La compétitivité de la Chine face à la hausse du coût des facteurs de production

En 2012 la Chine, première puissance exportatrice au monde, est devenue la première destination des investissements directs étrangers. La capacité de la Chine à attirer les investisseurs étrangers et l’essor de l’industrie chinoise ont été favorisés par le faible coût des facteurs de production : la main d’œuvre, l’énergie, les terrains et le capital. Alors que le marché des biens a été presque complètement libéralisé, le marché des facteurs de production fait encore l’objet de lourdes distorsions de marché ce qui a permis aux investisseurs en Chine de développer une compétitivité coût face à leur concurrents à l’international. Cependant, la hausse des coûts pourrait remettre en cause la compétitivité des industries établies en Chine si elles n’opèrent pas une montée en gamme de leur production ou une transition vers des industries à plus haute valeur ajoutée.

I. L’avantage compétitif de l’industrie chinoise basé sur les faibles coûts des intrants s’estompe progressivement

Les coûts de la main d’œuvre progressent fortement et ne sont pas compensés par des gains de productivité équivalents

L’avantage comparatif de la Chine basé sur le faible coût de sa main d’œuvre est en train de s’estomper en raison de la progression rapide des salaires. La hausse des coûts du travail constitue l’une des principales préoccupations des investisseurs en Chine. Entre 2000 et 2011, le salaire nominal annuel moyen en Chine a été multiplié par près de 4,5 avec un taux de croissance annuel moyen de 15%. Dans le secteur manufacturier, le salaire nominal annuel moyen a crû à un taux annuel moyen de 14% pour atteindre 36 665 CNY fin 2011, soit près de 4,2 fois son niveau de 2003 . Et entre 2005 et 2012, le salaire minimum moyen a été multiplié par trois avec un taux de croissance annuel moyen de 17,3%, malgré une stagnation en 2009 en raison de la crise financière. La croissance des salaires devrait se poursuivre conformément à la politique du gouvernement qui fixe au travers du 12ème plan quinquennal (2011-2015) un objectif minimal de croissance du salaire minimum de +13% par an en moyenne. Les minggong (travailleurs migrants) qui sont venus nourrir le développement de l’industrie, ont jusqu’ici, du fait de leur exclusion du système du hukou (passeport intérieur) urbain, largement contribué au faible coût du travail en Chine, mais la situation est en train d’évoluer vers une meilleure intégration des travailleurs migrants au système de protection sociale. En juillet 2011, la Social Insurance Law est entrée en vigueur et stipule que les travailleurs migrants doivent bénéficier du même système de sécurité sociale que les autres travailleurs. Malgré une application encore insuffisante de cette loi , la volonté affirmée des dirigeants chinois de rééquilibrer la croissance en faveur de la consommation interne semble indiquer que le gouvernement poursuivra ses efforts en vue d’une protection accrue de tous les travailleurs. Selon certaines estimations, la contribution des employeurs au régime de protection sociale des travailleurs migrants pourrait accroître leurs coûts salariaux de 35 à 40% .

La hausse des coûts du travail est préoccupante car la progression des salaires en Chine n’a été compensée que partiellement par les gains de productivité. Entre 1996 et 2005, les salaires réels dans le secteur industriel ont augmenté à un taux de croissance annuel moyen de 3,5% tandis que la productivité enregistrait un taux de croissance annuel moyen de 7,9%. Mais entre 2006 et 2010, la tendance s’inverse et la croissance des salaires dépasse la croissance de la productivité : le taux de croissance annuel moyen des salaires réels s’élève à 7,7%, soit un taux supérieur au taux de croissance annuel moyen de la productivité qui s’élève à 6,4% environ. Il en est de même dans les services, où de 1995 à 2005, le taux de croissance annuel moyen des salaires s’élevait à 3,5% tandis que le taux de croissance annuel moyen de la productivité s’élevait à 7,9% par an. Puis, à partir de 2006 et jusqu’en 2010, les salaires ont enregistré un taux de croissance annuel moyen de 10,9%, soit un taux supérieur au taux de croissance annuel moyen de la productivité à 10,1% . L’impact de la hausse des salaires sur la compétitivité du secteur manufacturier de la Chine doit cependant être relativisé car la Chine demeure un pays où le coût de la main d’œuvre dans le secteur manufacturier est considérablement inférieur à celui des économies développées. Ainsi, en 2011, le salaire moyen horaire en Chine était de 2,8 USD pour une moyenne sur 38 pays (représentés par 21 pays sur 34 membres de l’OCDE, les BRICS, dix autres pays émergents, Singapour et Taïwan) de 21,9 USD . En 2010, le salaire minimum annuel de la Chine s’élevait à 1 728 USD de 2005, soit un niveau supérieur à 6,5 fois celui du salaire minimum de l’Inde, plus de 4,2 fois supérieur au salaire minimum du Vietnam et plus de deux fois supérieur au salaire minimum de la Thaïlande. Il restait cependant inférieur au salaire minimum des Philippines (1 860 USD de 2005) du Brésil (3 000 USD de 2005) et plus de deux fois inférieur à celui de la Russie (3 816 USD de 2005).
D’autre part, si les effets de la transition démographique devraient faire pression sur les salaires, une partie de la population rurale chinoise est en situation de sous-emploi et constitue un réservoir de main d’œuvre potentiel. Selon le Development Research Council environ 110 millions de travailleurs ruraux - dont 58 millions sont âgés de moins de 40 ans - seraient ainsi en situation de sous-emploi.

