Gazette de Changhai - 93 : Changhai la catholique – la genèse

Comme annoncé dans l’article précédent, nous allons nous intéresser à la présence des Chrétiens à Shanghai et aux établissements religieux dont nous n’avons pas encore parlé. Les années 1930 ont vu en effet se multiplier les initiatives caritatives, entreprises par des ordres religieux de plus en plus nombreux dans la ville. Un parcours qui avait commencé dès le début du dix-septième siècle et dont nous décrivons ici la genèse.

La genèse de la présence chrétienne en Chine

Avant le dix-septième siècle, le dernier missionnaire chrétien à avoir résidé en Chine fut le père Jean de Marignolli qui avait été désigné par Benoit XII comme légat pontifical à Khanbaliq (Pékin). Le père de Marignolli quitta la Chine en 1345.

Le pèse jésuite espagnol Francois Xavier, né en 1506, et surnommé « l’apôtre des Indes », fût un des tout premiers disciples de St Ignace de Loyola qui le choisit pour aller évangéliser les Indes. De 1542, date de son arrivée à Goa, comptoir portugais des Indes, à sa mort en 1552, il s’y consacra entièrement, posant par là-même les fondements de nombreuses missions jésuites en Extrême-Orient. Vers la fin de sa vie, il réussit à prendre pied sur l’île de Sancian (Shangchun) au large de Canton. Cette île était devenue depuis peu un centre commercial non officiel entre la Chine et les Portugais. Il y mourut en 1552 sans avoir jamais pu mettre pied sur le continent.

Le premier missionnaire qui eut de nouveau la permission d’entrer en Chine fut le Jésuite portugais Melchior Nuňez Barreto. Alors qu’il se rendait au Japon, une tempête l’obligea à approcher la côte de Chine. En Juillet 1555 il arriva à Sancian où Francois Xavier était mort 3 ans plus tôt. Il fera en tout 3 visites à Canton et resta un an à Macao pour son travail apostolique avant de retourner au Japon en juin 1556.

D’autres religieux reçurent la permission de rester quelque temps à Canton, dont le frère coadjuteur Etienne de Goes et le dominicain Gaspar de la Croix en 1556, le jésuite Francois Perez en 1565, les franciscains Martin de Herrada et Jerôme Marino en 1577 ainsi que Pierre de Alfaro et Martin Ignatio entre 1579 et 1581.

Mais c’est le père jésuite Michel Ruggieri qui, en 1583, fut le premier à véritablement venir s’installer dans la région de Canton et établir sa résidence à Shaoking (Zhaoqing), capitale du Kwantung et Kwangsi (Guangdong et Guanxi). Michel Ruggieri fut l’auteur du premier livre écrit en chinois sur la religion chrétienne, « Le Véritable Exposé du Seigneur du Ciel », publié en 1584.

Le père Ruggieri fut très vite rejoint par le personnage à qui revint l’honneur d’avoir ouvert la porte de Chine : le père Matthieu (Matteo) Ricci. Point n’est nécessaire de rappeler le parcours de cet illustre jésuite qui réussit à se faire admettre à la cour de l’Empereur et être le premier d’une longue lignée de jésuites qui se succédèrent à la tête de l’Observatoire impérial de Pékin. Son travail littéraire et scientifique s’accompagnait bien sûr d’une mission évangélique. De trois chrétiens convertis en 1584, ils devinrent 40 en 1586, une centaine dix ans plus tard et plus de 500 en 1603.

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Matteo Ricci

L’évangélisation de la région de Shanghai

La grande aubaine de Ricci fut de rencontrer le Shanghaien Paul Siu (Xu Guanqi - 徐光啟). Paul Siu (ou Hsu ou Zi en Shanghaien), qui était le secrétaire du Grand conseil de l’ancien vice-roi de Nankin et fut baptisé en 1603 par le père de Rocha.

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Matteo Ricci et Paul Siu

Paul Siu venait plus particulièrement du quartier qui portera le nom de sa famille : Zi-Ka-Wei (Xu Jia Hui). Ce lettré prit ses fonctions à Nankin en 1604 et le fait qu’un secrétaire du Grand Conseil puisse être chrétien eut une grande influence dans la région, d’autant plus que celui qui deviendra le premier évêque de Chine, s’avérera être le plus fervent soutien de l’église catholique dans le pays. Paul Siu prenait des leçons de sciences auprès du père Ricci et très vite ils réalisèrent tous deux que le calendrier officiel chinois, publié tous les ans et constituant le « baromètre » de l’empire, comportait des erreurs manifestes. Ils œuvrèrent donc à le modifier pour le plus grand bonheur de l’Empereur.

En 1607, Paul Siu perdit son père et comme le voulait la tradition, il se retira dans ses terres. Il en revint en 1610, pour assister à la mort du père Ricci le 11 mai 1610 à l’âge de 58 ans. En 1609, le premier missionnaire européen à venir à Shanghai fut le père jésuite italien Cattaneo, suivi quelques années plus tard par le père Diaz.

Mais c’est le retour à Shanghai de Paul Siu en 1627 qui donna réellement l’impulsion nécessaire à la conversion des fidèles à la religion catholique.

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Mausolée de Paul Siu à Xi Jia Hui

La famille de Paul Siu reprit le flambeau de la chrétienté à Shanghai après sa mort en 1633. Mais une longue période de persécution allait malheureusement voir la chrétienté sévèrement menacée dans le courant du dix-huitième siècle. C’est ce que nous verrons dans le prochain article. Restez branchés….

Dernière modification : 11/03/2016

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