Interview de Dimitri Lavillette de l’Institut Pasteur de Shanghai

Dimitri Lavillette, à la tête de l’unité de recherche sur la transmission inter-espèces d’arbovirus de l’Institut Pasteur de Shanghai, partage son expérience un an après son arrivée à Shanghai.

Consulat Général de France à Shanghai : Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

M. Dimitri Lavillette : J’ai suivi un parcours de chercheur CNRS classique. J’ai passé ma thèse à l’Université de Lyon puis je suis allé faire mon post-doctorat aux Etats-Unis. Ensuite je suis retourné en France où j’ai obtenu un poste au CNRS. On m’a proposé d’ouvrir un laboratoire et de l’animer en Chine, à l’Institut Pasteur Shanghai (IPS), opportunité que j’ai saisie. Je m’intéresse aux virus transmis par les moustiques tels que le chikungunya et la dengue. Mes recherches consistent à comprendre le mode d’entrée des virus dans les cellules dans le but de développer des vaccins ou des thérapies. La Chine s’intéresse beaucoup à ces maladies en raison de la présence du moustique tigre, véhiculaire de ces virus, dans le sud du pays. Il a dû faire face à une épidémie de dengue à Guangzhou en 2014 où 40000 cas ont été reportés.

Quels sont les atouts et les difficultés d’être un chercheur français en Chine ?

Les infrastructures de l’IPS sont récentes (inaugurées en 2013) donc les bâtiments sont modernes. La construction de nouveaux bâtiments dédiés à la recherche est beaucoup plus importante en Chine, ce qui augmente le potentiel de recherche. Les revenus sont plus faibles en Chine, ce qui est un désavantage pour les salariés mais constitue l’opportunité d’augmenter rapidement les effectifs des équipes de recherche et dynamise la recherche. J’ai réussi à construire une équipe de 10 personnes en un an alors qu’en France, je stagnais à 3 ou 4 personnes.

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L’unité de recherche sur la transmission inter-espèces d’arbovirus de l’Institut Pasteur de Shanghai

Au niveau des financements, les avantages sont multiples. Alors qu’en France, la principale source de dotation est l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR) à raison d’un appel à projets par an, de multiples organismes accordent des financements aux projets de recherche. Le Ministère des Sciences et Technologies (MOST), le Ministère de la Santé pour la recherche en biologie mais aussi la municipalité sont tout autant de sources de dotations. La ville de Shanghai est particulièrement généreuse sur ce sujet, en comparaison aux financements accordés par les régions en France. En revanche le prix des réactifs de qualité est très élevé. Les taxes d’importation sur des réactifs américains ou européens par exemple augmentent considérablement le prix des produits.
Le côté international est encore limité en Chine. L’IPS compte une dizaine d’étrangers pour une structure de 280 personnes. Shanghai est une ville attractive au niveau de la recherche : nous recevons beaucoup de chercheurs américains, européens, il y a une émulation scientifique très importante. Par ailleurs le niveau d’anglais en Chine a progressé très rapidement. Être un chercheur français suscite l’intérêt et le questionnement des chercheurs débutants (post-doctorants) et seniors qui me sollicitent pour des collaborations. Les étudiants sont aussi intéressés. Ils souhaitent découvrir un autre mode de management : je laisse plus de place à la réflexion par soi-même, ce qui diffère sans doute du mode de management chinois.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Je pense consacrer les quatre prochaines années à animer et développer mon groupe de recherche. L’IPS a l’avantage d’être dans un réseau international qui donne des accès privilégiés à des laboratoires situés à l’étranger (Amérique du Sud, Afrique, Asie du Sud avec notamment le Cambodge, le Vietnam, Hong Kong et la Corée). Je souhaiterais donc développer les coopérations internationales. Dans le long terme, la création d’une Unité Mixte Internationale (UMI) qui associerait le CNRS et l’IPS serait intéressante. Elle faciliterait les échanges entre les organismes français et chinois, aussi bien des chercheurs que des étudiants.

Retrouvez l’interview en vidéo : http://v.qq.com/page/q/3/i/q0183cw2...

Dernière modification : 02/02/2016

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