Les salaires des régions de l’Ouest et du Centre rattrapent progressivement les salaires des régions de l’Est de la Chine

Il existe de profondes inégalités de développement à l’intérieur même de la Chine : en 2011, le salaire mensuel moyen dans les provinces de l’Est de la Chine était 1,4 fois plus élevé que le salaire mensuel moyen dans les provinces du Centre et 1,2 fois plus élevé que le salaire moyen dans les provinces de l’Ouest. En 2011, le salaire moyen le plus élevé, celui de la municipalité de Shanghai, s’élevait à 6 300 CNY, soit un niveau 2,4 fois supérieur au salaire moyen le plus faible, celui de la province du Heilongjiang, à 2 608 CNY. Par ailleurs, en 2012 le salaire minimum moyen dans les provinces du Centre et de l’Ouest représente respectivement 87,3% et 86,1% du salaire minimum moyen dans les provinces de l’Est. Là encore, les disparités sont importantes entre provinces : à Shenzhen en 2012, le salaire minimum mensuel est de 1 500 CNY, soit un niveau 1,7 fois supérieur à celui de la province du Jiangxi où il s’élève à 870 CNY. Malgré un phénomène de rattrapage (entre 2000 et 2011, le taux de croissance annuel moyen du salaire moyen était de +15,2% dans les provinces du Centre et de +14,3% dans les provinces de l’Ouest contre 13,8% dans les provinces de l’est de la Chine), les écarts demeurent encore importants . Le développement des provinces du Centre et de l’Ouest de la Chine fait partie des objectifs du 12ème plan quinquennal et doit favoriser l’installation des industries par le développement des infrastructures. Entre 2000 et 2005, le taux de croissance annuel moyen des exportations produites dans les régions de l’Est était de 26% contre 20% pour les régions du Centre et 21% pour les régions de l’Ouest. Mais entre 2006 et 2012, les taux de croissance annuels moyens des exportations produites dans les régions du Centre et de l’Ouest s’établissent à 19% et 23% respectivement et dépassent celui des régions de l’Est, qui n’est plus que de 13%.

Les prix de l’énergie, aujourd’hui souvent favorables à l’industrie, tendent à se libéraliser

