Interview de M. Alain Vienne

Dans le cadre de l’Année mondiale de l’Astronomie 2009, le 31 octobre, l’Alliance française de Canton en partenariat avec le Service Scientifique et Technique du Consulat Général de France à Canton a accueilli M. Alain Vienne, Directeur de l’Observatoire de Lille et Professeur d’Astronomie à L’Université de Lille 1 pour une conférence intitulée : « Le Système...

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Interview de M. Alain Vienne

Paru le : 20 décembre 2009 / Dernière mise à jour : 30 novembre 2009
Dans le cadre de l’Année mondiale de l’Astronomie 2009, le 31 octobre, l’Alliance française de Canton en partenariat avec le Service Scientifique et Technique du Consulat Général de France à Canton a accueilli M. Alain Vienne, Directeur de l’Observatoire de Lille et Professeur d’Astronomie à L’Université de Lille 1 pour une conférence intitulée : « Le Système solaire de Mercure à Neptune… et au-delà ! ».

« Il y a beaucoup de lacs sur Titan, mais ce n’est pas de l’eau… »

Il y a eu une éclipse solaire totale en Chine cette année, provoquant un intérêt soudain et un très fort enthousiasme chez les jeunes pour l’astronomie. Avez-vous des conseils pour eux ?

Lisez plus de magazines et de livres ainsi que surfez de temps en temps sur les sites sur l’astronomie. Les éclipses sont rares mais faciles à expliquer. En Europe et je le crois aussi en Chine, les jeunes sont toujours très occupés par leur travail et leurs études, ils n’ont même pas le temps d’observer le ciel. Pourtant quand vous le regardez, vous voyez le soleil, la lune, les planètes, les satellites etc., n’avez-vous jamais eu envie de percer ces mystères ? L’astronomie demande en effet beaucoup de calculs, qui me paraissent quand même plus faciles et intéressants que ceux présents dans les maths et la physique. On ne trouvera jamais quelque chose ennuyeux si l’on est amateur d’astronomie.

Comment êtes-vous devenu un astronome ?

A l’âge de 9 ans, j’ai tout de suite été emballé après avoir lu mon premier livre sur l’astronomie. Ce livre parlait de l’histoire des étoiles, je me suis demandé s’il existait une vie autre part que sur la terre. A l’université, je me suis alors spécialisé en maths et ce n’est qu’a l’âge de 20 ans ou je me suis réellement orienté en astronomie. Avant cela je n’étais qu’un un rêveur mais à l’université, j’ai assisté à une conférence sur la mécanique céleste, cela a été déterminant dans mon choix de poursuivre la recherche astronomique. Ce conférencier est devenu plus tard mon directeur de thèse. J’ai passé un an à Paris pour un master sur la mécanique céleste, en utilisant des modèles mathématiques pour simuler la rotation, la révolution et d’autres mouvements des planètes afin d’en étudier la stabilité.

Les études du mouvement planétaire pourraient-elles nous aider à détecter la présence de vie extraterrestre ?

Bien sûr. Par exemple, l’analyse du mouvement d’une planète nous permet d’estimer l’existence d’eau liquide. L’eau est un élément fondamental pour la formation de la vie. Jusqu’à présent, nous sommes encore incapables de déterminer si cette eau liquide existe bien sur Titan, mais les scientifiques travaillent dessus. Par analogie, on sait que la rotation d’un œuf cru et d’un œuf cuit est différente parce que la quantité de liquide qu’il contient est différente. Sur le même principe, des études sont en cours sur les caractéristiques de la rotation de Titan dans l’objectif de vérifier la présence d’eau liquide. Nous faisons à ce stade l’hypothèse qu’il y en a, mais ce n’est pas encore confirmé.

Le mouvement de Titan est également lié aux effets de marées. Par exemple l’attraction gravitationnelle de Saturne ralentie la vitesse de rotation de son satellite Titan, et ainsi comme pour la terre et la lune, Titan offre toujours la même face à Saturne.

Cela fait 5 ans que la sonde Cassini est partie pour Titan. Pourriez-vous nous parler des découvertes importantes pendant cette exploration ?

Nous savions déjà, avant la mission Cassini, que Titan est le seul satellite possédant une atmosphère dans le système solaire. La différence est que, l’atmosphère de la terre se compose principalement d’azote et d’oxygène alors que celle du Titan est surtout formée de méthane. Grâce à la mission Cassini, nous avons constaté qu’il y a des rivières et des lacs sur Titan, mais non pas remplis d’eau mais de méthane liquide. Le méthane s’échappe dans l’atmosphère à travers des éruptions volcaniques, puis retombe sous forme de pluies formant lacs et canaux. C’est de loin la plus grande découverte de la Mission Cassini.

Etant donné sa ressemblance avec la Terre, Titan a parfois été pris comme thème de romans et films de science-fiction. En tant qu’expert, avez-vous été approché en tant que consultant pour des œuvres de science-fiction ?

Je l’ai fait pour quelques pièces de théâtres et expositions. Ma mission était d’assurer qu’il n’y avait pas d’erreurs scientifiques, comme par exemple la distance entre la Terre et la Lune….

L’astronomie a conquis le cœur de nombreuses personnes, mais elle a aussi un côté austère. Récemment, Caroline PORCO, responsable photographie de la Mission Cassini a été interviewée par le "New York Times". Elle y a décrit que la carrière d’un astronome ressemble au long voyage d’Odyssée, de grandes découvertes et conquêtes suivies de périodes d’obscurités jusqu’aux prochains succès. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve cela parfaitement exact. La découverte astronomique demande une observation à long terme et énormément de calculs. Les grandes découvertes ne sont pas forcément faites par un astronome, alors que la plupart du temps nous tâtonnons dans l’obscurité. Nous sommes par exemple fous de joie par une trouvaille sur un satellite, alors que cela n’aurait eu aucune signification pour les gens ordinaires. Caroline Porco a vraiment de la chance, vous voyez, beaucoup de scientifiques ont travaillé dur pendant toute leur vie mais en retour ont rarement fait des découvertes significatives.

Le plus émouvant moment de votre carrière ?

Calculer l’éphéméride de Titan. Les éphémérides sont des tables astronomiques par lesquelles on détermine, pour chaque jour, la valeur d’une grandeur caractéristique d’un objet céleste, notamment les positions des planètes, de leurs satellites, de la Lune, du Soleil, des étoiles, des comètes. Enormément de calculs sont exigés pour établir une éphéméride, et c’est à sa finalisation que j’ai connu le meilleur moment de ma carrière. C’est une grande réussite pour nous les astronomes.

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