La position de Canton fut ensuite éclipsée par le port de Quanzhou dans le Fujian (Marco Polo considère ce port comme étant le 2e du monde lors de son voyage) de l’époque des Song du Sud au début de la dynastie des Ming. Les activités économiques de Canton trouvèrent leur plein essor sous la dynastie Qing (1644- 1912) après que l’empereur Kangxi (1662-1722) eut rouvert les ports maritimes au négoce en 1685 et que le poste des douanes de Canton eut été créé. Quand l’empereur Qianlong (1736-1795) fit fermer les ports des provinces du Fujian, du Zhejiang et du Jiangsu, Canton fut le seul épargné par cette mesure. Cette décision conféra une grande impulsion au développement économique de la province du Guangdong. Canton continua à bénéficier de son statut d’unique port de commerce extérieur en Chine jusqu’aux guerres du 19e siècle.
Les commerçants occidentaux vivaient à l’extérieur de la ville de Canton, sur les berges de la Rivière des Perles au Sud des murs d’enceinte de la ville chinoise qui leur était interdite. Leurs logements étaient établis dans ce que l’on appelait alors « les factoreries » (créées en 1748), qui étaient généralement des bâtiments de 3 étages, de style architectural occidental sur lesquels flottaient les drapeaux nationaux et qui abritaient aussi des entrepôts et magasins.
Ces commerçants y séjournaient le temps de la saison commerciale, d’août à janvier, avant de repartir pour Macao y attendre la nouvelle saison. La présence des femmes occidentales était interdite dans ces comptoirs. Ces grands hôtels particuliers étaient la propriété de riches marchands chinois, « les « honguistes », ayant le monopole du commerce avec les occidentaux. Ces marchands « hong » agissaient aussi en tant qu’intermédiaires entre les occidentaux et l’administration impériale. Ils étaient chargés de s’assurer du paiement des taxes d’importation, de recevoir les cadeaux à destination d’officiels chinois, de transmettre les commandes des autorités chinoises et d’administrer les affaires des navigateurs occidentaux. Ainsi, en plus de l’administration du commerce, les « hong » étaient incontournables dans les échanges entre la Chine et l’Occident.
C’est de ces factoreries qu’opérèrent toutes les Compagnies des Indes Orientales des différents pays occidentaux (françaises, britanniques, hollandaises, suédoises, etc.) puis à partir du début du 19e siècle les sociétés de négoce privées telles que la fameuse Jardine, Matheson & Co (UK), ou encore Dent & Co (USA), qui firent fortune principalement grâce au commerce de l’opium.
L’âge d’or de Canton pour le commerce extérieur s’étend de 1757 à 1842. La concurrence survint lorsque 4 autres ports (Xiamen, Fuzhou, Ningbo et Shanghai) s’ouvrirent au commerce extérieur (fin de la 1ère guerre de l’opium et signature du traité de Nankin en 1842 avec les Anglais d’abord, puis du traité de Huangpu en 1844 avec les Français), mettant fin au monopole dont jouissait la ville. Peu à peu Shanghai dépassa Canton ; Hongkong se développa rapidement et se révéla un concurrent acharné. Durant la 2ème guerre de l’opium (1856-1860), les factoreries étrangères, jadis prestigieuses, furent entièrement détruites par le feu le 15 décembre 1856. La reconstruction de l’ancien site fut réalisée à Shamian, mais Canton ne se releva pas du désastre et ne put jamais regagner sa prééminence en matière de port de commerce.



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