Face à la pression du marché, le gouvernement chinois tend à progressivement libéraliser les prix de l’énergie, mais les industriels bénéficient encore de tarifs administrés avantageux. A l’origine, les prix de l’énergie – pétrole, charbon et électricité – étaient établis par les organes administratifs et non par le marché. Le gouvernement chinois a cessé de fixer les prix du charbon dès 1993, mais les prix de l’électricité demeurent fixés par le gouvernement par le biais de la National Development and Reform Commission (NDRC). L’objectif est de contenir l’inflation et de prévenir toute envolée des prix qui pourrait avoir un impact trop important sur le secteur industriel. Malgré l’annonce en 2002 par le Conseil des affaires d’Etat d’un programme de restructuration du secteur de l’énergie avec l’objectif in fine de mettre en place des marchés compétitifs de vente en gros et au détail de l’électricité, les réformes n’ont pas eu lieu et les prix de l’électricité sont restés administrés par la NDRC. Ainsi, en août 2008, le gouvernement a augmenté les prix de gros de l’électricité mais n’a pas augmenté les prix au détail ce qui s’est traduit par des pertes pour les entreprises de réseau. En 2008, pour faire face à la crise financière, certains gouvernements locaux ont remis en place les tarifs d’électricité préférentiels qui avaient été supprimés en 2006 par la NDRC pour les industries très consommatrices d’électricité . Alors que les prix du charbon ont plus que triplé depuis 2003, les prix de l’électricité sont restés rigides et n’ont pas suivi la hausse des prix du charbon . En réponse aux pertes du secteur de l’énergie, la NDRC a annoncé en 2005 un mécanisme temporaire d’ajustement automatique des prix de l’électricité en fonction des mouvements du prix du charbon. Mais ce mécanisme a été suspendu après 2006 en raison des inquiétudes liées à l’inflation. L’augmentation des prix du charbon alors que les prix de l’électricité restent stables entraîne des pertes chez les producteurs d’électricité à base de charbon. A terme, le gouvernement chinois sera donc contraint soit d’augmenter les prix de l’électricité administrés, soit de laisser le marché déterminer les prix de l’électricité. Dans les deux cas, cela se traduirait par une hausse des prix de l’électricité pour les industriels qui bénéficient encore de tarifs compétitifs avec un kWH à 7,4 cents USD . Pour ce qui est du pétrole, la NDRC ajuste le prix du baril de brut en fonction d’un panier de trois prix internationaux : le baril de Brent, de Dubai et de Cinta, lorsque ces prix enregistrent une fluctuation supérieure à 4% sur 22 jours. Mais en cas de hausse trop importante, la NDRC peut ne pas effectuer l’ajustement afin de prévenir toute tendance inflationniste . Cette situation de tarifs énergétiques avantageux pourrait ne pas perdurer : dans son 12ème plan quinquennal la Chine s’est fixé un objectif de réduction de son intensité énergétique par unité de PIB de -16%. Accélérer les réformes visant à libéraliser les prix de l’énergie permet de créer les incitations pertinentes en faveur de l’efficacité énergétique.

Le marché des terrains industriels a été réformé afin de mieux refléter l’offre et la demande tandis que les prix des locaux de bureaux enregistrent de fortes hausses

Face à la raréfaction des terrains en Chine, le prix des terrains pourrait s’apprécier dans les prochaines années. En Chine, les terrains appartiennent à l’Etat en zone urbaine ou aux collectivités territoriales dans les zones rurales. A l’origine, le prix des terrains dans le secteur résidentiel était déterminé par la loi de l’offre et de la demande tandis que le prix des terrains destinés à un usage industriel était négocié auprès des autorités locales. Les gouvernements locaux qui sont évalués en fonction de critères économiques tels que la croissance du PIB, l’emploi ou encore les recettes fiscales avaient donc intérêt à louer les terrains à bas coût voire à prix nul afin d’attirer des entreprises susceptibles de générer de la croissance et de l’emploi . Mais en raison d’une raréfaction des terres disponibles due aux progrès rapides de l’urbanisation et de l’industrialisation , le système de vente par enchère pratiqué dans l’immobilier résidentiel et commercial a été étendu au secteur industriel au 1er janvier 2007 et la circulaire 307 du ministère des ressources et de l’aménagement du territoire introduit un prix minimum pour les terrains à usage industriel. Cette règle qui renforce significativement le prix des terrains a fait l’objet d’une résistance de beaucoup d’autorités locales davantage intéressées par les revenus liés aux taxes que par les revenus provenant des terrains. En 2009, ce ministère a modifié les règles afin de permettre aux autorités des villes et comtés d’établir un prix de base après avoir pris en considération les résultats des évaluations de terrains, la politique de l’offre de terrains, le prix minimum standard et d’autres facteurs . On note cependant qu’entre 2008 et 2012, le prix des terrains à usage industriel a enregistré une croissance annuelle moyenne très modeste de 1%, contre 1,98% pour les terrains destinés au résidentiel . Les hausses des prix ont été plus importantes pour les locaux destinés aux bureaux. Entre 2000 et 2012, les prix des bureaux dans l’ensemble de la Chine ont été multipliés par près de 2,6 avec une croissance annuelle moyenne de 8,3% sur l’ensemble de la période. Cette croissance a été particulièrement forte dans les provinces du Centre et de l’Ouest de la Chine où les taux de croissance annuels moyens des prix des locaux destinés aux bureaux ont atteints respectivement 13,0% et 11,0% entre 2000 et 2012 multipliant les prix par 4,3 et 3,8 sur la période. Alors qu’en 2000, les prix des locaux destinés aux bureaux dans le Centre et l’Ouest de la Chine représentaient respectivement 41,2% et 47,9% du prix des locaux dans les provinces de l’Est de la Chine, cette part a atteint respectivement 68,7% et 64,7% en 2012. Ainsi, outre la forte croissance des prix des locaux destinés aux bureaux, on assiste à un rattrapage des prix des provinces du Centre et de l’Ouest de la Chine avec les prix de l’Est de la Chine .

