Climat - COP22 - Discours d’ouverture du président de la République (Marrakech, 16/11/2016) [中文]

Votre Majesté,

Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies,

Mesdames et Messieurs les chefs d’État, de gouvernement,

Monsieur le président de la COP22,

Madame la Secrétaire exécutive,

Mesdames, Messieurs,

Je tiens d’abord à remercier Sa Majesté, le Roi du Maroc, Mohammed VI, pour l’organisation de cette conférence.

Il y a à peine un an, se tenait à Paris la COP21. J’avais voulu qu’elle puisse être organisée en France. Je n’ignorais rien des difficultés qui nous attendaient. J’avais en mémoire un certain nombre d’échecs, mais je savais combien les espoirs étaient grands.

Pourtant, ce 12 décembre 2015, dans un contexte exceptionnel, épouvantable même, puisque des attentats terroristes avaient eu lieu à Paris, de nombreux chefs d’État et de gouvernement sont venus, ont travaillé et ont conclu un accord historique.

Je me souviens encore de cet instant où Laurent Fabius, président de la COP, a scellé l’accord de Paris. Nous sommes ici rassemblés à Marrakech, un an après.

L’accord était historique et ce que nous devons dire ici, c’est que cet accord est irréversible.

Il est irréversible en droit. Il est entré en vigueur le 4 novembre. Plus de 100 États, représentant les deux tiers des émissions de gaz à effet de serre, l’ont ratifié.

Je salue l’action qui a été menée par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, et par Ségolène Royal, la présidente de la COP, pour être parvenus à ce résultat dans un délai record et à un accord de cette ampleur à l’échelle internationale.

L’accord est aussi irréversible dans les faits, parce que les gouvernements, ceux que vous représentez, les entreprises, les organisations non gouvernementales, les citoyens du monde prennent des initiatives, lancent des projets, inventent des solutions concrètes permettant de conjuguer la lutte contre le réchauffement climatique et le développement.

Nous allons inéluctablement vers un modèle qui sera beaucoup plus sobre en carbone. D’ores et déjà, les énergies renouvelables représentent 90% de la production nouvelle d’électricité.

Plus de 70 pays, des milliers d’entreprises se sont engagées dans une coalition qui s’est fixé comme objectif de doubler la part des émissions mondiales couvertes par un prix du carbone en 2030. Même la finance s’est engagée dans ce processus, 80 milliards d’euros ont été levés en termes d’obligations vertes et la France elle-même montrera l’exemple en faisant la première émission souveraine d’un pays, dès le début de l’année, pour des investissements dans la transition écologique et énergétique. Voilà pourquoi l’accord est irréversible en droit et en fait.

En plus, il est irréversible dans les consciences. L’urgence climatique ne s’est pas arrêtée le 12 décembre dernier à Paris. Ces derniers mois ont été les plus chauds de l’histoire moderne et le lien est établi entre le réchauffement qui est le fait de l’homme, de l’être humain, et les catastrophes. Plus personne n’ignore que si nous ne faisons rien, la montée du niveau des océans submergera des îles et également des côtes, y compris les plus peuplées de notre planète. L’inaction serait désastreuse pour le monde, serait désespérante pour les générations futures et serait dangereuse pour la paix.

Des millions de personnes seraient déplacées, des conflits - nous les connaissons déjà - liés à l’accès à l’eau, aux ressources, puis en Afrique, la famine liée à la sécheresse, qui pourrait concerner des millions de personnes, qui pour ne pas disparaître, seraient contraintes de migrer, en espérant trouver ailleurs des ressources devenues insuffisantes pour les nourrir.

Alors agir pour le climat, c’est assurer la sécurité et la stabilité du monde. Je suis venu ici à Marrakech, non pas pour rappeler Paris, mais pour en appeler à la cohérence et à la persévérance. L’accord de Paris, c’est l’oeuvre de tous. Il appartient à tous, il dépend de tous, il est de l’intérêt de tous.

Le rôle de Barack Obama a été crucial pour obtenir un accord à Paris. Notamment dans le cadre de décisions qui avaient été prises avec la Chine et avec d’autres pays. Les États-Unis, première puissance économique du monde, deuxième émetteur de gaz à effet de serre, doivent respecter les engagements qui ont été pris. Ce n’est pas simplement leur devoir, c’est leur intérêt, celui de la population américaine qui est frappée par les dérèglements climatiques, car aucun pays n’est pas à l’abri. C’est également l’intérêt des entreprises américaines qui ont investi dans la transition écologique. C’est aussi la volonté des villes, des États fédérés qui se sont mobilisés pour nous accompagner dans l’accord sur le climat.

