Plusieurs projets pilotes ont été menés en Chine, à Shanghai ou ailleurs, sur les économies d’énergie dans le bâtiment. Ces expériences restent néanmoins ponctuelles, à vocation exemplaire. Or, l’ampleur de l’urbanisation en Chine souligne leur limite, à savoir l’impossibilité à restreindre l’installation de bâtiments efficaces en énergie à quelques programmes pilotes. C’est donc de solutions applicables à son urbanisation de masse dont la Chine a besoin.
Le programme de coopération sino-française sur l’efficacité énergétique et le développement durable dans la construction résidentielle en Chine, financé par le Fonds Français pour l’Environnement Mondiale (FFEM), et coordonné par la Commission de la construction de Shanghai et l’ADEME, constitue un exemple, certes moins impressionnant qu’un bâtiment expérimental, mais – pour cette raison – plus pertinent : situé dans le quartier de Bilinwan (à l’ouest de Shanghai, au sud de l’aéroport de Hongqiao), le projet a consisté en l’apport de solutions – souvent simples – à un programme immobilier grandeur nature, sous la direction de son promoteur immobilier. Il a en effet porté sur un ensemble de plusieurs lotissements identiques, du type parallélépipédique compact, tel que développé de manière massive dans toutes les villes de Chine.
Deux bâtiments de logement, d’une surface totale de 130.000 m², ont été construits avec l’appui des experts français, et ce en deux étapes :
- Phase 1 (2004-2006) : 80.000 m² avec la participation principale de l’ADEME ;
- Phase 2 (2006-2009) : 45.000 m², poursuite de l’application des techniques approuvées de la phase 1 et optimisation des applications.
Il s’agissait de tester des mesures d’économie d’énergie pour le chauffage en hiver et la climatisation en été : orientation des logements, réduction du linéaire de façades à surface de plancher égale, pose de vitrages performants et isolation thermique par l’extérieur, facilitation de la ventilation naturelle, pose de stores extérieurs (une pratique très peu courante en Chine), pré-équipement en climatiseurs performants. Le surcoût de construction pour ces mesures est d’entre 4 % et 7 % / m² (200 RMB sur 3 000 RMB) ; ce montant représente un effort réel de la part du promoteur dans un pays où obtenir un coût le plus bas possible constitue un objectif difficilement dépassable. Ce surcoût est toutefois compensé par un prix de venter accru d’environ 1 000 RMB, aux dires du promoteur.
Une campagne de mesures sur la 1ère tranche de logements a permis de montrer que les économies d’énergie de 50 % pour le chauffage et la climatisation pouvaient être atteintes. En hiver, une amélioration de la température intérieure de 5 °C a été constatée. Sur la 2ème tranche, livrée début 2010, les économies d’énergie pour le chauffage et la climatisation ont dépassé 65 %. D’autres dispositifs ont été adoptés à Bilinwan : dispositifs permettant d’économiser l’eau potable, d’infiltrer les eaux pluviales et de végétaliser les abords des bâtiments. L’opération a été sélectionnée par le ministère de la construction comme opération pilote pour tester la nouvelle certification chinoise des bâtiments verts (« green buildings »). Elle a été récompensée par de nombreux prix.
Au total, quatre enseignements ont été tirés de cette coopération par les partenaires chinois :
- la conception de l’appartement en fonction de performances énergétiques ;
- l’isolation des murs extérieurs ;
- l’ombrage externe ;
- la mise à niveau aux normes de l’éco-construction.
Le promoteur a conservé ces techniques pour le développement de lotissements voisins, satisfait de leurs performances et de leur rapport qualité / coût. Un appartement de la phase 3, visité en septembre 2011 (environ 30 °C à l’extérieur), présentait une température fraiche, sans usage de climatisation. La propriétaire se déclarait satisfaite du confort thermique de son appartement.
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- Immeubles construits avec le soutien financier du Fonds français pour l’environnement mondial
Depuis la mise œuvre du projet, Bilinwan a accueilli nombre de visiteurs professionnels comme éco-quartier modèle. En plus des différents prix obtenus, il a servi de référence pour l’élaboration des règlements nationaux d’éco-énergie du bâtiment résidentiel, entrés en vigueur en 2010 (et notamment, l’amélioration de 65 % d’efficacité énergétique par rapport à la moyenne du marché). La Commission de la construction de Shanghai s’est déclarée satisfaite de la coopération ; elle a émis le souhait de continuer la coopération en ce domaine, en complément d’autres coopérations conduites avec l’Allemagne (dans le résidentiel de bureaux) ou l’Italie (planification urbaine).
En résumé, les solutions, adoptées (ou parfois refusées) par le promoteur responsable du lot, selon des critères de coût, ont permis d’établir, sur les 5 ans et les deux phases successives de bâtiment, un modèle facilement transposable aux besoins d’urbanisation de nombreuses villes chinoises, quitte à l’améliorer au fur et à mesure des innovations techniques et à l’adapter selon les zones climatiques.
Conseiller économique
francois.blanc @ dgtresor.gouv.fr




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