Gazette de Changhai - 94 : Changhai la catholique – l’implantation

Dans la série sur le Changhai Catholique, voici le deuxième article. Il décrit l’implantation du premier lieu de culte à Changhai en 1640 et la persécution des chrétiens pendant le 18ème siècle.

La première église de Changhai

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Première église de Changhai : l’Eglise de l’Immaculée Conception.

C’est en 1640 que le père Francesco Brancati ouvrit la première église de Changhai, qu’il nomma l’Eglise de l’Immaculée Conception. Né en 1607, ordonné prêtre en 1624, le père Brancati était présent dans la province du Kiang-nan (Jiangsu/Changhai/Anhui) depuis 1637 et il eut apparemment à son actif l’ouverture de plus de 90 églises dans la région. L’église était située dans la vieille ville, à deux pas du jardin Yu (*).

Ce travail de prosélytisme fut également entrepris par Candida Xu, la petite fille de Paul Xu. Elle créa également plusieurs églises dans la région et mit à disposition des missionnaires le cimetière de Seng Mou Dang, attenant à celui de Paul, et sur le terrain duquel 200 ans plus tard serait édifié le couvent éponyme.

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Première église de Changhai : l’Eglise de l’Immaculée Conception.

Les maigres écrits sur l’époque qui suivit font état de 40 000 fidèles en 1663, et de la persistance de deux églises à Changhai en 1703.

Le 16 avril 1717, le tribunal des rites de Pékin rendit une sentence d’après laquelle tous les missionnaires devaient être expulsés, la loi chrétienne prohibée et les églises détruites. Il y avait à ce moment-là en Chine 47 missionnaires, répartis dans 37 résidences, dont 11 dans la province du Kiang-nan.

Lorsque l’empereur Kangxi mourut en 1722, les jésuites de la Cour sentirent très vite qu’ils avaient perdu un allié. La question des rites avait empoisonné les relations entre Rome et Pékin mais Kangxi avait toujours eu pour les jésuites de la Cour un profond respect et une certaine compassion. Le ministère des rites et tous ceux qui dans son entourage avaient vu d’un mauvais œil les privilèges leur ayant été accordés, n’eurent pas à attendre longtemps pour voir que le temps de la revanche était arrivé.

Les persécutions

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Empereur Yong Zheng.

Le successeur de Kangxi sur le trône fut son 4ème fils, Yong Zheng. Le début du règne de Yong Zheng fut semé de querelles car les frères du nouvel Empereur se disputaient le rôle, et le plus capable d’entre eux, le 8ème fils Yun Su, menait la cabale. La première victime de ces querelles de palais fut le père Juan Morao, supérieur du Nantang, l’église qui se trouvait à l’endroit où avait résidé Matteo Ricci et qui avait été construite par le père Schall en 1650. Comme celui-ci avait de nombreuses amitiés à la Cour pendant la fin du règne de Kangxi, le nouvel Empereur décida de l’exiler au Turkestan chinois. En août 1726, à la nouvelle de l’arrivée d’une mission portugaise désirant intercéder en sa faveur, Yong Zheng fit étrangler le père Morao. Yong Zheng fut un empereur autoritaire, conservateur, suspicieux et la méfiance que lui inspirait la religion chrétienne se traduisit par une persécution systématique des fidèles en province.

A partir de ce moment, les quelques missionnaires en poste dans les provinces de Chine durent se cacher de peur d’être emprisonnés. Les églises furent réquisitionnées et les chrétiens chinois pourchassés. L’Église de l’Immaculée Conception n’échappa pas au sort des autres églises et fut convertie en « temple de Dieu et de la mort » où se réunissaient les érudits de la place.

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Empereur Qianlong.

L’Empereur Qianlong succéda à l’Empereur Yong Zheng. Si celui-ci se montrait moins brutal avec les chrétiens, il n’en maintint pas moins les préceptes de l’édit et se rangea à l’avis des tribunaux de l’Empire. A Pékin, seuls les missionnaires de la Cour purent rester. Dans les provinces, les pères continuaient leur ministère au centre de tous les dangers. Au Kiang-nan, ils pouvaient cependant se déplacer facilement en se cachant dans les barques sillonnant les canaux. Les pères Hinderer et Porquet officièrent tout au long de cette période.

A partir de 1746, la persécution devint encore plus agressive : les Chinois chrétiens étaient pourchassés et deux pères missionnaires étrangers, le père portugais Henriquez et le père italien de Athemis furent arrêtés et jugés à Suzhou puis étranglés en septembre 1748.

Le second clou dans le cercueil de la chrétienté en Chine vint de Rome lorsque fut publié le Bref du pape Clément XIV supprimant la Compagnie de Jésus.
Non seulement les jésuites de Chine se trouvèrent sans fondement juridique, mais le flux des recrues se tarit. Dans la région du Kiang-nan, le père de Laimbeckhoven réussit néanmoins à continuer son apostolat. Il fut nommé à Nankin en 1760 et officia dans la région jusqu’à sa mort à Changhai-Pudong en mai 1787.

Louis XVI réussit à sauver la mission de Chine, mais celle-ci poursuivit ses activités apostoliques et scientifiques avec beaucoup de difficultés durant la Révolution Française, du fait du manque de prêtres.
En effet, une loi de 1792 supprimait toutes les communautés religieuses en France et refusait la pension annuelle de six mille francs accordée par le gouvernement de l’Ancien Régime à chaque missionnaire français : toutes les ressources furent coupées.

A l’aube du dix-neuvième siècle, la chrétienté en Chine se trouvait donc tout à fait moribonde.

(*) : le bâtiment existe toujours et sert de temps à autre de galerie d’art.

La mort lente de la présence des prêtres chrétiens à Pékin et dans les provinces se poursuivit pendant les trois premières décennies du 19ème siècle, mais la guerre de l’opium et la signature des traités avec les puissances occidentales allait considérablement changer la donne. C’est ce que nous verrons dans le prochain article. Restez branchés…

Dernière modification : 25/04/2016

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