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- Yuan Ding
Qu’est-ce qui vous a conduit à venir étudier en France ?
Je suis un pur produit de la coopération universitaire franco-chinoise. Après des études en Chine dans le domaine de la comptabilité, j’ai entendu parler au début des années 1990, d’un programme proposé par l’Ambassade de France à Pékin, qui permettait de poursuivre à Pékin une formation de type MBA, sur deux ans, dont une année d’enseignement du français. Il y avait alors très peu de programmes de ce type. Par ailleurs, je parlais déjà bien anglais et l’apprentissage du français me tentait. Je me suis porté candidat et j’ai été sélectionné parmi une dizaine d’autres jeunes cadres. Les cours, donnés par des professeurs français, étaient de grande qualité. Sorti major de ma promotion, j’ai alors obtenu une bourse pour effectuer un DEA en France, à Bordeaux.
Quel aspect du système éducatif français vous a plus particulièrement marqué ?
Ce qui m’a marqué, c’est la place que vous accordez dans l’enseignement à l’usage de l’esprit critique, cette volonté de toujours remettre en question ce que l’on étudie, de ne rien considérer comme absolu.
Un professeur à Bordeaux avait ainsi commencé son cours en disant : « je vais vous apprendre plusieurs théories en comptabilité, mais je vais surtout vous apprendre à les remettre en cause, à les analyser sous un angle critique, car c’est de cette façon qu’on peut avancer et inventer de nouvelles théories ». En Chine, les étudiants ne sont pas censés discuter avec le professeur, mais seulement retenir son enseignement. Je dirais finalement que le système éducatif français ouvre des portes à la réflexion alors que le système chinois en ferme. Pour moi, cette expérience française a été une véritable « révolution culturelle ».
Vous avez ensuite été rapidement recruté par HEC, avant de venir enseigner en Chine à CEIBS. Renouer avec la coopération internationale, euro-chinoise et aussi franco-chinoise, était important pour vous ?
Alors que je n’avais pas encore terminé ma thèse sur la comparaison des systèmes comptables français et chinois, HEC m’a proposé un poste de professeur, que j’ai accepté. En 2002, CEIBS a sollicité HEC pour obtenir des professeurs en détachement. Je me suis porté volontaire, c’était l’occasion de mettre mes compétences au service de ce beau projet de coopération, et de contribuer au développement des échanges franco-chinois dans le cadre de cette école.
Nous accueillons aujourd’hui ici de nombreuses entreprises et experts français, qui viennent approfondir leur connaissance du système économique chinois. CEIBS est aussi une belle réussite de la coopération euro-chinoise. L’école, qui a bénéficié pendant 10 ans de financements de la Commission européenne, s’autofinance désormais. CEIBS est une des meilleures business schools d’Asie, classée 11e par le Financial Times au niveau mondial.
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
J’essaie de faire profiter des compétences de CEIBS les étudiants et les jeunes entrepreneurs de provinces chinoises défavorisées. Nous travaillons par exemple à la création d’un fonds d’investissement, du type capital-risque, qui permettra de soutenir les projets solides de jeunes entrepreneurs de ces régions. Nous développons également un programme de formation, avec un système de tutorage par des grands patrons des provinces côtières. Comme l’a enseigné Confucius, il vaut mieux apprendre aux gens à pêcher que de leur donner directement du poisson…



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