Interview de Pascal Métivier : faire de la R&D en Chine

Pour Pascal Métivier, Directeur du secteur R&D Asie Pacifique de Rhodia, basé à Shanghai, "la décision d’implanter un centre R&D en Chine était à la fois une évidence et un pari".

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Interview de Pascal Métivier : faire de la R&D en Chine

Paru le : 13 novembre 2009 / Dernière mise à jour : 29 octobre 2009
Pour Pascal Métivier, Directeur du secteur R&D Asie Pacifique de Rhodia, basé à Shanghai, "la décision d’implanter un centre R&D en Chine était à la fois une évidence et un pari".

Après l’école nationale supérieure de chimie de Strasbourg et un doctorat de chimie organique, Pascal Métivier devient chercheur pour le groupe Rhodia (anciennement Rhône-Poulenc), où il obtient le prix Rhône-Poulenc pour ses travaux. C’est en 2007 qu’il prend la direction du secteur R&D Asie Pacifique du groupe basé à Shanghai.

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1. Le groupe Rhodia est présent en Chine depuis les années 1970. Shanghai semble être le centre névralgique du groupe en Asie, avec la présence d’un centre de R&D, de la branche commerciale et administrative. Pourquoi avoir choisi la Chine et plus spécifiquement Shanghai comme clef de voûte de votre activité en Asie ?

Il y a aujourd’hui onze laboratoires de R&D en Asie et celui de Shanghai constitue le cœur du réseau puisqu’il comprend un volet de recherche fondamentale. Le chiffre d’affaires de Rhodia en Asie atteint 1 milliard d’euros, proportion de plus en plus importante dans le groupe. Sur les 19 usines Rhodia que compte l’Asie, 13 se situent en Chine, dont la plupart sont à moins de 3h de route de Shanghai. Pour Rhodia, la décision d’implanter un centre R&D en chine était à la fois une évidence et un pari. Une évidence car la Chine est un réel centre de gravité pour le groupe, le pays qui tire la croissance de la zone et où les ressources en termes de personnel scientifique ne manquent pas ! Cela constituait également un pari car il fallait mettre en place un certain nombre de processus spécifiques, pour assurer la propriété intellectuelle, pour former une population de chercheurs très jeunes, et pour limiter le « turn over ».

Une fois en Chine, le choix de Shanghai pour accueillir le centre de R&D était facile puisque le siège s’y trouvait déjà. Cette implantation permet une liaison business/R&D indispensable. De plus, pour un centre international de recherche, il faut une certaine facilité d’accès. Enfin, la municipalité de Shanghai affiche une politique volontariste concernant la recherche, ce qui nous a permis d’acquérir rapidement les permis nécessaires, et, une fois implanté, d’obtenir des aides.

La branche R&D de Rhodia en Chine s’axe autour de trois pôles d’innovation : la chimie pour l’électronique (puisque dans ce domaine tout se joue en Chine, notamment avec des clients japonais, coréens, taïwanais et chinois), la chimie des plastiques techniques (pour le secteur automobile, les connecteurs électriques notamment), et la formulation (la fabrication d’additifs pour le shampoing, la lessive, les formulations agrochimiques, le papier, la lubrification…).

2. Le centre de R&D Rhodia à Shanghai accueillera bientôt 150 chercheurs, dont une grande majorité de chinois. Quel est à ce propos votre politique de recrutement ? Quels sont vos critères, vos objectifs et partenariats ?

Parmi nos scientifiques, neuf sont étrangers, les autres étant chinois. Environ 30% de ces chercheurs ont effectué une partie de leurs études à l’étranger. Le recrutement de jeunes scientifiques de bon niveau ne pose pas de problème . Sur les trois dernières années, nous n’avons pas eu de problème de turn-over, il oscille entre 5 et 10% par an. Nous avons une politique active de développent pour assurer aux nouveaux arrivants des perspectives de carrières, leur garantir une certaine ascension dans l’entreprise pour les encourager à rester.

Des partenariats avec des universités chinoises existent, notamment avec le Research Center for Eco-Environmental Sciences de l’Académie des Sciences de Pékin. Il s’agit de partenariats pour développer des projets d’innovation, et non pour recruter les étudiants fraîchement diplômés. Ces partenariats sont établis avec les établissements que l’on considère comme les mieux placés pour réussir nos projets de développement et ce sans préférence géographique spécifique.

3. Votre activité en Chine est-elle dédiée au marché asiatique ou concerne-t-elle un marché plus vaste ?

Environ 70% de notre recherche est dédiée à des développements spécifiques pour le marché asiatique ou pour des clients spécifiques localisés en Asie. Nous avons par exemple beaucoup de développements locaux dans le domaine des plastiques techniques pour des connecteurs spécifiques, dans le domaine des shampoings pour des formulations adaptées aux cheveux asiatiques. La présence de Rhodia en Asie n’est pas due à une volonté de délocalisation, mais à une volonté de localisation : Rhodia se devait d’être implanté en Asie, secteur géographique en plein essor. Le groupe développe ici en partie pour l’Asie, mais aussi pour le reste du monde.

Nous travaillons aussi sur des projets à vocation mondiale. Les choix de ces projets se font au niveau mondial et les centres de R&D les mieux positionnés y participent. Nous participons ainsi à de grands projets dans les trois domaines que j’ai mentionnés auparavant. En ce qui concerne les développements pour l’électronique, Shanghai est maintenant le centre de gravité de l’ensemble de l’activité de recherche Rhodia.

Par ailleurs le centre de Shanghai n’est pas seul en Asie, nos laboratoires d’application décentralisés dans les différents pays de la zone sont notre interface principale avec les clients et permettent ainsi une meilleure intimité avec eux, en assurant un support et une écoute locale. Nous avons pour cela des laboratoires situés en Corée, au Japon, en Inde, à Singapour et en Australie.

4. En tant qu’industrie chimique, quels sont les engagements pris par Rhodia quant à la protection de l’environnement et le développement durable ?

« Chemistry is our world, Responsibitity is our way » : tel est la devise du groupe. Elle guide notre politique de développement ainsi que notre fonctionnement quotidien. Le groupe a mis en place des processus d’amélioration de nos performances en termes de développement durable qui ont été reconnus au niveau mondial : Rhodia est une des rares entreprises chimiques à avoir été intégrée dans le « Dow Jones sutainable Index ». Nous avons pris en considération les aspects énergétiques, environnementaux et hygiéniques lors de la construction du nouveau centre de R&D, notamment avec des locaux à faible consommation d’énergie et un système triple de ventilation pour optimiser les flux d’air tout en protégeant de façon optimale nos employés vis-à-vis des produits que nous manipulons.

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