La France - je vous l’assure ici - mènera ce dialogue avec les États-Unis et son nouveau président, dans l’ouverture, dans le respect, mais avec exigence et détermination et au nom des 100 États qui ont déjà ratifié l’accord de Paris.

Je veux également lancer un appel à la persévérance. Nous sommes tous réunis autour de l’objectif de limiter la hausse des températures en deçà de 2 degrés et, si possible, 1,5 degré. Mais je vous l’assure, il faut accélérer. Accélérer pour que nous puissions mettre en oeuvre l’accord de Paris plus vite qu’il n’a été prévu, avant même 2018. Accélérer pour la mise en oeuvre de nos contributions nationales. Là encore, la France veut montrer l’exemple et réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici 2030. De la même manière, seront divisées par 4, d’ici 2050, ces mêmes émissions. Accélérer, accélérer toujours. Nous allons aussi fermer les centrales à charbon d’ici 2023, parce que nous sommes conscients qu’il faut du temps, qu’il faut de la transition, mais qu’il faut aussi avoir cet objectif.

Nous voulons fixer un prix au carbone ; 22 euros en 2016, davantage en 2030. Mais nous devons avoir cette volonté de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Je sais que tous les pays n’y sont pas prêts. Mais la France a décidé de prendre la tête de cette « coalition neutralité carbone » à l’horizon 2050.

La COP22, ici à Marrakech, doit être celle des solutions. Elle doit placer l’avenir de l’Afrique au premier rang des priorités. Le monde a une dette écologique à l’égard du continent africain. Sur les 50 pays les plus meurtris par le réchauffement climatique, 36 se situent en Afrique subsaharienne.

C’est la raison pour laquelle j’ai voulu qu’un agenda 2020 pour l’Afrique puisse être mis en oeuvre ; l’objectif est de permettre à tous les Africains d’accéder à l’électricité. Une initiative pour les énergies renouvelables en Afrique a été lancée à Paris lors de la COP21. Dix milliards d’euros ont été promis ; la France en apportera deux sur les cinq prochaines années. Mais je sais que cet engagement sera dépassé.

Nous avons maintenant une feuille de route. La banque africaine de développement a mis en oeuvre les procédures ; 240 projets ont été identifiés par la présidente de la COP21. Nous ferons en sorte de mobiliser l’Union européenne, car les destins de l’Afrique et de l’Europe sont liés.

Enfin, ce qui a convaincu beaucoup de ceux qui hésitaient à signer l’accord de Paris, c’était de savoir si les pays les plus développés allaient prendre des engagements et surtout les tenir. Les 100 milliards de dollars d’ici 2020 seront au rendez-vous. Nous devons tout faire pour les mobiliser. La France, là encore, tiendra parole ; nos financements annuels pour le climat seront de 5 milliards par an d’ici 2020, dont un milliard pour l’adaptation.

Mesdames et Messieurs, je sais ce que cette réunion peut représenter pour beaucoup. L’idée que l’essentiel aurait été fait à Paris et qu’il n’y aurait plus que la mise en oeuvre à accomplir : rien ne serait plus faux. C’est maintenant que tout commence. Surtout dans le monde que nous connaissons. Un monde traversé par de terribles épreuves. Un monde plein d’incertitudes, avec des conflits, avec des menaces, avec le terrorisme, avec des populations civiles qui souffrent, avec également de la pauvreté et des inégalités considérables.

Voilà pourquoi il y a pour ceux qui font commerce de la peur, une terre qui est devenue un terreau pour prospérer. Il peut y avoir, à un moment, un doute sur ce que la communauté internationale peut avoir comme capacité. Il peut y avoir des interrogations sur cette mondialisation qui doit être maîtrisée. Je connais tout ce qui peut, à un moment, hanter nos peuples.

Mais il y a aussi des facteurs d’espoir et l’accord de Paris en est un. Il est la preuve que la communauté internationale peut surmonter ses divisions, peut agir, peut préserver ce que nous avons de plus essentiel.

Alors, Majesté, Mesdames et Messieurs les chefs d’État et de gouvernement, Monsieur le Secrétaire général, Mesdames et Messieurs les Délégués, on ne trahit pas une promesse d’espoir. On la réalise. On la porte. Ici à Marrakech, nous sommes les gardiens de la lettre et de l’esprit de l’accord de Paris. Nous le ferons vivre, parce que ce qui nous unit, au-delà de nos différences, au-delà de nos convictions, de nos religions, de nos situations, de nos modes de développement, ce qui nous unit, c’est ce que nous avons en commun et qui est tout simplement notre planète. Merci./.

Dernière modification : 21/11/2016

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