La volonté du gouvernement de favoriser la consommation devrait à terme avoir un impact à la hausse sur le coût du capital

En Chine, le régime des taux d’intérêt est administré : la Banque Centrale fixe le taux d’emprunt et le taux de rémunération des dépôts de référence aux banques commerciales ainsi qu’une marge de déviation autorisée autour de ce taux. En raison du faible taux de rémunération des dépôts associé à un taux d’épargne des ménages élevé, les banques bénéficient d’un solide flux de fonds bon marché qu’elles peuvent prêter à un taux bas aux entreprises et plus particulièrement aux entreprises d’Etat. Ainsi entre les années 1990 et 2011, la moyenne du taux de prêt réel annuel se situait à 1,6%, l’un des taux les plus bas parmi les 150 pays dont les données sont disponibles, et bien inférieur à la plupart des pays à moyen-hauts revenus . Selon les données de la Banque mondiale, entre 2005 et 2009, le taux d’intérêt effectif réel auquel étaient soumises les entreprises cotées chinoises était de 2,5% par rapport à une moyenne mondiale de 2,75% . De faibles taux d’intérêts permettent de diminuer le coût du capital et ainsi d’accroitre la compétitivité de l’industrie notamment lorsque son intensité capitalistique est importante. La rente est partagée entre l’industrie et la banque qui bénéficient du spread entre le taux d’intérêt sur l’emprunt et le taux de rémunération des dépôts, aux dépends des épargnants. Une politique de taux d’intérêts bas contribue donc à favoriser une économie tournée vers l’exportation et l’investissement au détriment de la consommation interne . Cependant, l’objectif affiché du gouvernement de rééquilibrer la croissance en faveur de la consommation interne et de libéraliser les taux d’intérêt devrait se traduire à terme par une hausse des taux notamment pour les projets qui comportent un risque plus élevé.

II. L’industrie chinoise entend favoriser des productions à plus haute valeur ajoutée

Le dynamisme des industries intensives en main d’œuvre s’essouffle au profit des industries de pays moins développés

L’étude de l’évolution de la part de la Chine dans les importations de textiles (HS 61, HS 62 et HS 64 ) et de jouets (HS 95) du premier importateur mondial, les Etats-Unis, entre 2005 et 2011 révèle que l’impact de la hausse des coûts sur les industries chinoises intensives en main d’œuvre est encore modéré malgré un léger repli depuis 2009 pour l’industrie des jouets et à partir de 2010 pour l’industrie textile au profit de pays moins développés comme le Vietnam, l’Indonésie, le Cambodge ou le Laos. En 2011, la Chine représente encore plus de 82% des parts de marché des importations américaines de l’industrie des jouets et 36,1%, 40,6% et 73,8% respectivement des parts de marché des industries textiles (HS 61, HS 62 et HS 64). Cependant, les taux de croissance annuels moyens entre 2005 et 2011 enregistrés par la Chine pour ses exportations vers les Etats Unis de HS 61, HS 62, HS 64 et HS 95 – respectivement de 14,9%, 6,6%, 4,7% et 2,8% - sont bien inférieurs aux taux de croissance annuels moyens enregistrés par le Vietnam, le Laos, le Cambodge et l’Indonésie. Ainsi le Vietnam enregistre un taux de croissance annuel moyen de ses exportations de jouets vers les Etats-Unis de 30,7% et l’Indonésie de 12,3%. Dans le textile HS 61, le Vietnam, l’Indonésie, le Cambodge et le Laos enregistrent respectivement des taux de croissance annuels moyens de leurs exportations vers les Etats-Unis de 22,4%, 22,1%, 12,8% et 53,1%. Dans le textile HS 64, les taux de croissance annuels moyens des exportations vers les Etats-Unis enregistrés par le Vietnam, l’Indonésie et le Cambodge s’établissent respectivement à 19,0%, 6,8% et 395,9%. Ainsi, dans les industries à faibles valeur ajoutée et forte intensité de main d’œuvre, malgré la prépondérance de la Chine qui conserve des parts de marché nettement supérieures à des pays offrant une meilleure compétitivité coût sur la main d’œuvre, celle-ci semble progressivement laisser la place aux pays tels que le Vietnam, le Cambodge, le Laos ou l’Indonésie.

