés croissantes. La situation des PME de Wenzhou, souvent spécialisées dans l’export et touchées par les conditions de marché moins favorable dans les économies développé et une dépendance au secteur bancaire informel avait conduit à l’adoption d’une série de mesures de soutien aux PME par le gouvernement. Les entreprises du secteur exportateur du Sud de la Chine s’ajustent au ralentissement de l’activité en limitant les heures travaillées. Ce phénomène a déclenché un regain de tensions sociales dans les provinces du Guangdong à un niveau inobservé depuis 2010 selon le China Labour Bulletin. Ainsi à Donguan une grève de 7000 personnes aurait eu lieu le 20 novembre chez un sous-traitant taïwannais du domaine de l’équipement sportif, pour protester contre la baisse des heures supplémentaires et la décision de transférer une partie du carnet de commande à des usines situées au Vietnam.
3. La moindre croissance chinoise a néanmoins également des causes domestiques, principalement liées à l’évolution des marchés immobiliers et à son impact sur le secteur de la construction
La stabilisation du marché immobilier se confirme : en octobre, baisses de 11% des surfaces vendues en glissement annuel contre une hausse de 7% en septembre ; baisse des prix de 0,28% en novembre en moyenne annuelle selon les premiers chiffres annoncés par SouFun Holdings, le plus grand portail chinois de l’immobilier. Le Bureau national des statistiques indique qu’en octobre, 34 des 70 plus grandes villes ont connu une baisse des prix en octobre. Cependant, seulement 2 des 70 ont jusqu’ici connu une baisse des prix en glissement annuel. Les mises en chantier on ralenti à +2,2% en glissement annuel fin octobre, la surface totale en construction ayant même baissé pour la première fois depuis 2009, de -3,3%.
Cette stabilisation du marché immobilier n’est pas une surprise : elle était l’un des objectifs de la politique monétaire restrictive engagée par la banque centrale (PBoC) depuis 2010, et le gouvernement chinois a pris des mesures administratives spécifiques d’encadrement du marché qu’il entend maintenir, selon les déclarations officielles les plus récentes. Mais la Chine doit désormais gérer ses conséquences. Si les ménages s’endettent assez peu pour acquérir leur logement, ce n’est pas le cas des promoteurs immobiliers qui font face à une pression financière accrue en raison de l’illiquidité croissante du marché, et sont parfois contraints de vendre avec des décotes importantes, ou bien son obligés de reporter des mises en chantier. Le secteur bancaire pourrait donc être significativement impacté par les évolutions du marché immobilier, malgré les résultats rassurant des stress tests effectués les autorités chinoises sur les 17 plus grandes banques commerciales dans le cadre du rapport sur la stabilité financière du FMI à partir de données 2010. Surtout, une détérioration prolongée du marché immobilier pourrait avoir un impact plus important qu’un choc isolé sur le bilan des banques, en raison de leurs conséquences sur le secteur de la construction et des répercussions sur la croissance. L’investissement dans l’immobilier représente en effet environ 10% du PIB et le ralentissement des mises en chantier pourrait ainsi avoir un impact sur la métallurgie, les cimenteries et l’ensemble des entreprises dont l’activité est liée au développement urbain.
4. Les autorités ont réagi en adoptant une politique d’assouplissement sélectif, dont, sur le volet monétaire, la réduction du niveau du ratio de réserves obligatoires
La volonté des autorités chinoises à agir pour éviter un ralentissement trop prononcé de la croissance chinoise, et pour amortir les conséquences économiques et sociales du ralentissement dans les secteurs les plus exposés (entreprises exportatrices, immobilier) est claire. Une première série de mesures ciblées de politique de crédit et de politique fiscale avait été décidée en octobre au bénéfice des PME après la crise de Wenzhou. Après l’appel du Premier ministre Wen Jiabao le 25 octobre à un « réglage fin » de la politique économique, le Vice-Premier ministre Wang Qishan a indiqué le 21 novembre dernier que la croissance était la priorité du Gouvernement chinois. Pour poursuivre cette politique, la Chine dispose pour ce faire de marges de manœuvres monétaires et budgétaires.
