
Luttes entre "bonnets rouges" et "bonnets jaunes" au Tibet médiéval, tensions entre différents courants religieux sous les dynasties impériales, sanglante insurrection des Taiping au XIXe siècle, les sectes et mouvements spirituels ont souvent marqué l’histoire chinoise. La révolution communiste avait cependant durablement éradiqué les dissidences religieuses, et cherché à contrôler les grandes religions officielles.
La crise de 1999 entre l’organisation Falungong et le pouvoir, qui a abouti à des manifestations spectaculaires, a de nouveau porté la question sur le devant de la scène. Aujourd’hui, malgré la répression vigoureuse qui s’en est suivie, le problème n’est toujours pas réglé, soulignent les média chinois. Plusieurs journalistes ont récemment enquêté sur des courant spirituels peu connus du grand public qui menaceraient la société.
La revue Phoenix, du groupe de la chaîne Phoenix TV, consacre la une de son numéro 254 (en date du 5 mai 2007) aux sectes.
Elle contient une longue enquête illustrée par plusieurs photographies sur les nouveaux mouvements religieux dans l’ouest de la Chine, la région la plus touchée par le phénomène. Elle affirme se fonder sur deux sources principales : des témoignages recueillis sur le terrain, à Yulin dans le Shaanxi, et un rapport officiel.

Cette étude se concentre sur un petit nombre d’organisations à inspiration protestante, dont les plus influentes seraient "L’Eglise des Disciples" (mentu hui) et "Le Vrai Dieu" (shiji shen). La première aurait, selon les chiffres des autorités, plus de 350 000 adeptes répartis dans 15 provinces. Le pasteur Yang estime que ces mouvements ne sont pas des religions mais des sectes, qui "volent" des fidèles aux religions traditionnelles. Il s’alarme sur la situation du Shaanxi, qui serait une zone particulièrement exposée à leurs agissements en raison de son sous-développement. Les paysans, eux, ne sauraient pas faire la différence entre une religion et une secte, et n’aspireraient qu’à "croire en dieu".
La stratégie de ces sectes serait en effet terriblement agressive et efficace. Leurs membres feraient du porte à porte pour "diffuser la bonne nouvelle", insistant particulièrement sur les foyers faibles, touchés par exemple par la maladie et la pauvreté. Chaque nouvel adepte aurait de plus l’obligation d’amener 10 personnes avec lui dans la secte. D’après le rapport officiel, la grande majorité de ces croyants viendraient de catégories sociales défavorisées, et compteraient jusqu’à 95% de femmes.
De plus, ces mouvements disposeraient d’organisations souterraines très efficaces et cloisonnées, de banques à services postaux.
Pour le magazine, leur caractère nuisible ne ferait pas de doute. Ainsi, leurs croyances rétrogrades et extrêmes mettraient en péril la vie de leurs membres, en refusant par exemple les soins médicaux ou leur ordonnant de ne se nourrir que de 100 grammes de céréales par jour. De plus, leur prosélytisme exclusif porterait atteinte à la liberté de conscience : elles n’admettraient pas en effet de défection, et harcèleraient les "déserteurs".
L’article fait également état de viols, spoliations financières, sacrifices et rituels plus ou moins démoniaques. Il insiste aussi également sur l’aspect politique de ces mouvements, accusés de vouloir créer des partis politiques ou de vouloir abattre le "grand dragon rouge" (da hong long - NDLR : métaphore pour le Parti Communiste Chinois). Il est vrai que les tracts clandestins qui circulent largement en Chine ont presque toujours une tonalité politique. Au bouclage de cette revue de presse, le fax de l’ambassade en a reçu un, écrit par le "Grand Maître de la Robe Rouge", adressé au Parti, aux forces armées et au peuple chinois.
Pour Phoenix, nul doute qu’il faille donc lutter contre les sectes. Dans ce domaine, la revue affirme que la réponse de l’Etat n’est pas à la hauteur. Non seulement, le maillage policier ne serait pas assez serré à la campagne, avec un commissariat de trois fonctionnaires surchargés de travail pour deux ou trois districts, mais en outre les institutions ne mettraient en oeuvre qu’une politique répressive, contre-productive.
Même la censure internet montre ses limites. D’une part, des termes comme "Falungong" (NDLR : nom du mouvement spirituel dirigé par Li Hongzhi, interdit et réprimé suite aux manifestations de 1999) sont bannis des moteurs de recherche alors qu’ils pourraient diriger vers des sites anti-sectes ou expliquant la position du pouvoir sur la question. Le Falungong n’en paraît d’ailleurs pas affecté, et continue à distribuer clandestinement sa documentation en Chine, sous forme de tracts passés sous les portes, de courriels et texto non sollicités ou d’appels téléphoniques enregistrés. D’autre part, la nature bouillonnante et changeante d’internet rend la censure largement inefficace, et l’on peut librement accéder à des pages de mouvements interdits passés entre les mailles sous quelques déguisements techniques.

