Entretien avec Arnaud Desplechin, grand réalisateur français

A l’occasion du festival Shanghai 7ème Art, le réalisateur français Arnaud Desplechin a été présent à Shanghai du 21 au 23 avril 2016. Une rétrospective de ses films a eu lieu du 20 avril au 8 mai au China Art Museum, à l’Université normale de Shanghai et au Kerry Center.

Né le 31 octobre 1960 à Roubaix, Arnaud Desplechin a étudié au prestigieux Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC, actuelle FEMIS). Talentueux directeur, il a révélé quelques talents du cinéma français tels qu’Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric, et collaboré avec les plus grands (Catherine Deneuve, Benicio Del Toro). 30 ans de carrière, 11 films… le cinéma d’Arnaud Desplechin, réaliste et émouvant, explore les tréfonds de l’âme humaine et le thème de la famille. Il réinvente de façon virtuose différents genres codifiés, comme le film d’espionnage (La Sentinelle), la comédie de mœurs (Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle)), la comédie dramatique (Rois et reine), le biopic (Jimmy P.) ou l’autobiographie (Trois souvenirs de ma jeunesse). Sa venue en Chine augure de possibles collaborations entre le pays de Méliès et l’Empire du milieu.

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Arnaud Desplechin sur le tournage de Un conte de Noël (Jean-Claude Lother / Why Not Productions).

Entretien :

Votre dernier film Trois souvenirs de ma jeunesse vous a valu le César du meilleur réalisateur 2016. Quand et comment est née l’idée de ce film, qui revient sur l’histoire de Paul et Esther de Comment je me suis disputé… (1996) ?

J’avais le vif désir d’écrire enfin pour de très jeunes acteurs. C’est une chose que je n’avais jamais faite. J’accumulais les scènes autour de ce jeune couple – le garçon qui habite déjà la grande ville et la jeune fille encore provinciale… Et j’ai soudain réalisé, en écrivant, que ce couple ressemblait au couple décrit dans Comment je me suis disputé. Plutôt que m’en affliger, j’ai voulu m’en réjouir. Et je me suis dit : pourquoi ne pas revisiter ces thèmes, et raconter l’enfance et la jeunesse du héros que nous avions inventé Mathieu et moi, il y a près de 20 ans.

Vous êtes considéré comme un réalisateur héritier de la Nouvelle Vague, qu’en pensez-vous ?

La Nouvelle Vague est une influence que je revendique. Et je suis un peu seul dans ce cas dans ma génération. La génération qui a suivi la Nouvelle Vague, que j’appellerais les nouveaux réalistes, ne m’intéressait pas ; j’étais passionné par le renouveau du cinéma américain des années 80. Un jour, j’ai redécouvert les films de Truffaut à l’âge de 25 ans, et j’ai été frappé par leur inventivité formelle et leur goût du romanesque. Ces films m’ont permis de devenir cinéaste moi-même.

Quelle est la source d’inspiration de vos films ?

Les films des autres, les films que j’admire, Truffaut, Bergman, Scorsese. Aujourd’hui Wes Anderson, PT Anderson, Noah Baumbach, Jia Zhang Ke, la liste est longue…
Je suis un cinéaste cinéphile. Sinon, comme tous les acteurs, je me base sur mon expérience personnelle, aussi modeste soit-elle. J’aime donner aux spectateurs le sentiment de l’intime, de l’autobiographie, même si j’ai le goût du roman.

Vous travaillez souvent avec les mêmes acteurs et actrices, par exemple l’incontournable Mathieu Amalric. Ecrivez-vous systématiquement les rôles en pensant à lui ?

J’écris très rarement pour des acteurs. Je préfère écrire des personnages qui me surprennent. Ensuite, je distribue les rôles. Et si j’essaie d’élargir à chaque fois ma troupe d’acteurs, j’essaie dans le même mouvement d’être fidèle à mes admirations. Disons que Mathieu Amalric est mon Mastroianni.

Quels sont les réalisateurs qui vous ont influencé ?
Truffaut, Godard, Scorsese, Coppola, Forman.

Récemment vous vous êtes tourné vers le théâtre, avec votre première mise en scène (Père, une pièce d’August Strindberg), pour la Comédie-Française. Il paraît qu’après avoir reçu l’invitation d’Eric Ruf, le directeur, vous avez d’abord soumis « la liste complète des cinéastes qui s’étaient plantés en passant au théâtre ». Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter finalement cette proposition ? Comment s’est passée cette première expérience de mise en scène théâtrale ?

Qu’est-ce qui m’a poussé ? Le goût du risque, le désir d’apprendre. Je venais de voir Birdman et Sils Maria, deux films sur le théâtre qui me plaisent beaucoup. Je me suis dit que cette expérience saurait nourrir mes prochains films. L’expérience fut magnifique. J’ai réussi à trouver ma place, malgré mon manque d’expérience. Sûrement parce que cette pièce de Strindberg a tant influencé les films de Bergman. C’est ce savoir cinéphile que j’ai pu transmettre aux acteurs. La pièce fut un triomphe, j’étais heureux !

Est-ce votre premier voyage en Chine pour faire la promotion de vos films ? Qu’en attendez-vous ?

C’est mon deuxième voyage. Le premier fut trop court. Je vais découvrir les visages des spectateurs chinois, et cela m’émeut. J’attends de découvrir des films, des réalisateurs que je ne connais pas encore. J’espère repartir en France avec une pile de DVD !

The Ghost of Ismael est le titre de votre prochain film. De quoi parlera-t-il ?

Je ne peux pas entrer dans les détails. Mais il y a dans ce film trois portraits de femmes françaises, et chacune de ces trois femmes me fascine.

Dernière modification : 07/06/2016

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