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Actualités en France - 10-07

J.O. : qualité de l’air à Pékin

Paru le : 9 mai 2008
La qualité de l’air est une préoccupation constante des villes olympiques. Pékin y a consacré une indéniable énergie. Point de vue d’un chercheur.

Depuis les années 1980, les questions de qualité de l’air dans les villes olympiques ont cristallisé une attention grandissante de la part du public. Toutes, à l’exception de Sydney en 2000, ont eu à gérer des problèmes de pollution atmosphérique. Comment oublier le smog de Los Angeles en 1984, les fortes concentrations de particules fines dans l’air de Séoul en 1988, ou les pics d’ozone hors normes d’Athènes il y a quatre ans ? Toutes ont fait d’importants efforts structurels et d’organisation pour limiter les niveaux d’exposition des athlètes et des visiteurs. Pékin, plus que toute autre, parce qu’elle partait de plus loin, y a consacré une énergie indéniable.

La qualité de l’air s’est-elle améliorée ? La question est légitime. Un consultant indépendant en environnement nommé S. Andrews s’est attaché à y répondre dans une étude qui n’est pas encore parue mais dont le Wall Street Journal-Asia d’abord, puis le New York Times et plus récemment le magazine Time se sont faits les échos [1] . Il faut dire que sa conclusion est cinglante : « L’augmentation, année après année, du nombre de jours de ciel bleu serait le résultat de manipulations de la part de Pékin ».

Il semble ici qu’à la crispation des communicants chinois sur les questions d’environnement, M. Andrews oppose une rigidité d’analyse. Son argumentaire tient en trois points qu’il convient de corriger ou de nuancer. Tous trois s’appuient sur le seul indice de pollution de l’air, API, édité quotidiennement par les autorités (www.mep.gov.cn/quality/air.php3).

1/ “In 2000, the city stopped including measurements of nitrogen oxides in its tabulations of the air pollution index, and instead measured nitrogen dioxide.” Time Magazine

“The new standard for nitrogen dioxide was much less stringent than the old standard for nitrogen oxides (…).” Wall Street Journal Asia

[« En 2000, la ville a arrêté de prendre en compte les concentrations d’oxydes d’azote (NO et NO2) dans le calcul de son indice de pollution, et se contente depuis des seules valeurs de NO2. » Time

De plus, « la nouvelle norme pour le NO2 a été fixée à un niveau beaucoup moins contraignant que l’ancienne norme pour les oxydes d’azote. » WSJ-Asia]

Ces deux assertions sont incorrectes. D’abord parce que ce changement de normes n’a pas été propre à Pékin seulement mais à l’ensemble de la Chine. Ensuite parce que ce pays imitait sur ce point précis, comme sur plusieurs autres dans le domaine de la surveillance de l’environnement, la révision qui a eu lieu la même année aux Etats-Unis. Enfin, parce que la norme annuelle établie par la Chine (100 microgrammes/m3 d’air) est plus contraignante que celle établie par l’US EPA (120 microgrammes/m3 d’air).

2/ “The Beijing API is an average of data from selected monitoring stations. (…) In 2006, (…) two stations monitoring traffic were dropped from the city API calculations, while three additional stations in less polluted areas were added.” Wall Street Journal Asia

[« L’indice de pollution édité quotidiennement par Pékin est obtenu en faisant la moyenne des API de plusieurs stations de surveillance. En 2006, deux stations de trafic ont été retirées du calcul de l’API moyen, alors que trois nouvelles stations situées dans des zones moins polluées entraient en considération » WSJ-Asia]

Ce constat est biaisé et imprécis. Il est biaisé car figé derrière un mode de lecture ne tenant pas compte de l’évolution rapide de la capitale chinoise qui s’étale pour accueillir une population croissant exponentiellement depuis 20 ans. La stratégie de suivi de sa pollution se doit de suivre cette évolution. Les deux stations effacées de la liste, placées en 1983 au bord de rues où ne passaient alors que quelques dizaines de voitures par heure, se sont retrouvées dans les années 2000 à proximité d’avenues élargies ou parfois nouvellement percées. De stations alors représentatives de l’« air ambiant », elles ont été avec raison reclassées en « stations de trafic ». Or, et Andrews ne le précise pas, aucun indice de pollution atmosphérique, en Europe ou aux Etats-Unis, n’intègre les données de stations de trafic [2]. Imprécis aussi car les stations placées au-delà du 4ème périphérique, où les grues et les immeubles disputent le paysage aux cheminées d’usines, ne présentent pas systématiquement, loin de là, des niveaux inférieurs à ceux observés en centre-ville [3].

3/ “An API of 100 or less is a "blue sky" day. (…) The likelihood of an API just below (API 96-100) or just above (API 101-105) the "blue sky" boundary should be approximately equal. But China’s results don’t correspond to that statistical rule. (…) In 2006, 49 days had fine particulate values equivalent to an API between 96 and 105, and 98% of those were reported as "blue sky" days”. Wall Street Journal Asia

[« Une valeur 100 ou inférieure de l’API correspond à un « jour de ciel bleu ». (…) La probabilité pour qu’une valeur de l’API se trouve juste dessous (API 96-100) ou juste au-dessus (API 101-105) de la valeur 100 est statistiquement la même. Mais les résultats en Chine ne satisfont pas à cette règle statistique. En 2006, sur 49 jours aux API compris entre 96 et 105, 98% se trouvaient sous la barre des 100. » WSJ-Asia]

C’est vrai, et ce défi aux lois de la statistique met en lumière le filtre politique qui est appliqué sur cet indice. D’un coup de gomme, un API de 102 par exemple est ramené à 97 ou 98. La facilité de cet « ajustement » relativise au passage la complexité des deux arguments techniques précédents. Soulignons toutefois, sans vouloir le minimiser, qu’un coup de gomme modifiant l’API de 5 unités est somme toute insignifiant au regard de l’incertitude de 15% à 25% associée partout dans le monde aux mesures de pollution, et donc aux indices. Un API de 100 s’entend en effet comme une valeur comprise entre 75 et 125.

Il ne paraît pas, en conclusion, nécessaire d’assombrir le paysage. La situation reste bien entendu difficile, et les premiers concernés sont les organisateurs chinois des Jeux olympiques. Des efforts importants, que peu de pays seraient prêts à consentir, sont prévus pour que, au moment des Jeux, la Chine du Nord enregistre le minimum de pics de pollution. Il ne reste qu’à espérer que le régime des précipitations et des vents soit de la partie.

Benjamin GUINOT

Benjamin GUINOT est spécialiste au CNRS de la pollution atmosphérique et de ses impacts sanitaires. Résident à Pékin, il a notamment mené ces cinq dernières années plusieurs coopérations scientifiques avec la municipalité.


[1]Editions du 9 Janvier, 10 Janvier et 14 Mars 2008 respectivement

[2]Depuis 2007, l’initiative européenne Air Quality Now présente sur son site Internet www.airqualitynow.eu des indices différentiés pour l’air ambiant et le trafic routier

[3]Observations faites sur la base des indices API journaliers disponibles pour 27 stations dans Pékin sur www.bjepb.gov.cn/air2008/Air.aspx




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