Interview du mois - septembre 2007 : Chow Ching Lie

Née à Shanghai à l’époque des concessions, virtuose du piano, Chow Ching Lie devenue auteur à succès grâce à son « Palanquin des Larmes », a choisi de se réinstaller dans sa ville natale.

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Interview du mois - septembre 2007 : Chow Ching Lie

Paru le : 18 septembre 2007 / Dernière mise à jour : 9 février 2011
Née à Shanghai à l’époque des concessions, virtuose du piano, Chow Ching Lie devenue auteur à succès grâce à son « Palanquin des Larmes », a choisi de se réinstaller dans sa ville natale.
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Chow Ching Lie

Quel souvenir gardez-vous de votre jeunesse ?

Je me suis mariée fin 1949, juste avant la promulgation de la loi interdisant les mariages arrangés alors que j’aspirais à être une jeune fille libre. D’où le sentiment d’avoir perdu tout contrôle de ma propre existence.

Pourquoi avoir choisi la France comme terre d’exil en 1962 ?

Mon professeur de piano qui avait été l’élève de Marguerite Long à Paris, m’a recommandé de suivre ses cours. Je venais de perdre mon mari, et devais subvenir aux besoins de mes deux enfants. Ce fut donc avec l’assentiment de mes beaux-parents que j’ai quitté Hong-Kong pour la France.

Quels défis avez-vous dû relever ?

Grâce à un travail acharné, j’ai remporté en huit mois le premier prix du concours de piano de l’Académie privée de Marguerite Long. J’ai suivi les cours de l’Alliance Française pendant quelque temps. Mes revenus de pianiste étant insuffisants, j’importais des articles de Hong-Kong que je revendais en faisant du porte à porte. Ma vie était toute entière consacrée à ma famille, et au travail. Je n’avais aucun loisir, mais mes parents, issus d’un milieu modeste, avaient consenti de gros sacrifices pour mon éducation, et il était de mon devoir de les aider.

Quelles circonstances vous ont amenée à publier votre premier ouvrage ?

J’ai commencé à écrire pour évacuer les souffrances accumulées. Les premiers éditeurs contactés à Hongkong et aux Etats-Unis ont refusé mon manuscrit. En 1973, je jouais au théâtre des Champs Elysées à Paris, le « Concerto du Fleuve Jaune ». C’était la première fois qu’une pianiste chinoise se produisait sur cette scène. Je fus rappelée 7 fois ! Beaucoup de journalistes étaient présents, notamment Georges Walter qui m’introduisit auprès de Robert Laffont. Celui-ci accepta de publier mes écrits. Il me présenta à Joseph Kessel, qui proposa de rédiger la préface du Palanquin des Larmes. Vingt millions d’exemplaires de la version française ont été vendus, après plusieurs rééditions, et une vingtaine de traductions ont été réalisées.

Parlez-nous de votre retour à Shanghai.

Je suis d’abord revenue à Canton en 1970, puis à Shanghai 2-3 ans après. Lors d’une courte visite à mes parents qui venaient de prendre leur retraite, j’ai été frappée par leurs conditions de vie difficiles. Ce sont aujourd’hui mes enfants installés à Shanghai qui m’ont incitée à y revenir.

Comment s’organise votre vie ?

J’ai gardé de nombreuses relations en France, où je retourne régulièrement et où je me produis pour de bonnes causes, telles la recherche contre le cancer, la construction d’écoles dans les pays en voie de développement, et la restauration de monuments historiques. Les changements intervenus en Chine pendant toutes ces années ont contribué à me couper de mes racines. Shanghai ne ressemble en rien à la ville de mon enfance, les conditions de vie y sont bien meilleures. De grands progrès ont été réalisés dans de nombreux domaines. J’ai perdu de vue la plupart de mes amis d’alors, d’où l’impression de découvrir une ville entièrement nouvelle.

Vous avez été professeur de piano. Parlez nous de vos anciens élèves.

Trois d’entre eux réalisent de brillantes carrières internationales : Xu Zhong dirige l’Orchestre philharmonique de Shanghai ; Yue Zhang est Premier Violon à l’Orchestre de l’Opéra de la Bastille ; et Fong Yin, diplômé du Conservatoire national de Paris, vit aux Etats-Unis.

La musique et la littérature ont joué un rôle important dans votre vie . Vous sentez-vous plus attirée par l’une que par l’autre ?

J’ai consacré plus de temps à la musique qu’à la littérature. Cette dernière est plutôt le fruit des circonstances, mais elle m’a donné l’occasion de mettre des mots sur des émotions. Mon dernier livre, est un message d’espoir : j’ai vécu des périodes difficiles, et je voudrais que tous ceux qui vivent de tels moments se sentent encouragés et soutenus. Tous mes droits d’auteur sont intégralement reversés à des œuvres caritatives.

Interview réalisée par Cécile MATHOU

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Le palanquin des larmes

Bibiographie de CHOW Ching Lie : ( voir la rubrique « Shanghai au fil des pages ») :

  • Le Palanquin des Larmes (Robert Laffont),
  • Le concerto du Fleuve Jaune (Robert Laffont),
  • Dans la main de Bouddha (Presses de la Renaissance),
  • Il n’y a pas d’impasse sous le ciel (Les Editions Fischbacher).
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