Les musiques du monde : une passion française

Depuis vingt ans, les musiques du monde connaissent un engouement croissant en France, favorisé par le métissage culturel, la passion de nombreux professionnels et l’engagement des pouvoirs publics.

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Les musiques du monde : une passion française

Paru le : 31 janvier 2008
Depuis vingt ans, les musiques du monde connaissent un engouement croissant en France, favorisé par le métissage culturel, la passion de nombreux professionnels et l’engagement des pouvoirs publics.

Aujourd’hui, on peut trouver, en France, les musiques de presque tous les pays et des plus grands artistes du monde. En 2006, 34 000 références de disques de musiques du monde se sont vendues, représentant de manière équilibrée l’ensemble de la planète.

Ce sont les années 80 qui ont marqué l’explosion de ces musiques, pour plusieurs raisons. D’abord, avec le lancement des radios libres en 1981, telles Radio Nova et Fréquence Paris Plurielle, qui vont proposer des sons venus d’ailleurs. Les radios communautaires, telles Beur FM et Radio Latina, voient aussi le jour, et des centaines de stations associatives de proximité, telles Radio Gazelle à Marseille et Radio Rencontre à Dunkerque, offrent des programmes - et des chansons - destinés aux populations d’origine étrangère : en portugais, en espagnol, en arabe, en wolof…, mais aussi en breton ou en catalan ! Les années 80 marquent aussi le début de l’affirmation identitaire des Français d’origine étrangère. Le grand public découvre alors le raï, venu d’Afrique du Nord. En 1992, Didi de Khaled devient un tube planétaire, et la star tourne de Rio à Tokyo…

Des dénicheurs de talents passionnés

Mais le succès des musiques du monde repose avant tout sur la passion d’individus amoureux fous de ces sons et désireux de les partager. " Ils ont été une vingtaine, dans les années 80, programmateurs de festivals, producteurs de disques, tourneurs, journalistes. Et deux journaux : Actuel et Libération ", se souvient l’un d’eux, Rémy Kolpa-Kopoul, pilier de Radio Nova.

Les musiques du monde sont ainsi portées par de petites maisons de disques (55 % du marché) et quelques festivals. Christian Mousset et son festival Musiques métisses à Angoulême, Gilles Frucheaux et son label Buda Musique, Michel Lévy et son label MLP, Saïd Assadi et son label Accords croisés, Gérard Violette au Théâtre de la Ville, à Paris, Marc Benaïche, créateur de mondomix.com, site Internet dédié à ces musiques le plus fréquenté dans le monde…, mais aussi des distributeurs comme Harmonia Mundi sont des dénicheurs de talents, en invitant notamment pour la première fois en Europe des artistes qui sont ensuite devenus des stars mondiales.

Une plaque tournante mondiale

En ce sens, la France fait bien plus qu’accueillir ces artistes : en partant les chercher loin, en les produisant sur scène et en disque, elle les révèle au monde entier. Elle est devenue l’un des pays au monde qui programme le plus de concerts dans ce domaine chaque année et, surtout, la plaque tournante internationale pour ces musiques. Marseille accueille ainsi, chaque année, l’un des rendez-vous professionnels les plus importants en Europe : le Babel Méd music, où des producteurs et professionnels du monde entier viennent découvrir de nouveaux artistes.

Enfin, les musiques du monde bénéficient de soutiens publics sans lesquels elles ne pourraient vivre. C’est encore dans les années 80 que l’État a commencé à leur donner un sérieux coup de pouce, jamais remis en cause par les gouvernements suivants. Les villes, les départements, les régions, et les ministères de la Culture et des Affaires étrangères jouent aujourd’hui un rôle actif dans la promotion de ces musiques, qui sont l’une des formes du dialogue culturel.

Pour preuve que les sons d’autres pays ont désormais droit de cité en France, les artistes français eux-mêmes s’en inspirent, tels Titi Robin, accompagné par un tabla indien, ou le groupe Lo’Jo, qui chante des mélodies touarègues. Enfin, signe que l’Hexagone a su intégrer ses diversités en musique : le raï est considéré à l’étranger comme une musique " française " ! Le métissage humain de la société française se traduit, naturellement, par un métissage de sa musique. On l’oublie parfois : l’accordéon musette, symbole de la musique populaire en France, est né d’une fusion entre la musette d’Auvergne (centre de la France) et l’accordéon des immigrés italiens…

Les 10 meilleures ventes de CD de musiques du monde en 2006

1. Jimmy Cliff & Peter Tosh : Jamaïque
2. Cesaria Evora : Cap-Vert
3. Agnès Jaoui : chants d’Espagne et du Portugal
4. Magic System : Côte d’Ivoire
5. Souad Massi : Algérie
6. Compilation Afrodi Zouk DB : Antilles
7. Amadou & Mariam : Mali
8. Loreena McKennitt : musique celtique
9. Compilation Rhythms del mundo : Cuba
10. Bharat : Inde.
Source : Observatoire de la musique.

D’un pays à l’autre…

Les premiers concerts venus d’ailleurs sont donnés à Paris dans les années 50, mais la musique y est souvent associée à un spectacle. Les années 60 et 70 voient l’arrivée de nombreux réfugiés latino-américains ; parallèlement, dans la foulée du mouvement hippie, la musique indienne est en vogue. Les Quilapayun, Violetta Parra, Mercedes Sosa et Ravi Shankar se produisent sur scène.

Dans les années 80, c’est la déferlante reggae, dans le sillage de Bob Marley, et la musique africaine se fait connaître : Touré Kunda, Manu Dibango et Mory Kanté font danser la France. Le raï s’impose, avec Khaled, Mami ou Rachid Taha.

Les années 90 voient le succès de la musique cubaine, et du Buena Vista Social Club. Aujourd’hui, le monde entier est à la mode : le Cap-Vert avec Cesaria Evora ou Mayra Andrade, Cuba avec Raúl Paz, le Brésil avec Sergio Mendes, l’Inde avec ses comédies musicales, le Sénégal avec Youssou N’Dour ou Ismaël Lo, le Mali avec Salif Keita ou Ali Farka Touré, l’Espagne avec Carlos Núñez, l’Afrique du Sud avec Johnny Clegg, mais aussi les Antilles avec Kassav ou Perle Lama, ou la Corse avec I Muvrini.

Les musiques du monde s’imposent dans toutes les boîtes de nuit, les mariages et les bals du 14 Juillet aux quatre coins de la France.

www.mondomix.com

www.rfimusique.com

http://observatoire.cite-musique.fr

Nadia Khouri-Dagher

Journaliste

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