Spécialités
On croyait révolue l’époque où le jazz français se résumait à la guitare manouche et à l’accordéon swing. Or les revoici sur le devant de la scène. Entre les mains de générations grandies dans la tradition, mais exposées à cette diversité du monde moderne que reflète l’œuvre polymorphe de Biréli Lagrène, la guitare manouche a profité d’affinités avec la chanson française (Sanseverino) et de l’irruption à ses côtés d’un accordéon assez décomplexé pour revendiquer son héritage populaire, avec le style New Musette de Richard Galliano. Ce dernier a montré à ses nombreux émules la voie d’un accordéon cosmopolite, en repartant sur les routes qu’emprunta l’instrument lorsque, au début du xxe siècle, il entreprit de conquérir le monde, du Brésil aux Balkans.
Métissages
Paris est une plaque tournante. On y vient des quatre coins d’Europe et des États-Unis pour recruter bassistes, batteurs et percussionnistes africains, antillais ou maghrébins, tandis que certains y confrontent leurs racines à d’autres rythmiques (comme le guitariste Nguyên Lê, d’origine vietnamienne, avec Maghreb & Friends). C’est sur cette terre d’accueil musicale que se côtoient l’Italien Paolo Fresu, le Hongrois Gabor Gado, le Belge David Linx ou le pianiste bosniaque Bojan Z (pour Zulfikarpasic), qui initia aux rythmes balkaniques le saxophoniste Julien Lourau. Ce dernier vient de sortir, en 2007, Vs Rumbabierta, un disque de rumba cubaine enregistré avec des musiciens latins rencontrés dans la capitale française.
Parrains
Parmi les vétérans qui gardent le contact avec les générations montantes, on trouve un Italien (Riccardo del Fra) et un Suisse (Daniel Humair). Le premier, ancien contrebassiste de Chet Baker et actuel directeur de la classe de jazz du Conservatoire national supérieur de Paris, a réuni au sein du Jazzoo Project quelques-uns des plus brillants de ses anciens étudiants. Le second baigne sa batterie à la fontaine de jouvence de son Baby Boom : le guitariste Manu Codjia, le contrebassiste Sébastien Boisseau, les saxophonistes Mathieu Donarier et Christophe Monniot y sont représentatifs d’une nouvelle garde qui, sur le modèle de son parrain, privilégie l’élégance des gestes et l’exigence des formes, loin des dogmes des avant-gardes et de la frilosité des arrière-gardes.
Capitale
Les clubs parisiens sont des lieux de confrontation et d’effusion entre héritiers des grands modèles du jazz américain (Pierrick Pédron), affranchis (les frères Belmondo) et un peu fous (le Sacre du Tympan). Depuis peu, les filles y ont fait irruption en chefs d’orchestre ou en virtuoses d’instruments réputés virils, comme la trompette (Airelle Besson) ou la batterie (Anne Paceo). Un soir, on découvre par hasard la saxophoniste Géraldine Laurent jouant entre les tables d’un bar de quartier. Le lendemain, son nom est sur toutes les lèvres. En janvier 2007, elle s’envole pour New York afin de représenter la France lors de rencontres internationales et se retrouve au sommaire du New York Times.
Régions
D’autres préfèrent se tenir à l’écart des pressions de la capitale afin de préserver leur indépendance. C’est en enfant du pays de Gex (Jura, à l’est de la France) et en familier de la scène électro-hip-hop de Lausanne (en Suisse romande) qu’Erik Truffaz conçut, loin de Paris, le quartette devenu l’une des locomotives du légendaire label Blue Note. Ainsi se sont constituées à Marseille, à Lyon, à Mâcon et à Lille des scènes originales. À Nantes, c’est une véritable pépinière qui grandit depuis dix ans autour du saxophoniste Alban Darche et des déclinaisons de son grand ensemble, le Gros Cube. En 2006, il signait en trio Trickster, l’un des disques les plus tranquillement groovy de la saison.
Franck Bergerot
Rédacteur en chef adjoint du magazine Jazzman
Où écouter du jazz à Paris ?
Au cœur de Paris, la rue des Lombards est incontournable. On y passe du Duc des Lombards, le plus classique, au Baiser salé, le plus métissé, sans oublier les Sunset et Sunside, les plus branchés. On aurait cependant tort de s’en tenir à ces quatre adresses : les futures stars des Lombards se profilent bien souvent dans l’île Saint-Louis au Franc Pinot (le plus be-bop), dans le Marais aux 7 lézards (plus audacieux) ou rue Lepic au club Autour de minuit (tout à la fois plus classique et plus éclectique). Toujours à Paris, on recherchera la prise de risque aux Voûtes dans le quartier de la Grande Bibliothèque(la Bibliothèque nationale de France, dans le 13e arrondissement), à l’Olympic au nord de la Goutte d’or, au Zèbre à Belleville ou à l’Atelier du plateau sur les Buttes-Chaumont. On s’aventurera, enfin, aux portes de la capitale, mais à portée de métro, au Jazz Club Lionel Hampton de l’hôtel Méridien de la porte Maillot, au Trabendo du parc de la Villette (où le Paris Jazz Big Band est en résidence), au Triton des Lilas (l’alternative au consensus de la rue des Lombards) et aux Instants chavirés de Montreuil (refuge du radicalisme).
Sur les ondes
Internet permet aujourd’hui d’écouter dans le monde entier les radios qui font la part belle au jazz français. France Musique (http://www.radiofrance.fr/francemusique/accueil/) autorise l’audition de ses émissions en différé, et notamment Le Jazz probablement (programme thématique), Jazz de pique jazz de cœur (rencontre hebdomadaire avec un artiste), À l’improviste (autour de l’improvisation), Jazz Club (en direct des clubs parisiens), Jazz sur le vif (diffusion des concerts de Radio France). En direct, on gardera l’oreille sur TSF (www.tsfjazz.com) qui diffuse du jazz 24 heures sur 24.
F. B.




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