Evolution de l’inflation en République populaire de Chine

Retrouvez dans son intégralité le bulletin économique Chine N°38 (juillet - août 2011) édité par le service économique régional de Pékin. Au sommaire : l’évolution de l’inflation en Chine, les résultats des principales banques chinoises au 1er semestre 2011, la poursuite de la politique volontariste du gouvernement chinois de réduction des capacités industrielles...

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Evolution de l’inflation en République populaire de Chine

Paru le : 15 septembre 2011
Retrouvez dans son intégralité le bulletin économique Chine N°38 (juillet - août 2011) édité par le service économique régional de Pékin. Au sommaire : l’évolution de l’inflation en Chine, les résultats des principales banques chinoises au 1er semestre 2011, la poursuite de la politique volontariste du gouvernement chinois de réduction des capacités industrielles obsolètes et, comme chaque mois, les principaux indicateurs économiques pour la Chine.

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Bulletin économique Chine n°38 (juillet - août 2011)
Analyse macroéconomique de la Chine

L’inflation a atteint son plus haut niveau en 3 ans, à + 6,5 % en glissement annuel au mois de juillet, au terme d’une accélération quasi-continue depuis l’été 2010. Il convient cependant de nuancer cette hausse qui est pour partie la conséquence d’un important effet de base puisque les prix avaient diminué significativement en glissement mensuel en mars, mai et juin 2010 et leur hausse en glissement mensuel sur la même période en 2011 a été relativement faible, effet qui s’ajoute à la longue phase de hausse des prix en glissement mensuel qui a eu lieu entre juillet 2010 et février 2011. Avec la fin de la pénurie conjoncturelle de viande de porc qui a fortement impacté l’indice des prix en juin-juillet, l’inflation devrait ralentir dans les mois à venir, mais demeurer cependant plus élevée que dans les années passées, notamment en raison des hausses de salaire. De fait, le gouvernement a relevé sa cible d’inflation à 4 % pour 2011 contre 3 % en 2010 et a indiqué par la voix du Premier Ministre que le chiffre mesuré serait probablement plus proche de 5 %.

L’indice des prix à la consommation (IPC) est compilé chaque mois par le National Bureau of Statistics (NBS). Les prix de 600 à 700 produits sont relevés dans 226 villes et comtés , de toutes les tailles. Les produits et leur pondération sont choisis en fonction de données de ventes de détail et de données de consommation de 56 000 ménages urbains et 68 000 ménages ruraux. Les produits sont regroupés en 263 sections, elles-mêmes regroupées en 8 sous-indices (c.f. le tableau en annexe pour le poids et l’évolution des sous-indices).

L’inflation mesurée en glissement annuel a accéléré tout au long de l’année 2010, passant de 1,5 % en janvier à 4,6 % en décembre (l’augmentation moyenne sur l’année étant de 3,3 %), une accélération qui a continué en 2011, l’indice des prix a la consommation augmentant de 6,5 % en glissement annuel en juillet, un record depuis 3 ans. Cependant, si de mi-2010 à février 2011 cette hausse correspond bien à une augmentation mensuelle des prix entre 0,5 % et 1,2 %, les hausses sont plus modestes depuis mars 2011 (-0,2 % à 0,5 %) et la hausse affichée en glissement annuel s’explique pour partie par un effet de base, les prix ayant baissé sur la même période en 2010 (entre -0,5 % et 0 % chaque mois). On ne peut donc parler d’une forte hausse continue des prix depuis mars 2011, malgré l’accélération en juin – juillet, respectivement + 0,3 % et + 0,5 % contre -0,2 % à + 0,1 % entre mars et avril en glissement mensuel. Les données en glissement mensuel désaisonnalisées publiées par les banques indiquent de plus que l’inflation aurait en fait reculé en juillet. Ainsi, selon des calculs de JP Morgan, l’inflation en glissement mensuel corrigée des variations saisonnières a été de 0,9 % en juin et 0,5 % juillet. Pour Standard Chartered, les prix auraient augmenté de 10,8 % en juin et de 6,7 % en juillet en rythme annualisé corrigé des variations saisonnières.