Les industries intensives en capital se maintiennent

La compétitivité coût de ces industries intensives en capital est toujours significative et les parts de marché de la Chine continuent de progresser dans les industries des machines électriques et électroniques et d’appareils de son et d’image HS 84 et HS 85 ainsi que l’industrie de véhicules terrestres HS 87 qui requièrent moins de travailleurs peu qualifiés et plus de matières premières, des machines et des spécialistes et nécessitent un processus de production intensif en capital. C’est pourquoi la baisse de l’offre de travailleurs peu qualifiés et bon marché n’a pas eu un impact déterminant sur ce secteur au vu de l’évolution des exportations chinoises de ces industries vers les Etats-Unis. Ainsi, entre 2005 et 2011, les taux de croissance annuels moyens des importations américaines en provenance de Chine de HS 84 et de HS 85 s’élevaient respectivement à 10,3% et 10,9 % et en 2011, la Chine représentait un peu moins du tiers des importations de HS 84 et 35,4% des importations de HS 85 américaines. De plus, même si la Chine ne détient que 4,0% des parts de marché américaines de voitures automobiles, tracteurs, cycles et autres véhicules terrestres (HS 87), les exportations chinoises ont enregistré une forte progression entre 2005 et 2011, avec un taux de croissance annuel moyen de 11,7%. Cependant, la Chine doit faire face à la concurrence d’autres pays qui, s’ils ne détiennent pas encore de parts de marché significatives, enregistrent une croissance de leurs exportations à destinations des Etats Unis plus dynamique que la Chine. Ainsi si les parts de marché de l’Inde et du Vietnam dans les importations américaines de HS 84, de HS 85 et de HS 87 sont inférieures à 1%, entre 2005 et 2011, ces pays enregistrent un taux de croissance annuel moyen de respectivement 16,3 et 29,2% pour les importations de HS 84, de 11,7 et 48,5% respectivement pour les importations de HS 85 et de 13,1 et 27,% respectivement pour les importations de HS 87.

III. La Chine dispose d’atouts pour continuer à développer sa compétitivité

Le niveau de l’éducation en Chine demeure insuffisant

L’éducation et la formation constituent les piliers de la compétitivité. Des travailleurs mieux éduqués sont en général plus productifs et peuvent également avoir une influence positive sur la productivité de leurs collègues de travail. Des stocks plus importants de capital humain facilitent les investissements dans le capital physique et améliore la diffusion des nouvelles technologies en augmentant la production par travailleur . La Chine a réalisé des progrès considérables en matière d’éducation, en 1970 la population chinoise âgée de plus de 15 ans avait en moyenne 3,4 années de scolarité, en 2010, ce chiffre est passé à 8,16 années, soit plus qu’au Brésil, en Inde ou en Indonésie . Mais le niveau atteint est encore faible selon les critères de l’OCDE et elle doit poursuivre ses efforts si elle souhaite prendre une part plus importante dans l’économie du savoir . Les disparités sont encore importantes entre les régions Centre et de l’Ouest de la Chine où le taux d’illettrisme se situe entre 21 et 40% et les régions de l’Est du pays où il est inférieur à 10% . De même, le taux d’inscription dans le secondaire atteint 90% dans les villes de Shanghai ou de Pékin, mais il se situe aux alentours de 60% dans les provinces du Tibet, de Guizhou, du Guangxi ou de Hainan . De plus, la Chine manque de talents et les entreprises multinationales comme les employeurs locaux peinent à trouver les compétences qu’ils recherchent pour les postes les plus qualifiés . En 2005, une étude de McKinsey révélait que les 1,6 millions de jeunes ingénieurs que comptait la Chine avaient trop peu d’expérience pratique et concluait que seuls à peine 160 000 d’entre eux avaient les qualifications nécessaires pour travailler dans des entreprises multinationales, soit un nombre qui n’était pas plus élevé qu’au Royaume-Uni et qui représentait un ratio de 10% contre 25% en Inde . Le système éducatif chinois doit donc s’améliorer pour fournir aux étudiants et travailleurs les compétences nécessaires afin de pouvoir maîtriser et développer les nouvelles technologies mais aussi mettre davantage l’accent sur la créativité et l’entrepreneuriat.

