Depuis quand êtes-vous en Chine ?
Je suis arrivé en Chine en 2005, j’ai depuis presque toujours travaillé à l’Université Normale de Chine du Sud, sur le Campus de Nanhai (Foshan), où se trouve la Faculté des Langues.
Cependant, lors de l’année universitaire 2006-2007 je suis rentré travailler au Canada, où je vivais avant de venir en Chine, et à Shanghai.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de venir en Chine ?
On parlait déjà beaucoup de la Chine à l’époque, du développement extraordinaire du pays et je voulais voir ça de mes propres yeux. A l’époque, j’habitais au Québec et je me suis adressé à l’Ambassade de France en Chine pour chercher un poste de lecteur. Je voulais trouver un poste dans la région de Canton et c’est finalement le Consulat Général de France à Canton qui m’a informé que l’Université Normale de Chine du Sud cherchait des lecteurs de français.
Au début, j’avais comme projet de ne rester qu’un seul semestre. C’était vraiment dans l’idée de découvrir un pays qui m’était inconnu. Je n’avais aucun attrait particulier pour la Chine, j’étais simplement épaté par le développement économique incroyable. C’est peut-être justement pour cela que le pays m’a tant plu dès le début : car je n’avais strictement aucune attente.
Aviez-vous déjà une expérience dans l’enseignement ?
Oui, tout à fait, j’ai obtenu mon CAPES d’histoire-géographie en France, où j’ai travaillé cinq ans comme enseignant puis deux comme principal adjoint de collège. J’ai pris la décision de démissionner car je voulais voyager et partir vivre à l’étranger.
J’avais une petite expérience de l’enseignement du français dans la mesure où j’avais monté la formation CLA (formation destinée à facilité l’adaptation au système scolaire français d’enfants d’immigrés ne parlant pas encore bien français) dans le collège dans lequel je travaillais. Toutefois, c’est ici, en Chine, que j’ai vraiment découvert l’enseignement des langues.
De part mon expérience professionnelle en France, je connaissais en revanche particulièrement bien le domaine de la formation des enseignants. Paradoxalement, j’ai donc très rapidement commencé, en parallèle de mon travail d’enseignant de français, à former des enseignants chinois. Dès 2005, j’ai participé à des activités de formation des enseignants. Ces formations ont eu lieu dans le cadre de séminaires organisés par le SCAC (Service de Coopération et d’Action Culturel) en Chine ; j’ai également été invité par une école privée de langue à Shanghai à mettre en place ce type de formation.
Quelles sont selon vous les spécificités de l’enseignement en Chine ?
Il y a ce que j’appelle la « théorie des deux mondes » : j’ai observé que les professeurs chinois enseignent parfois la langue dans un monde artificiel, un monde où le langage utilisé sonne un peu faux, c’est le monde de la salle de classe. Ce monde là s’oppose au monde réel, qui est celui des locuteurs natifs, c’est un monde dans lequel même certains professeurs ont peur de s’aventurer. Mon objectif est d’aider les enseignants à faire le pont entre ces deux mondes. Je voudrais toutefois souligner que les professeurs de français en Chine ont réalisé quelque chose d’extraordinaire, qui est d’avoir appris une langue et une culture si différente de la leur.
Aujourd’hui, on voit apparaître une nouvelle génération d’enseignants qui sont nés avec la mise en œuvre des réformes d’ouverture et qui ont côtoyé des étrangers. Les enseignants issus de cette génération ont une approche différente de leurs aînés, on sent que les choses ont changé. Historiquement, on vit actuellement quelque chose de très intéressant en Chine.
Actuellement, en plus de votre poste d’enseignant, quelles sont les responsabilités que vous assumez à l’Université Normale de Chine du Sud ?
J’étais auparavant Responsable du Département de français. Depuis l’an dernier, j’ai été promu vice Recteur (faisant fonction de Recteur) de la Faculté des Langues Etrangères du Campus de Nanhai. J’ai principalement travaillé sur la réforme des curriculums, on a travaillé sur ce projet en coopération avec l’Université de Bourgogne (pour le français) et l’Université Chinoise de Hong Kong (pour l’anglais). Aujourd’hui, on a des curriculums assez originaux par rapport à ce qui se fait ailleurs en Chine.
Comment avez-vous réussi à stimuler chez vos collègues cette envie de développer de nouvelles méthodes d’enseignement ?
Dès le départ il y eu une très bonne entente avec au sein de notre équipe. Nous avions tous la même conception de l’enseignement. Mais surtout, le Campus de Nanhai à une certaine autonomie par rapport au Campus principal qui lui laisse ainsi une certaine latitude pour expérimenter de nouvelles formes d’enseignement. Il y a une vraie volonté locale d’essayer. De plus, l’Université Normale de Chine du Sud a donné comme mission au Campus de Nanhai de s’internationaliser et de mettre en place un enseignement plus fonctionnel. Il y a un soutien très fort des responsables.
Pourriez-vous nous présenter le colloque international qui sera conjointement organisé fin novembre par l’Université Normale de Chine du Sud et le SCAC de l’Ambassade de France en Chine ?
C’est la première fois que ce colloque est organisé. Pendant ces trois jours seront organisés un colloque scientifique et un séminaire de formation, qui a lieu chaque année depuis des années. Le colloque aura pour objectif d’établir un pont avec la recherche en didactique du FLE (français - langues étrangères), en se focalisant sur la « recherche-action ».
Dans le cadre de ce colloque, les enseignants pourront réfléchir ensemble sur leur méthode d’enseignement. Un appel à communication a été lancé et le comité scientifique s’est chargé de la sélection des intervenants. Des professeurs dont certains sont mondialement célèbres participeront, notamment Henri Besse (École normale supérieure des sciences humaines et sociales de Lyon), Claude Germain (Université du Québec à Montréal) Fu Rong, (Université des langues étrangères de Beijing), Pu Zhihong (Université Sun Yat Sen de Canton) et Jean-Jacques Richer (Université de Bourgogne).
Ayant joué un rôle dans la mise en œuvre de ce colloque, vous serez certainement amené à intervenir ?
En effet, j’interviendrai le premier jour pour expliquer la problématique du colloque. La Chine est le seul pays au monde qui ouvre quatre à cinq départements de français par an, il y a aujourd’hui près de 80 départements. Il est donc nécessaire de prendre du recul et de faire une cartographie de ce qui se passe actuellement, d’où le titre de ce colloque : « Pour une recherche-action en didactique du FLE en Chine ». J’espère que ce colloque sera une occasion d’échanges entre les enseignants-chercheurs chinois et français.
Pensez-vous que ce colloque aura une influence sur le développement futur des départements de français dans les universités chinoises ?
Ce serait intéressant, oui. Mais surtout, l’espoir que j’ai c’est de développer à travers ce colloque la didactique du FLE et la recherche dans ce domaine en Chine. Essayer de sortir du carcan des modèles d’enseignement mis en œuvre dans les universités les plus prestigieuses. Mon plus grand espoir est qu’il y ait une prise de conscience et une prise de recul sur ce qui est en train de se faire. C’est donc un objectif principalement qualitatif.
Mon ambition est que d’autres universités, à la suite de ce colloque, organisent à leur tour ce type de colloque de recherche. Cela signifiera que l’on aura réussi à élargir la base de réflexion.
Propos recueillis par Nicolas Perocheau
Pour plus d’informations veuillez consulter le site Internet du colloque.




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