Les inégalités de revenus et le développement en Chine

Le président du conseil d’administration de Bank of China, l’une des quatre grandes banques commerciales en Chine, exprime dans un éditorial publié dans le China Daily du 16 septembre 2011 sa vision des défis à la fois sociétaux et économiques que représente le creusement des inégalités en Chine. Cet article remarquable pour la qualité des chiffres utilisés pour...

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Les inégalités de revenus et le développement en Chine

Paru le : 20 janvier 2012 / Dernière mise à jour : 13 janvier 2012
Le président du conseil d’administration de Bank of China, l’une des quatre grandes banques commerciales en Chine, exprime dans un éditorial publié dans le China Daily du 16 septembre 2011 sa vision des défis à la fois sociétaux et économiques que représente le creusement des inégalités en Chine. Cet article remarquable pour la qualité des chiffres utilisés pour rendre compte des inégalités, il est aussi exceptionnel dans la mesure où il montre que même les acteurs du monde financier sont conscients du problème du creusement des inégalités en Chine.

Selon la liste des Milliardaires établie par le magazine Forbes, 108 des 214 nouveaux milliardaires sont issus des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et représentent le quart de du total des milliardaires alors qu’il y a seulement 5 ans ils n’en représentaient qu’un dixième. Parmi eux, le nombre de milliardaires chinois a doublé.

En contraste, 150 millions de chinois vivent avec moins d’un dollar par jour et plus de 60% de sa population urbaine ne peut pas se permettre de devenir propriétaire. L’indice de Gini en Chine, qui rend compte des inégalités dans la distribution primaire des revenus, était de 0.449 en 2005 et avoisine à présent 0.5, franchissant ainsi une ligne dangereuse. De plus nombreux sont ceux qui pensent que les écarts sont bien plus grands que ce que le suggère les chiffres officiels.

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La forte croissance chinoise a contribué à l’augmentation du nombre de grande fortune dont la richesse provient principalement du développement du secteur privé, de la spéculation immobilière et des secteurs à forte rémunération salariale. Il est intéressant de noter que la moyenne d’âge des milliardaires chinois est de 39 ans, ce qui est de 15 ans plus jeune que leurs homologues occidentaux.

Bien qu’il semble qu’historiquement l’industrialisation et la modernisation d’un pays entraînent inévitable un creusement des inégalités, il est nécessaire à présent que la Chine mette en place des réformes courageuses pour rééquilibrer la distribution des revenus afin que la croissance profite au peuple.

Ajuster le modèle de développement du pays signifie faire en sorte que la croissance profite aux citoyens ordinaires. La Chine est actuellement une économie faiblement tirée par la consommation intérieure qui ne contribue à la croissance qu’à la hauteur de 35%. Ainsi, la contribution de la consommation dans la croissance en Chine est la plus faible de l’ensemble des économies majeures.

Pour renverser la tendance du creusement des inégalités et de la faible consommation, des mesures doivent être prises pour augmenter les salaires, dépenser plus dans la protection sociale et soulager la contrainte immobilière sur les ménages.

En particulier, il est important d’avoir une distribution primaire des revenus équilibrée, c’est-à-dire réduire les inégalités de salaires avant les impôts et les transferts sociaux. En effet selon une étude récente, le salaire minimum dans les villes était égal à 45% du salaire moyen en 1993 ce ratio est tombé à 30% en 2011. Un niveau acceptable serait qu’il soit égal à 50% du salaire moyen dans les grandes métropoles. Pour parvenir à cet objectif, il est nécessaire de donner une part plus élevée au travail dans le partage de la valeur ajoutée. Avoir une distribution primaire des revenus équilibrés est important car une distribution primaire trop déséquilibré est bien plus difficile à corrigé par les impôts et les transferts sociaux.

Le système financier doit jouer un rôle dans la réduction de cet écart des revenus. Un relâchement du contrôle des taux d’intérêts pourrait amener à une hausse des taux de dépôts et donc préserver le pouvoir d’achat des ménages en période d’inflation.

Etant donné le manque de liquidité de l’environnement économique, les banques chinoises sont en manque de fonds et en compétition permanente pour concevoir les produits financiers les plus attractifs pour leurs clients les plus riches. En conséquence, le système bancaire et financier ne profite qu’aux plus aisées et aux entreprises.

Pendant des décennies, le creusement des inégalités a été l’un des problèmes rencontrés par les pays coincés dans le « piège des pays à revenus moyen » aussi bien en Asie qu’en Amérique Latine. La Chine fait face à un défi similaire. En dépit de sa forte population et de son urbanisation rapide, elle ne pourra soutenir une croissance durable sans réduire les inégalités de revenus.

Le problème n’est pas seulement économique mais aussi étroitement lié à la théorie politique et à la stabilité sociale. Paul Collier, Professeur d’économie à l’Université d’Oxford montre en analysant les données des pays depuis les années 1960 qu’au-delà d’un certain seuil de revenu, les pays démocratiques subissent bien moins de troubles qu’un pays autocratique.

Rééquilibrer une économie n’est jamais un processus facile à réaliser puisqu’il nécessite un courage politique pour aller à l’encontre de certains intérêts particuliers, une approche prudente ainsi qu’une intelligence pour saisir les opportunités.

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