La Chine de l’Est est une ancienne région d’implantation économique française, au moins depuis le Second Empire, à l’époque des concessions étrangères. Le retour des entreprises françaises s’y effectue dans les années 1990, après que Pudong eût reçu son statut de zone économique spéciale en 1984. Des usines et des filiales commerciales s’implantent alors dans la ville-région, qui devient le premier lieu d’implantation d’entreprises françaises en Chine (36,7% du total en 2008, avec 820 entreprises) et notre premier marché parmi les régions de Chine. Aujourd’hui, la Chine de l’Est regroupe 45,4 % des entreprises françaises, une concentration similaire à celle des autres pays occidentaux. Ce dynamisme économique attire une population française en croissance rapide, estimée aujourd’hui à 15.000 ressortissants, soit la plus nombreuse d’Asie.
Shanghai est le lieu privilégié d’installation des entreprises françaises dont l’activité ne dépend pas directement des grands appels d’offres publics (les autres s’implantant plutôt à Pékin), mais plutôt des marchés de consommation. Typiquement, les marques de luxe y ont leur siège ainsi que leurs plus grands magasins (flagship store). Celles-ci accordent à la ville une importance croissante dans leur stratégie mondiale, du fait du poids acquis par la Chine sur le marché du luxe (deuxième marché mondial, voire premier, si l’on comptabilise les achats des Chinois à l’étranger), en lui réservant le lancement de collections. Les distributeurs Carrefour, Auchan et Décathlon, mais aussi des entreprises aussi diverses que Rhodia, Faurecia, Moret Pompes, SEB, Sanofi-Aventis, ST Microelectronics, DMC, Essilor, Ubisoft, Mazars, Crédit agricole, BNP Paribas ou CMA-CGM, ont leur siège à Shanghai. La ville est même choisie, de manière croissante, comme siège des activités pour l’Asie-Pacifique (PSA, Saint-Gobain, PCM Pompes, Michelin, BioMérieux, Lafarge Gypsum, Gravotech, Roquette, Auchan, Danone, Hermès…).
La tendance croissante des entreprises étrangères, et notamment des entreprises françaises, à installer des centres de R&D en Chine bénéficie également en premier lieu à Shanghai, qui concentre deux tiers environ de ces centres. Ceux-ci n’ont plus seulement vocation à accompagner le développement industriel sur le marché chinois, en y adaptant les produits ; leurs activités s’inscrivent de manière croissante dans le réseau mondial de recherche du groupe, avec des programmes de plus en plus importants, notamment à destination des marchés émergents. Ainsi, Rhodia, PSA, L’Oréal, Schneider, Saint-Gobain, Michelin, Valeo et Suez y disposent d’un centre de R&D ; Thales, BioMérieux, Roquette ou ST Microelectronics y développent leurs activités de recherche. Les PME françaises se développent soit dans la sous-traitance pour des grands groupes, soit dans des marchés de niche, très souvent avec succès : Ubisoft et Virtuos (jeux vidéos), Ethypharm (administration des médicaments), Pebeo (couleurs et matériel pour artistes) ou Sperian (ex-Bacou-Dalloz, protection individuelle)…
Si les activités de siège sont basées à Shanghai, la production industrielle s’éloigne de la ville, où les coûts de production (foncier et main d’œuvre) s’accroissent fortement, pour s’installer dans son hinterland, notamment dans la province du Jiangsu, l’un des bassins industriels de la Chine, au troisième rang des provinces chinoises par son PIB et second choix des entreprises françaises dans le delta du Yangtzé (6,4 % des implantations). Elles y bénéficient de la qualité des parcs industriels et y participent au développement urbain rapide et à l’amélioration de l’environnement. La première ligne de métro de Nankin a ainsi été attribuée en 2002 à Alstom. AREP y a participé à la conception de la gare et le cabinet Rolland a dessiné le stade de Suzhou.
Il en va de même, à une moindre échelle (2 % des implantations), du Zhejiang, province moins industrielle mais où l’économie privée est très présente, qui se classe au quatrième rang des provinces chinoises par son PIB et dont la riche préfecture, Hangzhou, a été classée par la Banque Mondiale comme la ville la plus attractive de Chine pour les investissements étrangers. Les équipementiers automobiles y sont notamment installés, du fait de l’importance de la construction automobile à Shanghai. Les grands distributeurs Carrefour et Auchan profitent de la croissance de la consommation de cette province ; Carrefour y a également installé le premier bureau régional de son réseau de sourcing international. Schneider et Delixi, grande société de Wenzhou, ont créé une co-entreprise dédiée à la fabrication et à la commercialisation de produits basse tension en 2007.
L’activité des entreprises a tendance à s’étendre au-delà, à l’Anhui, province en retard mais qui bénéficie des avantages de la politique du Go West : ainsi, alors que la gestion des transports urbains reste largement fermée à l’investissement étranger, Veolia a créé une co-entreprise en 2008 de 2.000 bus pour exploiter quatre réseaux à Huainan, Anqing et Maanshan, pour un trafic de 350 millions de voyageurs par an, en complément des deux réseaux urbains exploités dans la banlieue de Nankin. Si la présence française reste marginale dans cette province (une dizaine d’entreprises, dont les industries Vallourec, Saint-Gobain et Lesaffre), le développement des provinces de l’intérieur ainsi que la hausse des coûts et les tensions sur le marché de l’emploi dans les provinces côtières pourraient faire de l’Anhui l’une des « nouvelles frontières » de la présence française au cours de la présente décennie.
(francois.blanc @ dgtresor.gouv.fr),
Conseiller économique,
Chef du Service économique à Shanghai,
et Matthieu Garcia
(matthieu.garcia @ ubifrance.fr)
Mission commerciale - Ubifrance.


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