L’article souligne cependant que la question est complexe, et que peu de pays ont développé une législation spécifique. La France est citée. Ce n’est pas la première fois que les médias chinois s’y intéressent dans ce domaine. Le 13 septembre 2006, un long papier du quotidien shanghaiais Wenhui Bao titrait : "Les sectes en France : un phénomène de société qui mérite l’attention".
Enfin, les journalistes estiment qu’au delà de la prévention et de l’éducation, encore très insuffisantes, il faut apporter des réponses sociales au problème : tant que des foyers pauvres n’auront pas les moyens de se soigner ou de pallier à une mauvaise récolte, ils ne pourront que se tourner vers les promesses d’interventions divines et le réconfort des communautés sectaires.
Un journaliste infiltre la secte du "Vrai Dieu" Même la censure internet montre ses limites. D’une part, des termes comme "Falungong" (NDLR : nom du mouvement spirituel dirigé par Li Hongzhi, interdit et réprimé suite aux manifestations de 1999) sont bannis des moteurs de recherche alors qu’ils pourraient diriger vers des sites anti-sectes ou expliquant la position du pouvoir sur la question. Le Falungong n’en paraît d’ailleurs pas affecté, et continue à distribuer clandestinement sa documentation en Chine, sous forme de tracts passés sous les portes, de courriels et texto non sollicités ou d’appels téléphoniques enregistrés. D’autre part, la nature bouillonnante et changeante d’internet rend la censure largement inefficace, et l’on peut librement accéder à des pages de mouvements interdits passés entre les mailles sous quelques déguisements techniques.

Il se pose un problème de définition, expliquent les journalistes. Dans un article du même dossier intitulé "Qu’est-ce qu’une secte ?", ils mettent en avant l’indigence de l’arsenal juridique en la matière. Seule une déclaration du Comité Permanent de la 9e session de l’Assemblée Populaire de 1999 (NDLR : prise à la suite du bras de fer du pouvoir avec le mouvement Falungong) s’y essayerait : "groupement illégal prétextant utiliser la religion, la gymnastique traditionnelle, ou des éléments de la mythologie, avec des procédés superstitieux et des paroles déviantes, pour tromper autrui, contrôler ses membres, menacer la société". Cette définition, trop vague, ne permettrait pas un traitement légal adéquat du phénomène.
Cela fait qu’outre les paysans mal éduqués, beaucoup de fonctionnaires ne sont pas sensibilisés à la question, à l’instar de ces responsables d’un centre de documentation de Lingbao (Henan) qui ont fait entrer sans le savoir des livres du mouvements interdit "Le Vrai Dieu" dans une bibliothèque publique, selon le site internet Zhengyi.
Cela fait qu’outre les paysans mal éduqués, beaucoup de fonctionnaires ne sont pas sensibilisés à la question, à l’instar de ces responsables d’un centre de documentation de Lingbao (Henan) qui ont fait entrer sans le savoir des livres du mouvements interdit "Le Vrai Dieu" dans une bibliothèque publique, selon le site internet Zhengyi.
L’article souligne cependant que la question est complexe, et que peu de pays ont développé une législation spécifique. La France est citée. Ce n’est pas la première fois que les médias chinois s’y intéressent dans ce domaine. Le 13 septembre 2006, un long papier du quotidien shanghaiais Wenhui Bao titrait : "Les sectes en France : un phénomène de société qui mérite l’attention".
Enfin, les journalistes estiment qu’au delà de la prévention et de l’éducation, encore très insuffisantes, il faut apporter des réponses sociales au problème : tant que des foyers pauvres n’auront pas les moyens de se soigner ou de pallier à une mauvaise récolte, ils ne pourront que se tourner vers les promesses d’interventions divines et le réconfort des communautés sectaires.
Avant l’enquête de Phoenix, le sujet avait déjà intéressé les média chinois. Le 11 février 2007, un long article sur la "résurrection" des religions clandestines dans les provinces du Shaanxi, Gansu et Ningxia était paru dans le Xinhua Daily Telegraph (version en caractères traditionnels ici).
Il se fonde sur l’étude approfondi d’un journaliste ayant infiltré le mouvement du "Vrai Dieu" en 2005. L’article est alarmiste et critique. Il estime que la question des sectes est une "bombe à retardement" en Chine, et incrimine largement les autorités. Les adeptes du "Vrai Dieu" révèrent une femme-déesse du Henan qu’ils considèrent comme la dernière incarnation du Christ. Leur structure est très cloisonnée, chaque membre ne connaissant que 7 autres membres, et chacun ne s’appelant que par un surnom. Croyant qu’un cataclysme est imminent, ils délaissent les activités traditionnelles. Ils lutteraient férocement contre leurs "concurrents", comme "L’Eglise des Disciples", et les structures de la société.

