Entretien avec Agnès Desarthe, écrivaine et traductrice

La Fête de la Francophonie accueille cette année Madame Agnès Desarthe, normalienne et agrégée d’anglais.

Lauréate de plusieurs prix, dont le Prix littéraire du Monde pour son dernier ouvrage Ce cœur changeant publié aux éditions de l’Olivier en 2015, l’auteur et traductrice répond à nos questions dans la Lettre de Shanghai.

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Agnès Desarthe. Crédits : Dante Desarthe.

La Lettre de Shanghai :
Agnès Desarthe, vous êtes normalienne et agrégée d’anglais. Vos premiers écrits sont des traductions. D’où vient cette curiosité, cet amour pour la littérature anglophone ? Et pour la littérature française ? Que vous apporte ce métissage, cette rencontre entre ces deux langues ?

Agnès Desarthe :
J’ai commencé à traduire pour des raisons pratiques. Je cherchais un métier et il se trouve que j’étais qualifiée pour celui-ci. Je n’imaginais pas que cela deviendrait une telle passion. C’était, sans que je le sache à l’époque, une aventure liée à mon histoire personnelle. Venant d’une famille d’immigrés, j’étais secrètement tiraillée dans mon rapport à la langue française. Elle me paraissait à la fois insaisissable et dominatrice. Lire en traduction me permettait d’adopter une distance protectrice. Paradoxalement, c’est en m’intéressant à l’anglais, en creusant cette langue qui m’était étrangère, que je suis parvenue à me rapprocher du français, à me le réapproprier.

La Lettre de Shanghai :
Vous écrivez pour tous les âges (la jeunesse, les adultes) et dans une belle diversité de genres littéraires (romans, pièces de théâtre, essais, nouvelles, chansons…). Qu’est-ce qui vous encourage à vous adresser à un public aussi large et à visiter tous ces genres ? Quel est le dénominateur commun à toute cette diversité (s’il y en a un : message, interrogation, etc…) ?

Agnès Desarthe :
J’ai horreur de m’ennuyer. Passer d’un genre à l’autre, d’un public à l’autre, me permet de maintenir la surprise. C’est aussi un moyen de se délasser. Le livre pour enfant me défatigue du livre pour adulte, et inversement. Je sais que cela peut déconcerter certains de mes lecteurs, le fait que tout change à chaque livre. Ils ont parfois l’impression de me perdre. S’il y a un message là-dedans, il est lié à la liberté. Ne pas s’habituer, ne pas s’enchaîner à un genre, à un style, être toujours là où on ne vous attend pas.

La Lettre de Shanghai :
Dans une émission sur France Culture « Littérature, les choix d’Agnès Desarthe », du 16 octobre 2015, vous partagiez l’importance de la lecture dans votre construction d’écrivain. Vous citiez Flannery O’Connor, Isaac Bashevis Singer, Karen Blixen, William Faulkner ou encore Virginia Woolf. Dans quelle mesure vos lectures vous nourrissent-elles ?
Quelle rencontre souhaiteriez-vous à tous vos lecteurs de faire ? Pourquoi ?

Agnès Desarthe :
Mes lectures sont une part essentielle de mon travail. Peut-être la part principale. Elles me stimulent, me remettent en question. Elles me font croire dans le pouvoir de la littérature. Je souhaite à tout lecteur d’entrer en amitié avec les auteurs qu’il aime. C’est une fréquentation intense et douce, qui ne connaît ni la contrainte du temps, ni celle du lieu. Une rencontre parfaite, au-delà des frontières. La seule à avoir le pouvoir d’abolir la mort : quand vous lisez Victor Hugo, c’est comme s’il vous tenait la main.

La Lettre de Shanghai :
Vous êtes invitée par l’Institut Français de Chine à la Fête de la Francophonie qui se déroule du 10 au 30 mars 2016. Vous serez notamment à Shanghai le 13 mars 2016 pour une conférence au Sinan Mansions. Quel sera le sujet de votre intervention ?

Agnès Desarthe :
Je pense procéder à une présentation générale de mon travail et de mon œuvre afin de pouvoir donner envie aux gens qui seront présents de découvrir mes livres. Je conçois cette conférence comme une première rencontre, une prise de contact.

La Lettre de Shanghai :
Connaissez-vous la Chine et sa culture ? Les différences culturelles entre pays si différents comme la France et la Chine vous inspirent-elles d’une manière ou d’une autre ?

Agnès Desarthe :
Je connais trop mal la Chine et sa culture pour en parler. Les différences m’inspirent toujours. Elles sont l’épice de la vie. J’ai certaines intuitions, par exemple sur le corps, un vécu très différent du corps dans la culture française et dans la culture chinoise. Ce voyage sera l’occasion pour moi de vérifier mes projections ou de les faire voler en éclat.

Dernière modification : 07/03/2016

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