Les prix alimentaires demeurent la principale source d’inflation en Chine. Ils représentent plus de 30 % de l’IPC et 71 % de son augmentation en glissement annuel en juillet et sont systématiquement en hausse de plus de 10 % en glissement annuel depuis janvier 2011. L’IPC hors-alimentation n’augmente que de 2,3 % à 3 % chaque mois en glissement annuel entre janvier et juillet 2011 contre 4,9 % à 6,5 % pour l’indice qui inclut les prix alimentaires. Les phases d’accélération de la hausse de l’IPC en glissement mensuel en 2011 correspondent ainsi à des épisodes d’accélération de l’inflation alimentaire. Ainsi, en janvier-février, l’IPC a augmenté de 1 % et 1,2 % respectivement en glissement mensuel, et les prix alimentaires de 2,8 % et 3,7 %, tirés par les prix des légumes qui ont augmenté de 12,6 % et 13,6 %. Si les mauvaises conditions climatiques ont eu un impact certain dans l’augmentation du prix des légumes, des causes structurelles ont également joué, à savoir l’augmentation des coûts de productions (forte hausse des salaires agricoles, et du prix des engrais, machines et matières premières importés) et la complexité (nombre d’intermédiaires, segmentation) des marchés agricoles. Ces causes devraient continuer à avoir un impact, notamment la hausse des coûts salariaux qui devrait se poursuivre, dans un contexte de raréfaction de la main-d’œuvre agricole au profit de l’industrie. De même, la remontée de juin – juillet (+ 0,3 % et + 0,5 % en glissement mensuel) s’explique par la hausse du prix du porc (respectivement + 11,4 % et + 10,7 % en glissement mensuel), qui est la viande la plus consommée en Chine et a donc un poids particulièrement significatif. Comme son prix avait également augmenté en juillet et août 2010, les hausses en glissement annuel sont spectaculaires (+ 57,1 % en juin 2011 et 56,7 % en juillet 2011) et expliquent en grande partie les records de hausse de l’IPC mesurées ces deux derniers mois. Ces hausses sont dues à une sous-production provoquée par la surmortalité du cheptel en raison d’une épidémie et devrait donc rapidement se résorber avec la reconstitution des élevages.

Cependant, l’inflation hors-alimentaire est également en hausse – modérée - depuis mi-2010. En effet, la core inflation (inflation hors-prix alimentaires et énergétiques) est supérieure à 2 % en glissement annuel depuis janvier 2011 alors qu’elle n’a jamais dépassé les 1,2 % entre 2006 et 2010. En outre, depuis avril 2010, elle est systématiquement positive en glissement mensuel. Les effets de contagion de l’inflation des produits alimentaires se font donc sentir.

Les dépenses de logement (location du logement, entretien et approvisionnement en eau, électricité et chauffage) sont l’autre cause importante de l’inflation. Elles ont augmenté de 5,9 % en glissement annuel en juillet et sont responsables de 16,7 % de la hausse de l’IPC. Les prix immobiliers poursuivent leur hausse en Chine, le secteur constituant l’une des rares alternatives de placement de l’épargne chinoise. Cependant, la hausse des coûts de logement, et donc son impact sur l’IPC, devrait diminuer, en raison des nombreuses mesures visant à limiter la spéculation sur l’immobilier, en particulier résidentiel (limitation des achats de 3ème voire de 2ème logement dans certaines grandes villes, augmentation de l’apport initial requis lors de l’achat d’un logement, introduction dans quelques villes d’une taxe foncière, limitation des prêts bancaires aux promoteurs immobiliers) et du programme de mise sur le marché de 36 millions de logements sociaux d’ici à 2015 (dont 10 millions en 2011), ce qui devrait permettre à ce type d’habitations de représenter 20 % de l’offre en 2015 contre 7 % aujourd’hui et devrait ainsi réduire la tension sur le marché.

Plus largement, la croissance économique (10,3 % de croissance du PIB en 2010 et des prévisions entre 8,5 % et 9,5 % pour 2011) et un niveau toujours élevé de liquidités après l’expansion monétaire record de 2009 (la masse monétaire a encore augmenté de près de 20 % en 2010) ont également stimulé l’inflation. La cible officielle d’inflation pour 2011 a été fixée de 4 % contre 3 % pour 2010 (l’inflation mesurée en 2010 s’est élevée à 3,3 %), et le premier ministre Wen Jiabao a récemment indiqué qu’attendre l’objectif serait très difficile et qu’il fallait plutôt s’attendre à la voir inférieure à 5 % cette année. Les analystes tablent effectivement sur une inflation comprise entre 4,5 % à 5,5 % d’inflation ce qui suppose une modération de la hausse de l’IPC au second semestre 2011, modération attendue notamment en raison de la réduction des causes conjoncturelles de l’inflation alimentaire et de l’efficacité progressive de nombreuses mesures de contrôle des prix immobiliers et de ralentissement de la masse monétaire (notamment une succession de hausses des taux d’intérêt et des ratios de réserves obligatoires des banques) et, plus mécaniquement, de la disparition progressive de l’impact de la phase de hausse entre juillet 2010 et février 2011 sur les données en glissement annuel. A plus long terme, cependant, la Chine pourrait devoir supporter des niveaux plus élevés d’inflation, plutôt autour de 5 % que de 3 %, en particulier en raison des hausses de salaire annoncées dans le cadre du rééquilibrage du modèle de croissance.

Yann Marin et Olivier Lécina

Service économique régional de Pékin

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