La Chine peut encore améliorer son réseau logistique

La Chine a réalisé des progrès remarquables en matière de logistique. Selon une enquête de la Banque Mondiale réalisée auprès de membres du personnel opérationnel sur le terrain (transitaires mondiaux et transporteurs) en 2012, 55% des personnes interrogées sur les procédures de déclaration douanières et 53% des personnes interrogées sur les autres procédures d’autorisation estiment que les conditions se sont améliorées voire beaucoup améliorées depuis 2009. De même respectivement 68% et 80% des personnes interrogées estiment que la situation s’est améliorée voire beaucoup améliorée dans les infrastructures d’échanges et de transport ainsi que dans les infrastructures d’IT et de télécommunications. Enfin, 43% et 40% des personnes interrogées considèrent respectivement que la réglementation liée à la logistique et que les incidences de corruption se sont améliorées voire beaucoup améliorées. Cependant, malgré des progrès significatifs enregistrés par le système logistique chinois, encore moins de 50% des personnes interrogées évaluent comme élevée ou très élevée la qualité du service fourni en Chine dans les transports routiers et ferroviaires ainsi que par les agences de douane ou de contrôle, les services d’entrepôts et les commissionnaires en douane… A peine 51% des personnes interrogées qualifient la compétence et la qualité du service fourni dans le transport aérien comme élevée ou très élevée. Sur les questions relatives aux coûts, près du tiers des personnes interrogées estiment que les frais d’agents sont élevés voire très élevés. La proportion des personnes interrogées qui considèrent que les frais portuaires, aéroportuaires, de transport routier, de transport ferroviaire ou d’entreposage et de transbordement sont élevés voire très élevés s’établit entre 32% et 56%. Depuis 2001, les coûts de logistique représentent plus de 18% du PIB ce qui est élevé en comparaison avec les pays développés où les coûts de logistique sont en général inférieurs à 10% du PIB . En décembre 2012, le Conseil des affaires de l’Etat a annoncé une batterie de mesures afin de réduire les coûts logistique en Chine.

La Chine peut tirer profit de son fort potentiel de consommation

Grâce à son vaste marché intérieur, la Chine dispose d’un fort potentiel de consommation. En 2011, le revenu disponible personnel urbain annuel s’élevait à 2 302 USD alors que le revenu disponible personnel annuel s’élevait à 15 886 USD en moyenne pour les dix nations les plus compétitives selon le classement réalisés par Deloitte et le Conseil américain sur la compétitivité . Cependant, le revenu disponible annuel a connu une croissance annuelle moyenne entre 2001 et 2011 de 16,5% . La classe moyenne chinoise augmente rapidement et devrait doubler d’ici à la prochaine décennie ce qui devrait soutenir la demande interne et permettre aux industries implantées sur le marché chinois de réaliser de vastes économies d’échelle. L’objectif affiché du gouvernement de rééquilibrer la croissance en faveur de la consommation interne devrait aussi favoriser le développement d’un vaste marché chinois.

En raison de distorsions de coûts, les industries en Chine ont pendant longtemps bénéficié de faibles coûts qui leur ont permis d’assurer leur compétitivité à l’international. Cette situation est en train de changer progressivement d’une part en raison du développement économique de la Chine et d’autre part sous la pression croissante de la libéralisation des marchés. L’augmentation du coût des intrants n’a pas encore eu d’impact significatif en Chine mais sur le long terme la tendance à la hausse des coûts devrait s’accentuer et la Chine ne pourra maintenir son avantage compétitif que si elle se recentre vers des activités à plus haute valeur ajoutée. De plus, si la Chine souhaite continuer à attirer les industries, elle doit renforcer son système éducatif et logistique, mais aussi tirer parti du formidable potentiel de son marché intérieur. La Chine devra également mieux prendre en considération la préservation de son environnement dont les dégradations sont susceptibles sur le long terme de remettre en cause la disponibilité de ses ressources et donc de nuire à sa compétitivité. Etant donné que les producteurs ne compensent pas toujours les dommages liés à l’environnement, les coûts de production à court terme sont réduits aux dépens d’un développement durable pour l’ensemble de l’économie et de la société . Le gouvernement chinois a pourtant affiché sa volonté de progresser sur ce terrain, et l’orientation donnée en 2011 par le Premier ministre Wen Jiabao, de privilégier une croissance soutenable par rapport à une croissance économique rapide avec dégradation de l’environnement et perte des ressources naturelles, a été confirmée par les nouvelles autorités chinoises.

Marie Urban

Service Economique Régional de Pékin

Dernière modification : 28/03/2013

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