Sur le plan monétaire, la Chine retrouve certaines marges de manœuvre, alors que l’inflation ralentit en octobre à 5,5% en glissement annuel, après un pic à 6,5% en juillet. Une première mesure emblématique vient d’être annoncée le 30 novembre par la People’s Bank of China (PBoC), avec la baisse de 50 points de base des ratios de réserves obligatoires (RRR) pour toutes les institutions financières à partir du 5 décembre. Cette baisse, la première depuis décembre 2008, réduira les RRR à 21% pour les cinq grandes banques commerciales, à 19% pour les autres banques commerciales cotées et à 17,5% pour les petites et moyennes institutions financières. Cette mesure ne traduit cependant pas par une évolution des orientations générales de la politique monétaire et n’annonce pas nécessairement de baisse prochaine des taux d’intérêts. L’inflation, si elle décroît peu à peu, demeure encore à un niveau élevé par rapport aux objectifs du gouvernement. Son effet sera par ailleurs modéré : selon les analystes, elle ne permettrait d’injecter qu’entre 350 et 400 Mds CNY (55 à 65 Mds USD). Elle permet en réalité de compenser l’impact sur le crédit des sorties de capitaux observées en octobre pour la première fois depuis un an et demi. Par ailleurs, dans la mesure où dans l’économie chinoise la distribution du crédit est par ailleurs encadrée, et où une telle injection aurait pu être réalisée par les autorités de façon beaucoup plus opaque cette mesure a en réalité surtout un effet signal, pour montrer clairement l’attention accordée par la PBoC aux évolutions de la conjoncture. Il est remarquable également que cette mesure intervient plus tôt que ne le pensaient les analystes, sans doute en raison de l’accroissement des tensions en zone euro et des sorties de capitaux observées en octobre. Cette mesure pourrait être suivie par d’autres baisses dans les mois à venir.
5. L’instrument budgétaire pourrait être également mobilisé et le programme de logements sociaux devrait soutenir le secteur de la construction
Fin novembre, Xia Bin, membre du comité de politique monétaire de la PBoC, a insisté sur le fait que la politique de « réglage fin » ne peut reposer sur la seule politique monétaire, et que la Chine devrait adopter davantage de mesures budgétaires pour compenser le ralentissement de la croissance de la masse monétaire et le ralentissement de la croissance industrielle. Le Vice-ministre des finances Zhu Guangyao a par ailleurs affirmé le 1er décembre que la politique macroéconomique chinoise devait être « mieux ciblée » et davantage « anticipatrice ».
Le gouvernement dispose de marges de manœuvre budgétaire. Les finances publiques chinoises ont enregistré une croissance plus élevée que prévu des recettes, qui atteint +28,1% en moyenne sur les 10 premiers mois de l’année, alors que le budget ne prévoyait qu’une augmentation – sans doute très sous-évaluée – de +8%. Ainsi, pour que les autorités tiennent leur objectif d’un déficit de 900 milliards CNY, soit 2% de déficit selon les prévisions d’alors contre 1,6% en 2010, le Gouvernement devrait dépenser près de 20% de plus que prévu initialement. L’injection de liquidités via la dépense publique devrait ainsi cette année encore marquer la fin de l’année. Comme l’a également suggéré Xia Bin, la politique budgétaire pourrait venir en soutien des secteurs stratégiques et des PME, mais aussi des secteurs qui pourraient encourager la consommation, comme celui de la protection sociale, de la santé ou de l’éducation.
Le programme de construction de logements sociaux devrait également soutenir le secteur de la construction en 2012. Le 12e plan quinquennal comporte l’objectif de construction de 36 millions de logements sociaux. Le gouvernement a fixé l’objectif très ambitieux de 10 millions mis en chantier chaque année en 2011 et 2012. Si fin octobre les autorités indiquaient que 10,33 millions de logements avaient été mis en chantier le Ministère du logement a admis début novembre que un tiers des mises en chantier ne correspondaient pas à de réelles construction mais simplement à « quelques coups de pelle dans la terre ». Par défaut, il existe un risque qu’en 2012 les retards s’accumulent, notamment compte tenu du renouvellement des exécutifs locaux et nationaux et il semble que les gouvernements locaux, fortement contraints financièrement, essaient d’obtenir une révision à la baisse des objectifs de mise en chantier pour 2012. Pour autant, on peut s’attendre à ca que le gouvernement central impose le rattrapage des objectifs de 2010, ce qui devrait se traduire, même dans l’hypothèse où les objectifs de mises en chantier seraient abaissés à 8 millions, par une hausse d’au moins 50% des logements sociaux en cours de construction. En effet, même une diminution des mises en chantier n’empêchera pas une forte augmentation du stock de logements sociaux en cours de construction, ce qui pourrait soutenir les fournisseurs du secteur immobilier en Chine.
Si le ralentissement de la croissance chinoise était prévu par le 12e plan quinquennal qui fixe pour objectif une croissance moyenne annuelle de 7% entre 2011 et 2015, le ralentissement de la conjoncture fait l’objet d’une préoccupation croissante des autorités. La politique de « réglage fin » que le gouvernement met en œuvre cherche à soutenir l’activité en ciblant les secteurs vulnérables (PME, construction), tout en poursuivant les objectifs de maîtrise de l’inflation et des prix de l’immobilier. La récente baisse des RRR est une mesure visible qui marque cette volonté d’assouplissement, et pourrait être suivie d’autres baisses dans les mois à venir. L’instrument budgétaire pourrait également être sollicité, et la montée en puissance du programme de construction de logements sociaux devrait, à défaut d’une levée à court terme des mesures administratives, soutenir le secteur de la construction en 2012.
Florent Mangin
Service économique régional de Pékin

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