Gazette de Changhai - 95 : Changhai la catholique – le retour des missionnaires

Dans la série sur le Changhai Catholique, voici le troisième article. Après la persécution des chrétiens en Chine tout au long du 18ème siècle et pendant les premières décennies du 19ème, la signature des traités avec les puissances occidentales sonnent le retour des missionnaires en Chine et à Changhai en particulier.

La fin de la présence missionnaire à Pékin

Les règnes des empereurs Jiaqing (1796 – 1821) et Daoguang (1821 – 1851) furent pour les chrétiens en Chine une période douloureuse. Partout ils étaient persécutés et les quelques missionnaires étrangers étaient condamnés ou expulsés de Chine.
A Pékin, le dernier père Jésuite survivant, le père d’Almeida, mourut au domaine du Nantang en 1805. Le dernier père Lazariste de la mission française, de Poirot, décéda au Pétang (Beitang) en 1814. Peu après, l’église désertée fut saisie par les autorités et détruite.
Pour ajouter à leur malheur, les deux lazaristes portugais qui résidaient au Tongtang (Dongtang) durent s’échapper à l’occasion d’un incendie qui détruisit l’église.

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Eglise de Dongtang à Pékin avant l’incendie.

L’église de l’ouest, le Sitang (Xitang) fut évacuée en 1811, vendue à des mandarins et détruite.

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Eglise de Xitang à Pékin avant sa destruction.

Seul subsistait comme résidence des missionnaires européens le Nantang où le dernier d’entre eux, le père Pires-Pereira, décéda en 1838. L’église fut heureusement léguée à la mission russe de Pékin et l’Archimandrite l’administra jusqu’au retour des missionnaires en 1860.

Le traité de Whampoa

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Signature du Traité de Whampoa.

A la suite de la guerre de l’opium, l’Angleterre signa le traité de Nankin en Août 1842.
Les français furent prompts à entamer les négociations avec le gouvernement impérial afin de s’assurer également un accès à ce vaste marché. Le traité de Whampoa (Huangpu) fut signé entre la France et la Chine le 24 octobre 1844. Ce traité, comme nous l’avions vu dans les premiers articles de cette série, autorisait la France à faire commerce avec la Chine et à installer à cet effet ses ressortissants dans 5 ports, dont Changhai.

Dans le traité, il était stipulé que « tout Français qui arrivera dans l’un des cinq ports, pourra, quelle que soit la durée de son séjour, y louer des maisons et des magasins pour déposer ses marchandises, ou bien affermer des terrains et y bâtir lui-même des maisons et des magasins. Les Français pourront, de la même manière, établir des églises, des hôpitaux, des hospices, des locales et des cimetières. Dans ce but, l’autorité locale, après s’être concertée avec le Consul, désignera les quartiers les plus convenables pour la résidence des Français et les endroits dans lesquels pourront avoir lien les constructions précitées ».

Comme nous l’avions vu, c’est sur la base de ce traité qu’en 1849, le premier Consul de France Charles de Montigny octroya le premier bail à un certain Rémi, acte qui consacra la naissance de la Concession française de Changhai.

Conjointement à la négociation de ce traité, l’envoyé plénipotentiaire français Théodore de Lagrené, négocia un accord tacite avec les autorités chinoises appelé « l’Edit sacré ». Celui-ci, conclu en 1846, se voulait régler la question des religieux et de la restitution des sites religieux de l’église chrétienne de Chine.

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Théodore de Lagrené.

Cette convention acceptait la pratique du culte chrétien et autorisait la construction de lieux de culte. Les édifices religieux construits sous le règne de Kangxi et confisqués par l’Etat au cours des persécutions religieuses purent être restitués aux chrétiens « pour autant qu’ils ne furent pas convertis en pagodes ou en lieux d’habitation privées ». Cette restriction, sur laquelle les missionnaires étrangers revenus en Chine n’eurent de cesse d’argumenter, fut l’objet de quiproquos interminables entre diplomates français et chinois et ne vit son épilogue qu’à la fin du siècle.

Le retour des missionnaires étrangers à Changhai

Bien avant que ne fut négocié le traité franco-chinois, les premiers missionnaires français débarquèrent à Changhai.
Ainsi, dès juillet 1842, les pères Estève et Gotteland suivis par les pères Brueyre et Lemaitre, débarquèrent dans la ville.
Ils rétablirent les liens avec les quelques chinois chrétiens restés fidèles à leur foi et cherchèrent à établir une nouvelle implantation religieuse dans la région.
Ils furent les instigateurs de la mission de Zi ka Wei (Xu Jia Hui) dont le rayonnement allait éclairer la vie de milliers de chrétiens chinois pendant 100 ans.

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Le père Gotteland.

Avec l’Edit Sacré, ces premiers missionnaires allaient négocier avec le Taotai de Changhai la restitution des propriétés de l’église. C’est ce que nous verrons dans le prochain article. Restez branchés….

Dernière modification : 24/06/2016

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