
Vous découvrez la Chine. Quelles sont vos premières impressions ?
Ce que je découvre de la Chine est conforme à mon imaginaire. Toute cette verticalité, cette modernité, cette expansion fulgurante. D’un autre côté, j’ai été frappée par le côté paisible de la vie en Chine, la nonchalance des Chinois. Des gens épluchant des légumes dans la rue, jouant aux échecs à même le trottoir… On n’y retrouve pas le stress de nos grandes villes occidentales. Voir tous ces gens circulant en vélo, d’un rythme paisible, m’a rappelé la France d’autrefois, celle des années cinquante-60. Vu la pollution et la saturation automobile actuelle, je me demande comment cette expansion va pouvoir continuer et si ces nouvelles villes seront vivables dans 10 ans. Quelques scènes de la vie quotidienne m’ont déjà interpellées et pourraient faire l’objet d’un « Journal du dehors » mais j’aurais besoin d’un autre voyage pour compléter mes premières observations.
Comment expliqueriez-vous le concept « d’écriture plate » au lecteur chinois ?
L’écriture plate est comme un poème. Les mots sont essentiels, transparents à la différence de l’écriture baroque où la phrase masque le réel. Ce qui importe, c’est ce qui est derrière les mots, que les choses soient là. Une invisibilité de l’écriture et du style est nécessaire. Dans mes livres, le lecteur chinois devrait être intéressé par la description du passage d’un monde rural à un monde plus urbain, économiquement plus développé, par le parcours de ce que je suis, un « transfuge social ».
Vous avez connu des épreuves en tant que femme.
Que vous inspire la condition de la femme en Chine ?
Je ne connais pas en détail la condition de la femme en Chine mais mes lectures récentes me font penser que beaucoup de progrès restent à faire. Il me semble que la femme est ici considérée comme « naturellement » inférieure à l’homme. En Chine, la naissance d’une fille est un événement problématique pour la famille. Cette domination masculine ne saute pourtant pas aux yeux, il faut creuser pour la percevoir.
Que vous inspire le phénomène des blogs ?
Je trouve ce phénomène très intéressant. La diffusion de l’intime est le trait naissant de l’individu français moderne. Elle traduit un besoin d’existence, de se livrer au jour le jour, de toucher le plus grand nombre de gens possible. Mu Zimei illustre parfaitement cette idée. Cette jeune Chinoise fait partager son intimité aux internautes à travers son blog. Le blogger expose son intimité, pour ne pas être un simple consommateur. Il agit dans l’instantané. Le monde s’efface très vite de la mémoire, on est continuellement dans l’instant.



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