La Gazette de Changhai - 96 : Changhai la catholique – l’état de la chrétienté à l’aube des traités

Malgré les nombreux édits proscrivant la pratique de la religion chrétienne en Chine, de nombreux missionnaires étrangers résidaient illégalement dans le pays et faisaient des émules. Une fois les traités signés, ceux-ci n’eurent de cesse d’essayer de récupérer les biens de l’Eglise confisqués depuis longtemps.

L’état de l’Eglise à la signature des traités

Jusqu’à la signature des premiers traités entre les puissances occidentales et la Chine, tous les missionnaires européens présents sur le sol chinois s’y trouvaient en fraude. Tous avaient franchi les frontières sans passer par la grande porte et, à l’exception de ceux qui se trouvaient à la cour de l’empereur ou en prison à Canton, tous les autres étaient en séjour irrégulier.

Les mandarins les accusaient de troubler l’ordre public en prônant une religion qui était interdite depuis le règne de Kangxi.

Ainsi plusieurs d’entre eux furent pris et emprisonnés ou expulsés à Macao.

Les récidivistes se trouvèrent être condamnés et parfois même exécutés, comme ce fut le cas pour Gabriel Taurin Dufresse, vicaire apostolique du Sichuan où il arriva pour la première fois en 1775, arrêté à deux reprises, évadé et repris, puis expulsé en 1784. En 1789 il prit un autre nom chinois et revint dans le pays. Il fut finalement arrêté en 1815, démasqué et condamné à mort.

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Gabriel Taurin Dufresse

Francois Clet, prêtre des Missions Etrangères, fut également arrêté et décapité en 1819.

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François Régis Clet

Outre ces cas connus, de nombreux autres furent arrêtés et torturés, ainsi que des centaines de chrétiens chinois d’ailleurs.

Malgré cette chasse aux chrétiens, les diocèses, vicariats apostoliques et préfectures chrétiennes passèrent de 6 en 1800 à 13 en 1842.

En 1810, d’après un rapport de Marchini – procureur des missions italiennes en Chine - il y avait 31 missionnaires étrangers en Chine, 80 prêtres chinois et environ 215.000 chrétiens.

En 1842, on comptait quatre groupements religieux en Chine :

Les missionnaires italiens envoyés par la Propagande de Rome, un groupe hétéroclite formé de Franciscains, de Carmes, d’Augustins, de Bénédictins et de prêtres séculiers.

Les prêtres de la Congrégation de la Mission, c’est-à-dire les Lazaristes, dont le nombre était de 54 en 1840, dont 18 Français, 6 Portugais et 30 Chinois.
Les prêtres des Missions Etrangères dont le nombre était estimé à 12.
Les Dominicains espagnols du Fujian, qui étaient au nombre de 7.

Se trouvaient à Macao les représentations de chaque ordre, ainsi que le Collège de Saint-Joseph, fondé par les Jésuites en 1784 et qui formait les prêtres chinois, indochinois et siamois.

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Collège Saint Joseph – Hong Kong au XIXème

Les affaires de Changhai et Song Jiang.

Dès la signature de l’édit sacré, Monseigneur Louis de Bési, qui avait été envoyé par le pape Grégoire XVI pour faire l’état des missions chrétiennes en Chine et pour les restaurer, s’employa avec le père Gotteland à récupérer les biens de l’Eglise de Changhai confisqués depuis plus d’une centaine d’années.
En accord avec Rutherford Alcock, premier consul britannique installé à Changhai en 1843, ils manigancèrent un plan qui faisait intervenir un jeune jésuite français, le père Mathurin Lemaitre, neveu et ancien secrétaire de Monseigneur Bouvier, évêque du Mans.

Celui-ci se présenta avec le consul en tant que représentant officiel du gouvernement français et exigea la restitution de toutes les propriétés de la Mission Catholique.
Le Taotai de Changhai, bien au fait des clauses de l’édit, refusa de rendre l’ancienne église qui entre temps avait été convertie en pagode dédiée au Dieu de la guerre, mais accepta de compenser la chose par l’octroi de trois terrains dont un sur lequel se situait une pagode dédiée à la famille Tchang.
Les bonzes de la pagode cédèrent les lieux sous la menace et les coups, faisant ainsi péniblement penser à la fable chinoise : « La tourterelle s’empare du nid des pies »

Forts de leur victoire, les religieux s’employèrent à se voir restituer l’ancienne église de Song Jiang, située en dehors de la Concession Française. Les négociations furent entreprises par l’intermédiaire de chrétiens chinois. Les menaces de l’envoyé français eurent l’effet inverse qu’escompté et les chrétiens se virent menacés de persécution et d’exaction. Aussi l’affaire se tassa très vite et l’église ne fut jamais récupérée.

La question de restitution des biens de l’Eglise empoisonna les relations entre la France et la Chine pendant 20 ans, avant qu’un accord (la convention Berthémy) ne fut signé en 1865. La non concordance des textes chinois et français prolongera cependant le malentendu pendant toutes les années de la présence européenne en Chine.

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Collège Saint Joseph – Hong Kong aujourd’hui.

Le développement de la Concession Française va voir se multiplier les constructions d’édifices religieux à Changhai : c’est ce que nous verrons dans le prochain article. Restez branchés….

Dernière modification : 07/10/2016

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