L’auteur de l’article explique la popularité de ces mouvements par le "désarroi spirituel" qui frappe la société chinoise, et particulièrement les campagnes. Les cadres locaux, obnubilés par la question du développement économique, auraient délaissé leur rôle d’animation communautaire et de cohésion culturelle, laissant les paysans aux mornes ennuis de l’alcool, des jeux de cartes et de la télévision. La corruption de certaines autorités, la difficulté matérielle d’accéder aux études, la faiblesse du système de protection sociale, conduiraient les mécontents à prendre le Parti Communiste et son idéologie comme boucs émissaires et à tomber dans les bras des sectes.
Le 7 février 2007, le quotidien Metropolis Daily de Yanzhao (Yanzhao Doushi Bao), rapporte un fait divers de 2005 impliquant un membre de l’Eglise des Disciples qui avait étranglé sa mère. Cet article est repris un peu partout, comme dans le journal Yangtse ou sur le site de CCTV. Dans la même veine, un article du Quotidien Dazhong de Yantai daté du 6 juin 2007 raconte comment un pratiquant de Falungong avait monté chez lui une imprimerie artisanale et une station de gravage de CD pour reproduire les documents du Falungong. Face à la sanction légale, le journal préfère souligner la sanction morale : ce pratiquant, en commettant des actes contraires à la loi, a détruit une famille heureuse.
La discours du gourou de Falungong, Li Hongzhi, à la dernière convention de son mouvement à New York, bien que que censuré sur l’internet chinois, fait quant à lui l’objet d’un commentaire critique d’un journaliste de l’agence Xinhua.
Le phénomène des sectes est mondial, rappelle le Xin Jing Bao (Beijing News) en annonçant l’arrestation en Chine de Jung Myung Seok, sous mandat d’arrêt international émis par la Corée. Ce fondateur de l’Eglise JMS (Jesus Morning Star, Setsuri en japonais, fameuse pour ses moyens peu orthodoxes de pénétrer le divin) qui revendique plus de 150 000 adhérents en Corée, Japon et à Taiwan, est sous le coup de condamnations pour viol dans ces trois juridictions. Il s’était illégalement réfugié à Hong-Kong avant de gagner la province du Liaoning.
D’autres types de "comportement sectaires" sont régulièrement dénoncés par les média chinois. Ainsi, les systèmes de "vente pyramidales", exploitant la crédulité et l’appât du gain, sont qualifiés de "sectes économiques". Un article de Xinhua du 6 juin 2007 rapporte une affaire récente impliquant 3300 personnes à Jinan, dans le Shandong.
Le journal Nanfang publie quant à lui un commentaire critique sur les entreprises qui utilisent la manipulation mentale pour prétendument améliorer la productivité économique. Il part d’un fait divers : des employées avaient été obligées de se livrer à des "danses érotiques" en pleine rue, afin d’augmenter leur confiance en soi. Pour l’auteur de l’article, Zhang Chong, ce n’est qu’un cas extrême de pratiques déjà banalisées dans le monde du travail. Les incantations collectives du genre "j’ai confiance en moi !" seraient déjà monnaies courante, pratiques sectaires dérivées de notre nouvelle société où tout ne serait que produit commercial, désir et déception.
Renaud de Spens



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